Culture – Loisirs

Les Enfants du Charbon entrent en scène

Par Julie Seniura, France Bleu Lorraine Nord jeudi 18 août 2016 à 17:27

Dernières répétitions du spectacle "Gueules Noires, la Nuit des Hommes"
Dernières répétitions du spectacle "Gueules Noires, la Nuit des Hommes" © Radio France - Julie Seniura

Les premières représentations du spectacle "Gueules Noires, la Nuit des Hommes" ont lieu ce week-end des 19 et 20 août, au parc Explor Wendel de Petite-Rosselle. Les comédiens sont en grande majorité des amateurs, parfois d’anciens mineurs de fond ou des membres de leurs familles.

Voilà maintenant une douzaine d’années que les bénévoles de l’association Les Enfants du Charbon proposent leur spectacle qui retrace le quotidien des mineurs de Moselle-Est. Cette année, il s’intitule « Gueules Noires, la Nuit des Hommes », et offre quelques nouvelles scènes, par rapport à la mouture de l’année dernière. Les quatre-vingts comédiens amateurs enchaînent les répétitions depuis des semaines, avec un rythme qui s'est accéléré ces derniers jours... et ils se donnent à fond !

Le reportage de Julie Seniura auprès des comédiens

Et parmi eux, Denis : ça fait quatre ans maintenant, qu'il joue le rôle d'Alphonse, le leader syndicaliste. Il a hâte d'en découdre.

Chaque année, il y a des choses différentes, des tableaux qui changent, une nouvelle remise en question… Mais il y a toujours cette petite excitation ! On aimerait que ça dure plus que cinq spectacles par an. »

VOIR AUSSI : Du 19 au 27 août, les images du spectacle "Les Enfants du charbon"

Discipline exigée dans les vestiaires

Dans les vestiaires, Fabienne vérifie que chaque comédien a son costume. - Radio France
Dans les vestiaires, Fabienne vérifie que chaque comédien a son costume. © Radio France - Julie Seniura

Dans les coulisses, Fabienne peaufine les costumes. C’est une petite source de stress pour les figurants qui débutent dans l’aventure. Et Fabienne le reconnaît : elle qui aime l’ordre, qui veille à ce que tout soit bien rangé, elle est un peu autoritaire… Mais c’est nécessaire pour que le spectacle se déroule au mieux, et qu’aucun accessoire ne soit perdu.

En général, le premier soir des filages (répétitions des scènes bout à bout, avant la générale, ndlr) je me mets dans les gradins, pour voir le rendu des costumes, et je laisse les figurants un peu paniquer en coulisses, pour qu’ils se rendent compte du stress qu’ils vont avoir. Mais après, tous les soirs de spectacle, je suis là, j’ai dix mains greffées dans le dos, et je cours partout ! »

Amateurs et professionnels

Pendant ce temps, les plus jeunes répètent leur scène.

Laurent-Guillaume Dehlinger, le metteur en scène, aide Aude à interpréter son texte. - Radio France
Laurent-Guillaume Dehlinger, le metteur en scène, aide Aude à interpréter son texte. © Radio France - Julie Seniura

Et Laurent-Guillaume Dehlinger, le metteur en scène, n'est pas toujours très tendre !

Je n’ai aucun problème à être aussi exigeant avec les amateurs qu’avec les professionnels. On est tous comédiens, on doit tous arriver à un spectacle très professionnel. Et il l’est ! Et les comédiens sont surprenants de professionnalisme. »

Le rythme des répétitions s’est accéléré ces derniers jours. Elles ont commencé mi-juillet, d’abord en intérieur. Puis les gradins, la scène, les éclairages ont commencé à être installés début août, et les répétitions dans les conditions réelles du spectacle ont véritablement commencé le 15 août, à peine une semaine avant la première. C’est alors l’heure des derniers réglages…

Mais maintenant, tout le monde est prêt.

Julie Seniura lève (un tout petit peu !) le voile sur le nouveau spectacle

Comme l'an dernier, c'est Simon qui va nous raconter son histoire, et celle des mineurs de Moselle-Est en général. La grève, la lutte, le travail au fond, mais aussi les loisirs, le cabaret... et les amours !

Le spectacle "Gueules Noires" se joue au sein du Parc Explor Wendel de Petite-Rosselle. - Radio France
Le spectacle "Gueules Noires" se joue au sein du Parc Explor Wendel de Petite-Rosselle. © Radio France - Julie Seniura

Laurent-Guillaume Dehlinger a écrit notamment deux nouvelles scènes : le boléro des machines, une partie entièrement dansée et chorégraphiée sur une musique qui reproduit des sons métalliques et industriels. Et puis la scène de Max et Lili : une histoire d’amour entre deux adolescents dans le Bassin Houiller des années 60, où les familles s’équipent de voitures et d’électroménager.

La scène du cabaret réserve quelques surprises... - Radio France
La scène du cabaret réserve quelques surprises... © Radio France - Julie Seniura

Les anciens prennent les nouveaux sous leurs ailes

Dans l'ensemble, les comédiens sont rompus à l'exercice... Mais il y a des nouveaux, comme Joseph.

Tout le monde me demande si je suis nerveux… Non, je ne suis pas nerveux, car je n’ai pas encore fait le spectacle devant le public. On verra après la première ! En attendant, je me suis écrit des pense-bêtes, et j’ai quelques binômes qui s’occupent de moi ! Ils me disent notamment quand je dois changer de costumes : dépêche-toi, hop ! »

Sur le plateau, tout le monde est unanime : les Enfants du Charbon, c’est une grande famille. Julian Bernardi, le vice-président de l’association, en témoigne :

Il faudrait qu’on joue à un petit jeu, et qu’on demande aux spectateurs de nous dire quel figurant est nouveau et qui ne l’est pas. Et c’est impossible à dire. Les nouveaux, dès qu’ils arrivent, ils sont pris en main par les anciens, qui leur expliquent tout, ils leur donnent des trucs et astuces, par exemple pour se changer plus vite entre les scènes, ou des petits passages secrets dans les coulisses. »

Il faut aussi gérer les scènes pyrotechniques : Raymond Gabriel, de la compagnie des Commandos Percu, est artificier professionnel.

Ces mineurs ont travaillé pour extraire de l’énergie. Et là, ils vont être dans les fumées et les étincelles, et vont porter la lumière : c’est le symbole de l’espoir et du renouveau. Dans le final, ils auront les feux d’artifices dans les mains ! Bien sûr, les comédiens amateurs seront encadrés par nous, professionnels, qui seront aussi habillés en mineurs. Ca fait quatre ans que je participe à ce spectacle, et ça me touche : car même si j’habite aujourd’hui à Toulouse, je suis né à Forbach ! Mon père tarvaillait à la mine, et depuis ma chambre, je voyais le puits Simon IV. Et je parle aussi le platt ! Ca m’amuse et ça me fait un peu d’entraînement chaque été ! »

Une des berlines utilisées au cours du spectacle - Radio France
Une des berlines utilisées au cours du spectacle © Radio France - Julie Seniura

Eliane aussi est touchée par cette aventure des Enfants du Charbon. Elle a 65 ans, et est bénévole depuis les tout débuts de l’association.

On y met toutes nos tripes. Dans une scène, je fais partie des veuves éplorées, des femmes qui ont perdu un fils, un mari… Et quand je pleure là-bas, c’est poignant. Je pleure presque pour de vrai ! Ce spectacle, il a une âme. »

Gueules Noires, le spectacle des Enfants du Charbon : les 19, 20, 25, 26 et 27 août 2016 au parc Explor Wendel de Petite Rosselle. La tribune peut accueillir 1.850 spectateurs.

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