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Culture – Loisirs

La chasse aux sorcières au Pays basque inspire le cinéma

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Par , France Bleu Pays Basque

Au XVIIème siècle au Pays basque, des femmes, des hommes et des enfants ont été torturés, jugés et brûlés pour sorcellerie. Un sombre épisode qui a marqué l'histoire locale et qui inspire encore aujourd'hui cinéastes et historiens. Notamment parce qu'il a encore des résonances contemporaines.

Le tournage d' "Akelarre" s'installe à Sare pendant une semaine
Le tournage d' "Akelarre" s'installe à Sare pendant une semaine © Radio France - Valérie Menut

Pays Basque, France

Depuis le 28 mai et jusqu'au 4 juin, on peut apercevoir de drôles de personnages à Sare. Pas de chapeaux pointus ni de vieilles femmes en noir volant sur leur balai, mais des hommes, des femmes et des enfants habillés comme il y a 4 siècles et des soldats en armure rutilante. Ce sont des figurants espagnols et des acteurs qui tournent des scènes d'un long-métrage (Akelarre *) sous la houlette du réalisateur argentin Pablo Agüero. Il a déjà planté ses caméras à Lechaka, sur la plage de Laga près de Guernica ou encore dans la forêt d'Urbasa à l'ouest de Pampelune, pour une coproduction hispano-franco-argentine qui a pour toile de fond cet épisode marquant de l'histoire du Pays basque : la chasse aux sorcières du début du XVIIème siècle.

"Tout à coup, l'actualité m'a rattrapé avec le mouvement « me too » il y a deux ans" 

Tout est parti d'une lecture. Pablo Agüero a découvert La Sorcière de Jules Michelet en 2008. A l'époque, il présentait son premier film à Cannes. Et ce fut de son propre aveu "un choc. Michelet a montré la figure de la femme, chassée, persécutée, libératrice et révolutionnaire. Cela m'a bouleversé et indiqué un chemin à suivre que je ne m'a jamais lâché pendant 10 ans". Parce que si l'idée de faire un film avec en toile de fond cette chasse aux sorcières au Pays basque a germé il y a longtemps dans l'esprit du réalisateur argentin, elle n'a pu se concrétiser que récemment. "Parce qu'elle est dans l'air du temps depuis 2-3 ans seulement, confie-t-il. J'ai rencontré des dizaines de producteurs qui me disaient que le scénario et l'histoire étaient superbes, pourtant ils ne voulaient pas financer le film. Ils me demandaient pourquoi je voulais raconter cette histoire à ce moment-là ; "on ne comprend pas en quoi ça nous parle" me rétorquaient-ils. Et puis _tout à coup l'actualité m'a rattrapé avec le mouvement « me too » il y a 2 ans_. Mais c'est fou comme c'était inconcevable il y a 3-4 ans ! J'ai persévéré. J'ai quitté les producteurs que j'avais au début, je suis venu chercher des producteurs basques des deux côtés de la frontière (comme La Fidèle Production, société établie à Urrugne, NDLR), ça donne aussi une identité et une légitimité au film". 

Ce n'est pas la sorcellerie en soi qui intéresse Pablo Agüero. "Ce n'est pas un film fantastique. L'imaginaire des sorcières est là, mais pas d'un point de vue naïf comme dans Harry Potter. J'ai découvert le Pays basque à travers cette histoire. Quand j'ai lu Michelet, quand il racontait comment vivait les gens au XVIIème siècle, je me suis dit "le XVIIème n'est pas fini ! C'est mon enfance. Moi aussi j'allais chercher l'eau avec un seau". En fait les époques se superposent. Elles ne passent pas. Il y a encore aujourd'hui des gens qui vivent au Moyen-Age dans certains pays ou même dans certains quartiers. C'est ça qui m'a captivé".  

Le réalisateur Pablo Agüro (à gauche) et Amaia Aberasturi (au centre) qui interprète Ana, une jeune femme soupçonnée de sorcellerie. - Radio France
Le réalisateur Pablo Agüro (à gauche) et Amaia Aberasturi (au centre) qui interprète Ana, une jeune femme soupçonnée de sorcellerie. © Radio France - Valérie Menut

La défense d'une identité culturelle

Les Basques portent cette histoire en eux encore aujourd'hui. Pablo Agüero l'a ressenti pendant ses recherches pour le film. "Il y a toujours cette idée d'une indépendance culturelle, de garder une identité locale. L'idée de vouloir fixer une identité est très complexe et cette histoire est très intéressante en ce sens. On vient ici interdire une langue considérée comme satanique, des coutume parce qu'on pense que les gens adorent le Diable. _On vient écraser une culture et ça, ça a une résonance universelle_. C'est un film qui a un regard sur la réalité. Il a une résonance contemporaine. Il ne parle pas du XVIIème siècle, même s'il est assez rigoureux historiquement. C'est une parabole pour voir que les choses se ressemblent toujours en fait. Et c'est important pour comprendre comment on en est arrivé là aujourd'hui. Le fait que la femme ait cette place-là, jusqu'à il y a 2 ans. Voir le passé nous apprend comment notre pensée a été forgée".

La condition de la femme

La parole de la femme, la place de la femme au XVIIème siècle et ses résonances encore aujourd'hui, tout cela parle à Jeanne Insausti. Elle vit à Villefranque, elle est Basque, et elle interprète la grand-mère d'Ana et Maria, les deux rôles féminins principaux jugés pour sorcellerie. "Ce film me touche énormément parce que je suis Basque, et pour nous tout d'abord les sorcières ne sont pas méchantes ni maléfiques, ce sont des personnes sensibilisées par les soins, l'attention aux autres. Et ces femmes au Pays basque avaient leur place dans la société. On parle de matriarcat. Quand le christianisme s'est imposé, les hommes d'église (qui avaient peur des femmes, qui les trouvaient dangereuses) ont voulu réduire la femme à rien. C'est très important de porter cela à l'écran, parce que c'était à cette époque-là, mais ça a été avant, c'est encore aujourd'hui. Il faut souhaiter que ce ne soit plus pour demain" espère l'actrice.

Jeanne Insausti entre les mains de la maquilleuse. - Radio France
Jeanne Insausti entre les mains de la maquilleuse. © Radio France - Valérie Menut

"A cette époque-là, les femmes avaient leur place dans la société au Pays basque" - Jeanne Insausti

La terreur de Pierre de Lancre

Les procès pour sorcellerie au Pays basque ont débuté en janvier 1609 et se sont poursuivis jusqu'en août 1614. Au Pays basque nord, cet épisode a surtout été marqué par les persécutions menées par Pierre de Lancre, un juge bordelais missionné par Henri IV pour "purifier" le Labourd. Il n'est resté ici que quelques mois, mais a eu le temps d'instaurer une véritable terreur en tenant des dizaines de procès expéditifs, après moults tortures et délations. Claude Labat, historien et écrivain basque, estime que quelque 80 personnes ont péri sur le bûcher de Cambo à Saint Jean de Luz en passant par La Bastide Clairence et Urrugne. Une terreur qui a forgé le mythe des sorcières au Pays basque.

Alex Brendemühl, acteur espagnol, a lu les écrits de Pierre de Lancre, ses comptes-rendus d'enquête, pour travailler son rôle. Il interprète un juge dans le film de Pablo Agüero, directement inspiré du juge bordelais. "Il a une fascination magnétique pour tout ce qu'il trouve, ce qu'il déduit des situations même s'il n'a jamais vu de rituels de sabbat. Il arrive à s'obséder à tel point qu'il croit faire le bien pour la société en la nettoyant. Il y a quelque chose de très intéressant dans ce personnage parce qu'on peut trouver des parallèles avec les persécutions des ethnies partout dans le monde. _Comment justifier des atrocités avec des signes qu'on invente_..." explique l'acteur catalan.

"Il arrive à s'obséder à tel point qu'il croit faire le bien pour la société en la nettoyant"- Alex Brendemühl

Alex Brendemühl interprète un personnage directement inspiré du juge Pierre de Lancre. - Radio France
Alex Brendemühl interprète un personnage directement inspiré du juge Pierre de Lancre. © Radio France - Valérie Menut

Un objectif politique

Cette chasse aux sorcières n'avait pas pour seule fin de traquer les hérétiques, faire taire les femmes, "écraser une culture" comme le dit Pablo Agüero, son objectif était aussi politique. "Seulement politique" même estime Claude Labat, qui sortira un livre à la rentrée de septembre (son deuxième sur cette période), Sorcellerie : Manigances et Sarabandes aux éditions Elkar.

Selon Claude Labat, la chasse aux sorcières au Pays basque avait une visée politique. Ecoutez son raisonnement.

A Sare, sur le plateau du tournage d' "Akelarre" : une scène de marché avec plus de 35 figurants. - Radio France
A Sare, sur le plateau du tournage d' "Akelarre" : une scène de marché avec plus de 35 figurants. © Radio France - Valérie Menut
"Silence ! on tourne", dans une bâtisse du XVIIème siècle à Sare, une scène de marché. - Radio France
"Silence ! on tourne", dans une bâtisse du XVIIème siècle à Sare, une scène de marché. © Radio France - Valérie Menut

Retrouvez ici l'interview du réalisateur argentin Pablo Agüero

(*) Akelarre devrait sortir sur les écrans en France, Espagne, Argentine, Belgique et Pays-Bas à la rentrée 2020, puis sur Netflix.

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