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Culture – Loisirs

L'âme du Moulin d'Andé, Suzanne Lipinska, commandeur des Arts et des Lettres... et de la Passion

samedi 1 septembre 2018 à 12:14 Par Laurent Philippot, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

Depuis près de soixante ans, Suzanne Lipinska, la propriétaire du Moulin d'Andé, fait rayonner la culture en France et dans le monde. Françoise Nyssen lui a remis ce vendredi 31 août la cravate de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres.

Suzanne Lipinska, surnommée Suzon par ses amis (et ils sont nombreux), porte désormais la cravate
Suzanne Lipinska, surnommée Suzon par ses amis (et ils sont nombreux), porte désormais la cravate © Radio France - Laurent Philippot

Andé, France

Cérémonie empreinte d'émotion et d'humour ce vendredi dans le cadre bucolique du Moulin d'Andé, baigné par le soleil. Françoise Nyssen était  déjà venue il y a vingt ans au Moulin assister en tant que spectatrice à un concert. Mais là, c'est la ministre de la Culture qui est venue accrocher au cou de Suzanne Lipinska la cravate de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres. La propriétaire et présidente de l'association culturelle du Moulin d'Andé, s'est montrée très honorée, sans se départir de son humour légendaire : "quand j'ai su que je recevrai ces insignes, d'abord je me suis demandé si je les avais mérités

Les Arts et les Lettres ? Je n'ai pas écrit de livres,  je n'ai pas peint de tableaux, je n'ai pas fait de films... Ah oui, quand même, j'ai fait le Moulin"- Suzanne Lipinska

Toute la joie de Sébastien Lecornu, le secrétaire d'État, à la remise des insignes de commandeur à Suzanne Lipinska - Radio France
Toute la joie de Sébastien Lecornu, le secrétaire d'État, à la remise des insignes de commandeur à Suzanne Lipinska © Radio France - Laurent Philippot

Le Moulin d'Andé, le petit paradis de Suzon et de ses amis

Au Moulin, François Truffaut a tourné,  Alain Delon  a rejoint Catherine Deneuve dans sa chambre, Jeanne Moreau  a chanté, Georges Perec  a habité cinq ans et a écrit La disparition, ce roman sans une seule fois la lettre E, la première épouse du ministre de la Culture, André Malraux, Clara est décédée en 1982, comme l'écrivain Maurice Pons qui a posé ses valises un soir pour en repartir cinquante neuf ans plus tard pour rejoindre un autre paradis. 

Le Moulin, c'est la bonne adresse des amateurs d'art qui veulent passer un bon moment, au calme, au bord de l'eau, dans un lieu suspendu hors du temps,  ouvert à tous, pas élitiste pour un sou.  Et d'ailleurs, certains en ont fait leur dernière demeure. Suzanne Lipinska a notamment reçu une lettre de la fille d'une ancienne habituée des lieux. Elle se souvient avec émotion des quelques lignes :  "ma mère est mort d'un cancer, elle venait à beaucoup à vos concerts, ça lui faisait un bien fou"

Dans son testament elle demandait qu'on disperse ses cendres au Moulin. On l'a fait" - Suzanne Lipinska

Présent à la cérémonie,  Raphaël Enthoven vient au Moulin d'Andé depuis qu'il a cinq ou six ans. "Je lui ai presque appris à lire" s'amuse malicieusement Suzanne Lipinska. "Presque" répond le philosophe, "j'ai surtout appris à jouer à la crapette et à perfectionner mon jeu d'échec au Moulin"

C'est le lieu qui ressemble le plus à l'idée que je me fais de Combray, dans  À la recherche du temps perdu. Ce bras de Seine est comme un morceau de la Vivonne, on ne se lasse jamais de ce qu'on a sous les yeux dans cet endroit" - Raphaël Enthoven, philosophe

On ne se lasse jamais et Suzanne Lipinska, non plus. Son petit-fils, Stanislas Lipinski, travaille avec elle en tant que vice-président de l'association culturelle. Il le confirme, sa grand-mère, 90 ans,  ne s'arrête jamais : "elle m'envoie des mails à deux heures du matin pour me dire il faut faire ci, il faut faire ça, moi je suis sur les rotules, et ça fait quarante ans que ça dure. Une grand mère complètement rock n'roll pour son autre petite-fille, Charlotte Lipinska, chroniqueuse pendant tout l'été sur France Inter : "elle a énormément d’humour, très curieuse, toujours à l'affût de jeunes artistes, dans tous les domaines, musique classique, jazz, musique du monde". On ne peut que souhaiter à Suzanne Lipinska d'incarner pendant longtemps le tourbillon de la vie, de faire les quatre cents coups et de faire tourner les ailes du moulin de son cœur.