Culture – Loisirs

PHOTOS - Musée Unterlinden de Colmar : trois œuvres qui valent le détour

Par Blandine Costentin, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass vendredi 22 janvier 2016 à 6:22

Le "nouvel Unterlinden" a ouvert ses portes en décembre 2015.
Le "nouvel Unterlinden" a ouvert ses portes en décembre 2015. © Maxppp

Le musée Unterlinden de Colmar, agrandi et rénové, est inauguré le 23 janvier par François Hollande. Connu dans le monde entier pour son retable d'Issenheim, ce musée abrite une collection très diverse, de l'archéologie à l'art contemporain. Trois conservateurs nous proposent leur coup de cœur.

Ouvert au public en décembre 2015,  après un chantier de plus de 3 ans, le musée Unterlinden de Colmar est inauguré, samedi 23 janvier, par le président de la République François Hollande. Ce musée, fondé en 1853, est célèbre à travers le monde pour le retable d'Issenheim, chef d'œuvre de la Renaissance. Mais l'objectif de la rénovation et de l'extension était de montrer aux visiteurs une bien plus grande partie des collections, en particulier dans le domaine de l'art moderne. Le musée Unterlinden a une vocation encyclopédique : il couvre 7.000 ans d'histoire, présente à la fois des objets archéologiques, des œuvres d'art plastique, des arts décoratifs, des traditions populaires. Laissons-nous tenter par les suggestions de trois conservateurs.

La tapisserie Guernica par Jacqueline de la Baume Dürrbach

Le choix de Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice en chef chargée de l'art moderne et contemporain "Elle m'a manquée !" Il faut dire que cette tapisserie, acquise en 1979 par le musée, n'était plus exposée depuis la fin des années 80, pour des questions de conservation. "C"est une œuvre extrêmement forte, même s'il s'agit d'une interprétation du tableau de Picasso. Le cheval transpercé qui représente le peuple sacrifié, le taureau qui symbolise l'obscurantisme et la barbarie... Elle prend tout son sens dans la période actuelle."

La tapisserie Guernica par Jacqueline de la Baume Dürrbach. - Aucun(e)
La tapisserie Guernica par Jacqueline de la Baume Dürrbach. - Copyright Musée Unterlinden

La tapisserie Guernica par Jacqueline de la Baume Dürrbach. Photo : musée Unterlinden.

Son histoire : Pablo Picasso a peint ce chef d'œuvre, après le bombardement meurtrier de la ville espagnole de Guernica en 1937. En 1951, il découvre le travail de Jacqueline de la Baume Dürrbach qui réalise des tapisseries à partir de peintures cubistes. Il suggère au mécène Nelson Rockfeller de passer commande d'une tapisserie inspirée de Guernica. En 1955, Jacqueline de la Baume présente sa réalisation à Picasso, qui est enthousiaste. Avec douze nuances de laine, la tapisserie, légèrement plus petite que la peinture, mais tout de même monumentale (7 m de long, plus de 3 m de hauteur), est spectaculaire. Le musée Unterlinden l'achète en 1979. Deux autres tapisseries existent : l'une est exposée au siège des Nations unies à New York, l'autre dans un musée japonais.

Où la voir ? Grâce à la modernisation du musée, la tapisserie Guernica est visible en permanence. Elle est protégée par une vitre anti-UV et installée sur un plan incliné qui permet de répartir le poids. Elle se trouve au rez-de-chaussée de la nouvelle aile contemporaine.

La mosaïque de Bergheim

Le choix de Suzanne Plouin, conservatrice en chef, chargée de l'archéologie : "Elle a un lien particulier avec le musée, car c'est la première œuvre entrée dans les collections et elle a, en quelque sorte, permis de sauver le musée. Et puis, il est rare de trouver des mosaïques de cette taille et de cette qualité dans la partie nord de la France."

Un détail de la mosaïque de Bergheim. - Aucun(e)
Un détail de la mosaïque de Bergheim. - Photo du musée Unterlinden à Colmar.

Un détail de la mosaïque de Bergheim. Photo : musée Unterlinden.

Son histoire : la mosaïque a été découverte en 1848, sur un coteau de Bergheim (à une vingtaine de kilomètres de Colmar), lors d'une opération de replantage de vignes. Elle est exceptionnelle par sa taille (environ 80 m2). La mosaïque est un vestige d'une grande et luxueuse villa romaine du 3e siècle. C'est là que son destin croise celui du futur musée Unterlinden : une partie du bâtiment médiéval étant en mauvais état, il risquait la démolition. Le Haut-Rhin et la ville de Colmar achètent alors la mosaïque pour qu'elle soit installée dans l'ancien cloître. Toute la mosaïque n'a pas été déplacée : une trentaine de m2 ont été découpés, à l'occasion d'un coup de froid, le gel maintenant les pièces en place. Exposée dans la chapelle, elle trouve ensuite son écrin définitif dans la salle gallo-romaine. La mosaïque présente des décors géométriques et des tresses caractéristiques des ateliers de Trèves en Allemagne, encadrés par des fleurs et des dauphins.

Où la voir ? La salle gallo-romaine est installée au premier sous-sol du bâtiment historique. Un panneau conservé à part est visible dans la salle de l'histoire du musée, au sous-sol de la nouvelle galerie.

Le clavecin de Ruckers

Le choix de Raphaël Mariani, attaché de conservation du patrimoine, chargé des collections d'arts décoratifs, du 19e siècle et des arts et traditions populaires : "C'est un objet hybride ! Mobilier par son travail d'ébénisterie, instrument de musique encore utilisé, peinture avec son couvercle..."

Le clavecin de Ruckers. - Aucun(e)
Le clavecin de Ruckers. - Photo : musée Unterlinden.

Le clavecin de Ruckers. Photo : musée Unterlinden.


Son histoire : ce clavecin a été fabriqué en 1624 à Anvers par Joannes Ruckers, dans une famille qui est au clavecin ce que Stradivarius est au violon. Il est arrivé en France à la fin du 17e siècle et il a été modifié à ce moment-là : des touches rajoutées, de même que des nouveaux pieds sculptés. Plus tard, il a été repeint, notamment l'intérieur du couvercle qui représente une scène mythique : la joute musicale entre Apollon et Pan. Mais aucune de ces transformations n'a affecté sa qualité musicale. Le clavecin sonne quasiment comme il y a quatre siècles à Anvers. Mieux encore : il est régulièrement joué pour des enregistrements sur disque. Après des vicissitudes, ce clavecin a été acheté par la société Schongauer, à l'initiative d'Albert Raber, président à l'époque et mélomane. C'est le joyau de la collection d'instruments anciens.

Où le voir ? Au premier étage du couvent, dans une pièce où est reconstitué un salon 18e siècle. A l'avenir, cette partie du musée est appelée à évoluer pour que davantage de pièces soient présentées : instruments, mais aussi art militaire, histoire de Colmar...

Pour aller plus loin : d'autres coups de cœur présentés par les conservateurs dans une édition spéciale du journal du musée.   

Partager sur :