Culture – Loisirs

Journée européennes du patrimoine : des lettres de dénonciation lues au camp du Struthof en Alsace

Par Olivia Cohen et Olivier Vogel, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu dimanche 18 septembre 2016 à 10:35

Les lettres de dénonciation sont lues au pied de la cheminée du crématoire, devant les cellules disciplinaires, non loin de la potence.
Les lettres de dénonciation sont lues au pied de la cheminée du crématoire, devant les cellules disciplinaires, non loin de la potence. © Radio France - Olivier Vogel

A l'occasion des 33èmes journées européennes du patrimoine, un spectacle à partir de lettres de dénonciation datant de la Seconde Guerre mondiale intitulé "Un bon Français" a été joué ce samedi par deux comédiens au sein de l'ancien camp de concentration de Natweiller-Struthof, à 60km de Strasbourg.

A l'occasion des 33èmes journées européennes du patrimoine, l'ancien camp de concentration de Natweiller-Struthof, associé au Centre européen du résistant déporté, a proposé un spectacle ce samedi à base de lettres de dénonciation datant de la Seconde Guerre mondiale. Le spectacle s'intitule "Un bon Français".

Deux comédiens ont lu les lettres de dénonciation au Struthof ce samedi pour les journées européennes du patrimoine - Radio France
Deux comédiens ont lu les lettres de dénonciation au Struthof ce samedi pour les journées européennes du patrimoine © Radio France - Olivier Vogel

Les textes étaient interprétés par deux comédiens de la compagnie La Part manquante, au pied de la cheminée du crématoire, devant les cellules disciplinaires, ou encore non loin de la potence, au sein de ce camp nazi où ont été enfermées ou assassinées beaucoup de personnes dénoncées.

"Les auteurs de lettres de dénonciation sont persuadés de faire leur devoir"

Frédérique Neau-Dufour, directrice du Centre européen du résistant déporté :

Ce qui est frappant, c'est que tous les auteurs de ces lettres de dénonciation sont persuadés de faire leur devoir, et il y a une conscience très nette et assez cynique chez l'auteur que sa lettre va engendrer la mort.

Selon elle, ces lettres ont une résonance toute particulière avec l'état d'urgence que nous vivons actuellement :

Ce sont les mêmes expressions, les mêmes manières de soupçonner et puis, un contexte de guerre, où la dénonciation va donner l'impression de servir le pouvoir contre un ennemi intérieur désigné.

Aujourd'hui, nous vivons sous la menace terroriste et nous sommes encouragés à dénoncer pour éviter des attentats, par précaution. En même temps, ça ouvre la porte à une dénonciation beaucoup moins regardante, plus globale, qui consiste à mettre tout le monde dans le même sac.

"Comme pendant la Seconde Guerre mondiale, nous vivons un climat de crise où nous sommes incités à dénoncer, par sécurité"

Le spectacle remet en cause les idées toutes faites sur ce qu'est un "bon Français", explique Frédérique Neau-Dufour :

Lorsqu'on entend le titre de cette pièce, on voit que c'est encore et toujours cette notion d'identité qui est au coeur du débat et qui pose un problème. Parce que, qu'est-ce que c'est qu'un bon Français ? Est-ce que c'est celui qui va dénoncer tous ceux qui ne lui semblent pas être de 'bons Français' ?

Reportage avec des extraits du spectacle "Un bon Français" - par Olivier Vogel