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Journées du patrimoine : l'histoire insolite de la Centrale V, une usine d'avions blindée, à Cravant

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Par , France Bleu Auxerre

Les journées du patrimoine sont l'occasion de découvrir des lieux insolites, des histoires rocambolesque liées à notre patrimoine. C'est le cas par exemple à Cravant dans l'Yonne. On pouvait ce week-end y visiter la Centrale V : une usine d'avions blindée de la Seconde guerre mondiale.

La Central V ressemble étrangement à un décor de cinéma : c'est un immense morceau de béton armé surgit de nulle part.
La Central V ressemble étrangement à un décor de cinéma : c'est un immense morceau de béton armé surgit de nulle part. © Radio France - Delphine-Marion Boulle

Le lieu est pour le moins insolite, improbable même. Il se trouve entre Cravant et Vincelles dans l'Yonne. Au bout d'un long chemin de terre, à côté du terrain d'ULM voici que surgit, sorti de nulle-part, un énorme bloc de béton armé. La nature y reprend ses droits depuis 80 ans. Ce lieu, digne d'un décor de James Bond ou d'Indiana Jones c'est la Centrale V. V comme Vincelles la commune voisine. Cette usine blindée destinée à fabriquer des avions ne se visite qu'une fois par an, lors des Journées du patrimoine grâce à l'associationAviatroglo. 

La Centrale V de Vincelles-Cravant

Une usine d'assemblage d'avions de l'armée française ...

_"Ce sont des vestiges d'un site industriel aéronautique militaire, ces vestiges sont inachevés et détruits, et la végétation reprend ses droits" précise son président Didier Lauret à l'arrivée des visiteurs. Devant leurs yeux : une forêt de piliers en béton armé soutient une immense dalle. Le lieux paraît immense mais ce n'est rien comparé au projet initial. " normalement ce devait-être un dôme en béton armé, sur plusieurs étages de 50m de large, 132m de long et 26m de hauteur ! "_ explique le président d'Aviatroglo.

Dans le complexe militaro-industriel l'armée française voulait construire des pièces du Léo45.
Dans le complexe militaro-industriel l'armée française voulait construire des pièces du Léo45. © Radio France - Delphine-Marion Boulle

Lorsqu'ils lancent la construction en 1939, les Français imaginent assembler ici les avions dont les morceaux sont construits dans une ancienne carrière de l'autre côté de la vallée. " Le projet c'est de construire cet avion là, le Léo 45 explique Didier Lauret. Oui, mais voilà, la débâcle française de 1940 précipite les choses. Le chantier n'est pas encore achevé que les Français l'incendient, le détruisent avant de le quitter devant l'avancée des Allemands. " Ici nous sommes sur la partie souterraine. Ce qui semble être un plafond est en réalité la dalle de ce qui devait être le rez-de-chaussée. " détaille le guide, plan à l'appui.  

Ce qui semble être le toit de la Centrale V est en réalité son premier étage resté inachevé. On y trouve notamment des rails qui devaient permettre d'amener le train jusqu'à l'intérieur de l'usine.
Ce qui semble être le toit de la Centrale V est en réalité son premier étage resté inachevé. On y trouve notamment des rails qui devaient permettre d'amener le train jusqu'à l'intérieur de l'usine. © Radio France - Delphine-Marion Boulle

...qui finalement servira à réparer des avions allemands 

C'est donc un site en piteux état que découvrent les soldats allemands. Ils le mettent toutefois sous bonne garde et décident finalement de le réhabiliter en 1943. Face à l'intensification des bombardements sur la région parisienne, ils cherchent à déplacer une usine de réparation destinée à leurs Focke-Wulf 190 , un chasseur bombardier monomoteur et monoplace. Le site retient leur attention, même si il faut le remettre en état. C'est chose faite début 1944.

Au total, la Centrale V accueillera 160 avions allemands dont une trentaine, au moins, ont été réparés en l'espace de 7 mois car, là encore, l'histoire se répète. Après le débarquement en Normandie, la pression sur l'armée allemande s'intensifie. La Centrale V est de nouveau détruite et abandonnée en août 1944.  Les Allemands confient la besogne à des troupes biélorusses qui utilisent cette fois de l'explosif. Problème, le béton armé à l'aide de rails de chemin de fer résiste.

Composée de béton armé à l'aide de rails de chemin de fer, la Centrale V a résisté aux explosifs à l'été 1944. Ici, ce qui aurait dû être son sous-sol.
Composée de béton armé à l'aide de rails de chemin de fer, la Centrale V a résisté aux explosifs à l'été 1944. Ici, ce qui aurait dû être son sous-sol. © Radio France - Delphine-Marion Boulle

La construction d'avions français avec des pièces allemandes

Dans l'ancienne carrière de Palotte, transformée elle aussi en usine, les résistants découvrent des pièces d'avions allemands. Cela permettra entre 1945 et 1946 d'assembler à la Centrale V des SNCAC NC.900. Des avions à la cocarde tricolore mais à l'allure allemande, utilisés notamment sur le front de l'Est.  70 exemplaires seront assemblés sur place. Il n'en n'existe plus qu'un seul aujourd'hui, exposé au Musée de l'Air.

Un témoin de l'histoire militaire mais aussi de l'histoire de la région 

Si le site est donc un gros morceau de patrimoine militaire et industriel, il est aussi un morceau d'histoire pour toute une région. Sa construction , sa réhabilitation ont en effet modifié la structure des villages alentours.

On retrouve des traces de la présence de travailleurs espagnols dans les carrières de Palottes,la partie du complexe militaro-industriel qui se situe de l'autre côté de la vallée.
On retrouve des traces de la présence de travailleurs espagnols dans les carrières de Palottes,la partie du complexe militaro-industriel qui se situe de l'autre côté de la vallée. - Delphine-Marion boulle/Association Aviatroglo

En 1939 par exemple, lorsque les Français démarrent la construction de l'usine, les hommes sont déjà mobilisés dans l'armée. Il faut donc trouver une main d'oeuvre ailleurs. Les entreprises chargées de constuire des usines comme la Centrale V vont prospecter dans les camps de réfugiés comme Argelès ou Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales. Cravant va ainsi accueillir des familles espagnoles. "Dans un second temps, sont arrivés ( à Cravant ) les soldats de l'armée républicaine embriguadés dans des  CTE des Compagnies de Travailleurs Etrangers" détaille le président d'Aviatroglo. Il y a eu trois CTE sur le site de Cravant soit environ 750 anciens soldats de l'armée républicaine espagnole.

Pour la première construction (1939-40) les Français utilisent pour main d'oeuvre des réfugiés espagnols.

La problématique va se poser de nouveau en 1943 lorsque les Allemands veulent réhabiliter le site. Cette fois c'est l'Organisation Todt qui est chargée du chantier. Elle va amener sa main d'oeuvre directement dans un camp à proximité. Sous la surveillance de soldats allemands et de membre de l'organisation plusieurs nationalités vont remettre le lieu en état et participer à son activité. On peut par exemple citer quelques 200 femmes Russe et autant de déportés juifs Allemands  explique Didier Lauret. 

Plusieurs nationalités vont travailler à la Centrale V lors de son occupation par les Allemands ( 1943-44 ).

A l'heure actuelle l'urgence pour l'association Aviatroglo c'est de recueillir des témoignages sur ce lieu et sa période d'activité, car petit à petit les témoins de l'époque disparaissent. Les membres de l'association se sont aussi lancés pour défi de reconstruire un fuselage de Focke-Wulf dans sa version française, celle assemblée entre 1945 et 1946 sur le site. Objectif : présenter au public l'histoire du lieu sous un nouvel angle. 

Un lieu que l'on peut découvrir en entier dans la Nièvre. En effet, en plus de Cravant, six centrales de montages d'avions blindées étaient en chantier en 1939. La seule encore visible (et achevée !) est celle de Nevers.

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