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Culture - Loisirs

INTERVIEW | Electronica, la "machine à explorer le temps" de Jean-Michel Jarre

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Par , France Bleu

Huit ans après son dernier album, Jean-Michel Jarre est de retour avec Electronica, un projet pour lequel il s'est entouré d'une trentaine de musiciens invités. Le premier des deux albums de ce projet sort le 16 octobre. Francebleu.fr a rencontré le musicien aux 80 millions de disques vendus.

Jean-Michel Jarre a créé une partie de l'album dans son studio, chez lui
Jean-Michel Jarre a créé une partie de l'album dans son studio, chez lui © Radio France - Julien Baldacchino

Des synthétiseurs à gauche, à droite, au fond... Entre quatre murs noirs molletonnés, dans une petite maison de la région parisienne, le studio de Jean-Michel Jarre est comme un sanctuaire de la musique électronique. Sous une lumière tamisée émise par un grand lustre en verre, c'est là que le créateur d'Oxygène, Equinoxe, Zoolook et Rendez-Vous compose ses albums, répète ses spectacles... et c'est là aussi qu'il a reçu Francebleu.fr pour présenter son tout nouvel album, Electronica. 

Huit ans après son dernier album, Jean-Michel Jarre revient avec  une série de collaborations éclectiques. Le premier volet de ce projet, Electronica 1 - The Time Machine sort le 16 octobre (ed. Sony Music). Deux semaines avant sa sortie, Jean-Michel Jarre nous a confié les coulisses de sa création. 

Comment est né cet album de collaborations, Electronica 1 ?

Je ne voulais pas faire des featurings, comme on dit en anglais, où on envoie un fichier à quelqu’un qu’on n'a jamais rencontré, qui va poser sa voix sur le morceau que vous avez fait, et avec qui vous n’aurez jamais aucun contact. Là, mon projet était de rencontrer les autres musiciens systématiquement. Ca a été un peu un voyage initiatique pour moi pendant trois à quatre ans. Au départ, j’ai élaboré une démo [une version préparatoire, ndlr] pour leur proposer une piste de travail. Et ensuite, je suis allé à leur rencontre un peu partout dans le monde.

Mais qu’est-ce que c’est au juste, une “collaboration”, en musique électronique ? Comment deux musiciens travaillent-ils à quatre mains ?

La musique électronique est une musique qui se fait de façon assez solitaire, chacun dans son studio. Avec Moby, j'ai pu me rendre compte à quel point on travaille de façon différente. Lui, il découpe le morceau, et remplit chaque portion l'une après l'autre. Alors que moi, j'ai plutôt tendance à jouer chaque instrument d'un bout à l'autre du morceau, pour ensuite les superposer comme les couches d'un mille-feuilles. 

Autre exemple, avec le duo Air, eux et moi avons mis en commun certains des instruments que nous avons utilisés chacun de notre côté par le passé, pour revisiter 80 ans d’histoire de la technologie à travers la musique électronique.  

Justement, cet album est sous-titré “The time machine”, et vous y avez invité des artistes de quatre générations différentes. C’est une façon de revenir sur 40 ans d’histoire de la musique électro ?

Il y a cette idée de machine à explorer le temps oui, à la fois dans le passé et dans le futur. Et puis il y a l’idée de revisiter ce qui a fait le style de chaque décennie... tout en montrant que cette musique est très intemporelle. Si on prend le morceau que j’ai fait avec Tangerine Dream [un groupe allemand qui a commencé dans les années 70, ndlr] et celui que j’ai fait avec un jeune groupe anglais qui s’appelle Fuck Buttons, il est très difficile de savoir que les uns ont 20 ans et que les autres sont de ma génération !

"Je suis convaincu qu'un artiste, dans sa vie, fait toujours la même chose"

Et certains titres évoquent aussi le style de vos anciens albums, comme Oxygène ou Chronologie. On dirait que c’est aussi une façon de revisiter les genres par lesquels vous êtes passés au cours de votre carrière…

Ce que vous dites me rassure ! Au risque de décevoir ceux qui pensent que chaque album doit être complètement nouveau, je suis convaincu qu’un artiste, dans sa vie, fait toujours la même chose. Il n’arrête pas de décliner la même idée. C’est ça qu’on appelle le style. Prenez les Beatles ou Stanley Kubrick, ils racontent toujours la même chose, mais ils déclinent leur obsession et leur idéal toute leur vie.

Evidemment, dans Electronica, on retrouve des bribes des albums précédents, mais dans un autre contexte. Cet album est l’héritier des précédents, et en même temps il n’a rien à voir.

Vous avez enregistré un morceau avec l'artiste Laurie Anderson, “Rely on me”, qui raconte une histoire d’amour… avec un téléphone portable ?

Oui, je voulais imaginer une histoire d’amour entre un humain et un téléphone portable, à une époque où l’on passe plus de temps à caresser son smartphone qu’à caresser son partenaire. C’est un morceau très attachant, à la fois étrangement robotique et très sensuel, grâce à la voix de Laurie.

Mais cette histoire d’amour finit par mal tourner… C’est étonnant non, venant d’un musicien qui manipule des ordinateurs depuis des années ?

C’est parce que la technologie a un côté sombre ! C’est intéressant de voir que Google a un côté joli, tout rond, tout doux dans son logo en couleurs, et en même temps ça cache quelque chose qui est digne de Big Brother dans 1984

"Au début on a pensé qu'Internet, c'était un monde où tout le monde se tient par la main"

Tout ce qui était la science fiction à l’époque où j’ai fait Oxygène, c’est devenu la réalité. Et dans Electronica, qui est un voyage à travers l’histoire de la technologie, il y a ce côté sombre… le côté obscur de la force ! (rires)

Et dans cette chanson, comme dans beaucoup d’autres de l’album, il y a des paroles. Ce n’est pas la première fois que vous mettez des paroles dans vos chansons [l'album Metamorphoses en 1999 contenait des paroles, ndlr], mais ça peut déstabiliser le public qui connaît surtout Oxygène et Equinoxe…

Je n’ai absolument pas réfléchi, en choisissant les collaborations, au fait que certains de ces musiciens pouvaient faire de la musique chantée. Mais en même temps, tous les gens qui chantent dans cet album ne se considèrent pas eux-mêmes comme des chanteurs. Ce sont plutôt des musiciens qui utilisent leur voix comme un son. C’est le cas de Moby ou de Air, par exemple.

L’album s’appelle Electronica 1… il y aura un numéro 2 ?

Oui, je suis en train de terminer le mixage de cette deuxième partie, qui sort en avril. Il n’y a pas de concept comme la nuit et le jour, le présent et le futur. C’est juste que pour des raisons de temps, on a partagé en deux. Il y a une quinzaine de collaborateurs, des gens très différents, comme Sébastien Tellier ou Hans Zimmer [le compositeur de la musique du Roi Lion, ndlr]... je ne vais pas tous les citer car il faut garder la surprise !

Dans l’album, il y a un “mix en continu” pour écouter l’album d’une traite, de bout en bout. C’est comme ça que vous conseillez de l’écouter ?

On peut concevoir Electronica de deux manières. Aujourd’hui, on est dans le zapping continu de l’info, de la musique. Et en même temps, on est aussi dans une période où on peut se faire la totalité de la saison de House of Cards ou Breaking Bad en continu !

C’est pareil avec mon disque : on peut aller picorer de la musique sur Youtube ou iTunes, choisir un morceau parce qu’on connaît le collaborateur et en découvrir d’autres, ou alors on peut l’écouter en continuité. Mon choix en tant que musicien, c’est évidemment de l’écouter en continuité, parce que c’est comme un vrai voyage, une bande-son de la relation que chacun a avec les différents styles de musique.

Allez-vous faire des concerts avec ce nouvel album ?

Je ne me suis pas posé la question de la scène quand j’ai commencé Electronica, il y a quatre ans. Et puis j’ai commencé à y réfléchir tout en me disant que le fait d’avoir travaillé avec des collaborateurs ne devait pas m’empêcher, si j’en ai envie, de faire des concerts. Il y a pas mal de morceaux instrumentaux qui ne demandent pas nécessairement, la présence systémtatique de l’autre.

"Certains collaborateurs vont me rejoindre sur la tournée"

Et puis surtout, il y a un certain nombre de collaborateurs qui m’ont dit qu’ils étaient prêts à venir avec moi sur scène à un moment ou à un autre. Donc je vais commencer par une tournée des festivals au mois d’avril, puis en tournée à travers le monde jusqu’à fin 2017, avec beaucoup de concerts en France. Et je pense que certains collaborateurs vont me rejoindre à certains moments, sur la route. Chaque concert sera un peu différent. 

Jean-Michel Jarre et Radio France

Le saviez-vous ? C'est à la maison de la radio que Jean-Michel Jarre a commencé sa carrière ! En 1968 il rencontre un musicien nommé Pierre Schaeffer, qui le fait intégrer le Groupe de recherches musicales (GRM), un groupe de musiciens qui étudient les musiques expérimentales... et donc les premiers synthétiseurs. Or ce groupe faisait partie de l'ORTF, à la Maison ronde fraîchement inaugurée. Pour Jean-Michel Jarre, cet album qui remonte le temps est donc "plus que jamais lié à Radio France" :

Jean-Michel Jarre évoque son attachement à Radio France

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