Culture – Loisirs

Une huilerie abandonnée ouvre au public pour les journées du patrimoine

Par Maxime Tellier, France Bleu Creuse samedi 19 septembre 2015 à 7:00

La meule en granit du moulin d'Arcy sur son socle
La meule en granit du moulin d'Arcy sur son socle © Radio France - Maxime Tellier

Le grand intérêt des journées du patrimoine (19 et 20 septembre 2015) est sans doute de découvrir des lieux habituellement fermés au public. C'est le cas du moulin à huile d'Arcy à Peyrat-la-Nonière en Creuse : on y a fabriqué de l'huile du Moyen-Âge jusqu'à la Première Guerre Mondiale.

De l'extérieur, c'est un corps de ferme comme un autre mais il suffit de suivre le guide, Jean-Claude Mazure, pour s'en rendre compte : si le bâtiment ne paie pas de mine, l'intérieur est unique. "Des huileries de ce type là, il y en avait autant que de châteaux ou d'ordres religieux avant la Révolution", explique le propriétaire des lieux, "par contre, il y en a très peu qui sont conservées comme ici. C'est la seule huilerie protégée (classée à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques) en Limousin et ce serait la seule en France avec un pressoir comme celui-là, à ce que je sache."

Le pressoir en question est constitué d'un bloc massif en granit, la dormante qui pèse deux tonnes, et d'une meule, d'une tonne et en granit aussi, qui tournait sur son socle et écrasait les plantes pour en extraire l'huile. "On ne sait pas vraiment dater l'ensemble, on sait seulement que c'est une technique ancestrale, inventée par les Grecs et amenée dans la région par les Romains", raconte Jean-Claude Mazure : "l'huilerie dépendait du château du Chiroux à 1km de là ; on construisait toujours les huileries à l'écart car la fabrication dégageait une mauvaise odeur. L'huile servait ensuite pour l'alimentation et l'éclairage des lampes."

Rien n'a changé depuis des siècles

A l'intérieur du bâtiment, rien n'a changé depuis plusieurs siècles : "tout est en pierre et en bois, le mécanisme raccordé au manège et que vous voyez là date du XVIIe siècle et a été inventé par Blaise Pascal". Les engrenages, les madriers, les gorges, les taquets, les maillets... Le vocabulaire est spécifique mais Jean-Claude Mazure ne cherche jamais ses mots pour décrire le processus de fabrication de l'huile. La fabrique appartenait à ses ancêtres, la famille Picaud, depuis que son arrière-arrière grand-père a acheté le bâtiment en 1872 : "ici, on a continué à fabriquer de l'huile jusqu'en 1914, quand mes oncles sont partis à la guerre. L'activité n'a jamais repris après cela aucun n'est revenu vivant."

Après la guerre, les femmes et les oncles restants, ceux qui étaient trop jeunes pour être mobilisés, ont continué à faire tourner la ferme mais ils ont abandonné l'huilerie : "c'était une activité trop gourmande en main d’œuvre, il fallait au moins sept personnes pour faire tourner le moulin ; la disparition des hommes dans les tranchées, c'était aussi la disparition d'un savoir-faire très difficile à retrouver. En Limousin, la dernière huilerie a fermé dans les années 50." 

En 2015, Jean-Claude Mazure habite toujours à Arcy, sa maison donne sur l'huilerie, et il propose chaque année la visite du moulin pour les journées du patrimoine. "En 20 ans, on a dû recevoir 8.000 ou 10.000 visiteurs."

Le moulin à huile d'Arcy est ouvert le weekend des 19-20 septembre entre 14h et 18h. Renseignements au 05 55 98 28 90, c'est le numéro de l'Institut d'études occitanes du Limousin, qui avait réalisé un documentaire de 17 minutes sur ce moulin en 2014.