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Dossier : La nouvelle éco, comment le coronavirus bouleverse l’économie

La relance éco : victime du coronavirus, la presque centenaire Librairie Niçoise ferme ses portes

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Par , France Bleu Azur, France Bleu

C'est une petite institution qui va disparaître le 31 août : après 89 ans d'existence, la Librairie Niçoise, rue Defly, va fermer ses portes. Une boutique de livres anciens et rares comme on n'en fait plus. Après plusieurs années difficiles, le confinement a eu raison d'elle.

La Librairie Niçoise, rue Defly, va fermer après 89 ans d'existence
La Librairie Niçoise, rue Defly, va fermer après 89 ans d'existence © Radio France - Emmanuel Grabey

Quand il a repris la Librairie Niçoise il y a seize ans, Thierry Desouche, quatrième gérant, se voyait là, au 2, rue Defly, au moins jusqu'en 2031. "J'espérais, je pensais aller jusqu'aux cent ans", raconte-t-il dans sa boutique qui sent le tabac qu'on fume encore derrière le comptoir, le cuir des reliures travaillées et le papier d'ouvrages vieux de plusieurs siècles. "Et puis je suis obligé d'arrêter. Le métier devient trop difficile. Ça faisait plusieurs années que je me posais la question, j'étais en difficulté, voire en grande difficulté. J'ai une famille, continuer serait dangereux." 

Ces quatre derniers mois auront été le coup de grâce, il a réalisé à peine un quart de son chiffre d'affaires habituel. "Pour moi, c'est un drame", poursuit-il, stoïque. "J'étais haut cadre dans une multinationale, j'avais les cheveux courts, je faisais partie de ces petits hommes en gris qui courent dans les aéroports. J'ai changé de métier à 40 ans pour faire le métier que je voulais faire."

"C'est un drame, que je vis bien, mais c'est un drame."

Depuis qu'il a commencé dans le métier, 40% des librairies spécialisées ont disparu. Ces dernières années à Nice, quatre de ses collègues sur une quinzaine ont fermé, ou sont en passe de mettre la clef sous la porte. 

Il va, comme beaucoup, continuer sur Internet, mais c'est tout un pan de son métier qu'il va devoir abandonner : "Celui de pouvoir transmettre à un gamin ou une gamine de quinze ans qui entre pour la première fois. Lui faire toucher un papier un peu rare, un peu granuleux, les différents types de cuir, lui expliquer le plaisir d'une belle typographie, d'un livre bien imprimé avec de jolies marges, qui permet de lire plus intelligemment... Ça, ça va me manquer."

La faute aux baby-boomers ?

Jérémy Taburchi, aujourd'hui auteur et plasticien, a fait partie, dans les années 80-90, de ces gamins qui ont poussé, un jour, la porte de la Librairie Niçoise : "Il fallait pousser des portes, rencontrer des gens, toucher des objets pour avoir un rapport à la culture. Ça faisait partie de ces lieux. Ça fait encore partie de ces lieux, pour ceux qui ne sont pas encore totalement dans le virtuel."

"Cela pourra peut-être paraître étonnant", se désole le gérant, "mais je ne vais pas m'attaquer aux jeunes, parce qu'ils n'ont pas forcément encore les moyens ou l'idée d'acheter ce type de livres. Je dirais beaucoup plus de mal de ma génération, les enfants du baby-boom, ces ultra-consommateurs. C'est cette partie de clientèle qui, à mon sens, ne s'est pas renouvelée."

Un tiers du stock à écouler

Avant de fermer boutique, Thierry Desouche doit se débarrasser d'un petit tiers de son stock. Des décotes de 30, 50, 70% sont à venir sur les ouvrages dont il sait qu'ils ne sont pas adaptés au commerce en ligne. Avant que ne commence la grande braderie, ses amis, comme Laurent Bosio, viennent fureter une dernière fois dans les rayonnages : "Je regardais ces belles éditions de Corneille... 1838 ! Là, du Molière, 1817.

Quand on ouvre une page, on sait que des milliers d'yeux se sont posés dessus. C'est magique. Et tout cela va disparaître au regard de tout le monde. Il faut que le stock s'écoule, sinon tous ces ouvrages vont finir à moisir dans une cave, alors qu'il faut qu'ils soient lus et relus, par des mains grasses s'il le faut."

Les mains grasses, comme après avoir mangé un hamburger, c'est un peu la hantise de Laurent et Jérémy, puisque leur ami libraire entretient le mystère sur le devenir de son fonds de commerce. Tous deux craignent qu'il ne devienne un fast-food ou un magasin franchisé. Or, si l'ouvrage le plus cher de la librairie est estimé 35.000 euros, il est toujours temps, avant la fermeture le 31 août, de s'offrir un livre moins cher qu'un menu frites-coca : sur les étagères, pas mal de bouquins s'affichent entre cinq et dix euros.

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