Culture – Loisirs

Fiscalité des travaux : le petit patrimoine taxé et bientôt fermé

Par Alexandre Chassignon, France Bleu Maine jeudi 17 septembre 2015 à 17:00

Le ministère de la Culture, au Palais royal à Paris.
Le ministère de la Culture, au Palais royal à Paris. - Photo Gautier Poupeau, licence Creative commons attribution

De nombreux manoirs, jardins, moulins pouvaient bénéficier des mêmes abattements fiscaux que les monuments historiques pour leur rénovation. Cette mesure a disparu en 2014. Du coup ces domaines ne seront plus ouverts au public.

D'habitude pour les journées du patrimoine, Jean d'Aillière reçoit entre 200 et 300 visiteurs dans sa propriété d'Aillières-Beauvoir, près de Mamers. Mais pas cette année. Il est en colère après la suppression de l'exemption fiscale.

Jusqu'en 2014 il pouvait déduire de ses impôts une partie du montant des frais d'entretien. Le lieu n'est pas classé monument historique, mais bénéficiait de cette mesure grâce à un agrément du ministère de la Culture "en raison d'un caractère historique ou artistique particulier". En échange, il devait aussi ouvrir au public. Mais loi de finances 2014 a supprimé la mesure. Il est obligé d'ouvrir encore quelques années mais choisit désormais des jours en semaine.

"On va se retrouver avec plein de propriétés abîmées à vendre"

Sa voix reste calme mais c'est bien une colère qui s'exprime. Colère pour les artisans, par exemple le couvreur qu'il ne peut plus faire travailler. Colère aussi pour l'avenir de la propriété familiale, sa "maison" - la famille y habite - construite en 1630. Elle n'a jamais changé de mains. Des allées son jardin à l'anglaise, on dispose d'une vue imprenable à 50 km à la ronde : "Les beaux jours, on peut voir la cathédrale du Mans aux jumelles". Il craint de la voir dépérir faute d'entretien et de devoir la vendre - mais à qui ?

"Ça permettrait d'entretenir, que va devenir ce patrimoine maintenant ?"

La fin de l'exemption fiscale est un rude coup pour le "patrimoine moyen qui fait la beauté de notre pays", déplore Pierre de Mascureau, délégué pour la Sarthe et les Pays de la Loire de l'association de propriétaires Vieilles maisons de France. Outre les manoirs souvent habités, il cite les jardins, les moulins, nombreux dans le département. "Ces propriétés ne seront jamais classées monuments historiques". Il craint que leur entretien devienne, avec les années, une charge impossible à supporter .