Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Culture – Loisirs

Philippe Torreton invité exceptionnel mardi 4 septembre de France Bleu Normandie

mercredi 29 août 2018 à 17:32 Par Véronique Houdan, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

Philippe Torreton raconte son père au travers son dernier roman "Jacques à la guerre" à Richard Gauthier. Un roman particulièrement riche en émotion et en images de Rouen au moment de la seconde Guerre Mondiale.

Philippe Torreton "Jacques à la guerre"
Philippe Torreton "Jacques à la guerre" © Radio France - Véronique Houdan

Rouen, France

A l'occasion de la sortie de son roman "Jacques à la guerre", l'acteur auteur Philippe Torreton vient à Rouen le présenter aux lecteurs à la librairie l'Armitière, à 18h.
Auparavant, Philippe Torreton est en direct dans l'émission de Richard Gauthier de 14h à 16h. L'occasion pour l'acteur-écrivain de parler de son père. Celui-ci, normand, était enfant lors de la seconde guerre mondiale et plus tard il partira en Indochine. Par les yeux de son père, Philippe Torreton nous livre une représentation émouvante de Rouen et ses habitants dans leur vie de tous les jours. 

La guerre de mon père aura duré de 1939 à 1956.

Philippe Torreton : "Ca commence juste quelques mois avant la déclaration de guerre de la France et ça continue dans les années d'occupation. Après il y a son parcours de soldat : de jeune soldat appelé à faire l'armée et son engagement dans l'armée, le départ en Indochine. Moi je me souviens que adolescent,  je commence à me poser deux trois questions. Ça m'avait interloqué : comment on peut subir la guerre,  parce qu'il l'a vraiment subie par les privations,  la peur,  les bombardements. Comment on peut souffrir dans sa chair et dans son esprit de la guerre et finalement dès ses premiers pas de jeune adulte en faire une autre, cette fois de façon volontaire. C'est ça qui a motivé le roman."

Mon père a vu ça. Il se souvient des regards des enfants qui suivaient, la fatigue,  les pieds en sang. Ils avaient vu les avions, les mitraillettes... c'est traumatisant. C'est pas si vieux que ça et les gens qui nous arrivent  en ce moment fuient les conflits.

Il y eu a un incendie qui a commencé, encore aujourd'hui on s'est pas très bien si c'est la suite des quelques échanges de tirs ou si c'est les Allemands délibérément qui on fait brûler la ville.  Il faut imaginer cette ville sous des nuages noirs. Le manque d'information à cette époque était angoissant. Les soldats qui arrivaient étaient pris pour des Hollandais alliés alors que c'étaient des Allemands et réciproquement.  
L'intérêt du livre de Philippe Torreton, c'est d'être au cœur d'une famille durant cette période-là. On participe aux conversations dans la cuisine.

Philippe Torreton : "C'est vrai que cette histoire-là vue par le petit bout de la lorgnette du quotidien et des petites gens permet de se rendre compte de ce que c'est. J'ai appris, comme nous tous à l'école qu'il y avait des tickets de rationnement et qu'il n'y avait pas assez de nourriture. En fait on se sait pas les heures dans des files d'attente où les enfants relaient les mamans, et après 2h-3h d'attente, on s'entend dire que "bah non il n'y a plus rien".  

Ca dure plus que quatre ans. Parce qu'après l'arrivée des Canadiens, les restrictions continuent encore pendant un, deux, trois, quatre ans... jusqu'au tout début des années 50.  

C'est pour ça que ça s'appelle appelle "Jacques à la guerre" parce que la guerre c'est pour lui ça a duré beaucoup plus longtemps que ça.

"C'était un être qui arrive à l'adolescence qui s'est pris la guerre qu'il a subi, à qui on n'a pas demandé ce qu'il voulait faire plus tard. Il arrive après la Libération avec une personnalité amoindrie." 

La vie est difficile pour les adolescents comme Jacques à la sortie de la Guerre. Il connait des gens qui se sont bien comportés mais il en connaît qui se sont mal comporté et qui sont toujours là.  Rouen est une ville plein de trous.  Ce sont des milliers de tonnes de ferraille tordues par le feu de la guerre, ce sont des corps humains déchiquetés partout pendant des semaines, etc. 

Pour reprendre la métaphore du livre, comme dans les combats de boxe où quand le boxeur est fatigué il s'accroche au cou de l'autre pour ne pas recevoir les coups, mon père a fait ça :  il s'est accroché au cou de la guerre ne pas prendre de coups.

Pour le père de Philippe Torreton, l'armée c'était aussi un toit, des vêtements et manger. C'était aussi plein de premières fois :  la première fois qu'il prend le train,  l'avion, qu'il va dans d'autres pays... C'était commencer un petit chemin de reconquête de soi.

Jacques part en Indochine, dans le 730e ravitaillement exploitation essence : le 730e REE, une compagnie créée pour fabriquer et acheminer des produits pétroliers, dont le NAPALM. 

Et il y a le retour à la maison.  "Je suis content de vous voir croyez-le bien mais cette vie que vous me préparez en broderies et en petits meubles pour s'installer, en déjeuners du dimanche et messe pour notre père, c'était pas du pensable.

Philippe Torreton : "La plupart des gens recherchent le confort mais le confort est une infirmité finalement. On est fait pour qu'il se passe quelque chose dans nos vies et parfois quand la paix n'offre plus rien on va le chercher ailleurs. Il est souvent dans le belliqueux. [...] On a une image je crois un peu faussée par la Légion qui saute, ceux qui deviennent fous... et il y en a eu mais le gros de la troupe c'était des petits Jacques comme mon père. C'était des petits gars qui avait souffert pendant la Seconde Guerre mondiale, dont l'avenir était bouché. [...] Ils sont allés là-bas non pas pour défendre le pays ni le drapeau ni les colonies ça n'avait rien à voir avec ça, ce n'était pas une guerre politique, c'était une guerre personnelle." 

Philippe Torreton est né à Rouen et c'est là qu'il a découvert sa vocation d'acteur. Il remporte d'ailleurs de nombreuses récompenses : 

  • César 1997 du meilleur acteur pour Capitaine Conan
  • Prix Lumière 2000 du meilleur acteur pour Ça commence aujourd'hui
  • Prix du meilleur acteur étranger en Espagne pour Ça commence aujourd'hui
  • Prix d'interprétation au Festival de Saint-Jean-de-Luz pour Tôt ou tard
  • Valois du meilleur acteur au Festival du film francophone d'Angoulême 2011 pour Présumé Coupable
  • Molières 2014 du comédien dans un spectacle de théâtre public pour Cyrano de Bergerac

"Jacques à la guerre" est son sixième livre. 

En savoir plus sur le site de la librairie L'Armitière à Rouen.

Pochette du livre Jacques à la guerre - Aucun(e)
Pochette du livre Jacques à la guerre