Culture – Loisirs

Le patois berrichon en danger

Par Gaëlle Fontenit, France Bleu Berry mercredi 28 octobre 2015 à 17:09

Daniel Bernard, spécialiste de la culture berrichonne
Daniel Bernard, spécialiste de la culture berrichonne © Radio France - Géraldine Marcon

Le Sénat a rejeté ce mardi le projet de loi de ratification de la charte européenne des langues régionales. Véritable langue pour certain, simple patois pour d'autre, le berrichon, qui n'est plus parlé que par quelques milliers de personnes, est en voie de disparition.

Difficile d'établir précisément le statut du berrichon. Pour certains, pas de doute, le berrichon est une langue. Mic Baudimant, de l'association les Thiaulins de Lignières - une association qui met en avant la culture berrichonne- est de ceux-ci. "C'est une langue puisque c'est du vieux français et que le français, évidemment, est une langue. Le berrichon est une langue d'oïl. C'est un peu le français tel qu'on le parlait au Moyen âge ".

Daniel Bernard, historien spécialiste du Berry, est plus circonspect : _"il n'y a pas de conjugaison, pas de grammaire, et surtout, pas de mots nouveaux. C'est une vieille forme de français. _D'ailleurs, on retrouve certains mots, encore employés chez nous dans les années 50, dans les textes de RabelaisA la différence du breton par exemple, qui lui est une langue, le berrichon est une parlure. En breton, le mot "téléphone" existe. Pas en berrichon puisque l'objet même n'existait pas quand le berrichon est apparu". Cette absence d'adaptation aux nouvelles réalités, c'est ce qui a pu conduire à l'extinction progressive de la langue. *Quand l'objet __*disparaît, le mot disparaît et avec lui, une certaine idée de la réalité, de la ruralité de l'époque. Et, peu à peu, c'est tout un monde qui s'éteint. 

Une disparition programmée

Mais l'absence d'intégration de mots nouveaux n'est pas seule en cause. L'école de Jules Ferry est aussi pointée du doigt par les spécialistes, dont Daniel Bernard : "Avec l'école obligatoire pour tous, les petits Berrichons ont appris le français. Ils ont peu à peu oublié le patois". Oublié... et peut être, parfois aussi un peu snobé.

"Le berrichon est une culture orale, rurale. Il n'a pas laissé de trace écrite. Les premières glossaires sont très tardifs... Ils datent du milieu des années 1800" explique Daniel Bernard. Le patois n'intéressera quasiment qu'à partir de George Sand, qui déjà, à l'époque, déplorait sa disparition. _

"Le berrichon va s'atténuer, doucement. Il est voué à disparaitre_, regrette Mic Baudimant. Et avec lui, tout un pan de la culture rurale de cette terre de Berry. "Le berrichon, c'est une intonation, c'est la lenteur, c'est la discrétion... La langue, c'est ce qui exprime le plus profondément ce que l'on est"

Mic Baudimant

Aujourd'hui, le berrichon ne serait plus parler que par quelques centaines, à peine quelques milliers de personnes, le plus souvent âgées.