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PHOTOS - Ils explorent les sites abandonnés : zoom sur "l’urbex", qui fait de plus en plus d’adeptes

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Par , France Bleu

La pratique de l'urbex, ou "exploration urbaine", qui consiste à visiter des endroits abandonnés, se répand en France depuis plusieurs années et encore plus avec le confinement. Pourquoi tant d'engouement ? Quelle fascination exercent ces vieux bâtiments sur ces explorateurs des temps modernes ?

Une ancienne bibliothèque de Détroit, aux Etats-Unis.
Une ancienne bibliothèque de Détroit, aux Etats-Unis. © Maxppp - Mediadrumimages / Kyle Brooky

Un manoir aux airs hantés, une usine désaffectée, un hôpital fantôme… Autant de petits bijoux à découvrir pour les nouveaux explorateurs. Plongée dans l’Urbex, contraction de "urban exploration" (exploration urbaine), passée ces dernières années de communauté confidentielle à véritable tendance pour jeunes en mal de frisson dans une société "aujourd'hui bien grise et pluvieuse".

L’exploration urbaine est loin d’être une nouvelle pratique. Cela fait presque 30 ans que Charles, qui vient d’en fêter 50, parcourt la France à la recherche de pépites abandonnées. Il a "commencé par hasard", se souvient-il, à côté de la Rochelle où il habite. "Je suis tombé sur une maison en ruine pendant une balade. Derrière un bosquet, j’ai distingué des murs. Ça a piqué ma curiosité et je suis allé voir. C’était un manoir en partie effondré, avec quelques meubles, quelques livres, des lettres qui dataient de la Seconde Guerre mondiale. Ça procure un petit frisson. J’ai tellement aimé cette aventure que j’ai commencé à les chercher. C’est la génération Indiana Jones", s’amuse le père de famille. 

Florent, 22 ans, "urbexeur" dans les environs de Mâcon depuis 2017 avec son frère jumeau, se souvient d'un ancien asile psychiatrique en Italie. "Il s’y est passé des choses terribles, ce qui contraste avec la beauté du lieu, magique, à l’architecture incroyable", s'émerveille-t-il. Il se rappelle aussi de thermes en Roumanie, "dans une petite bourgade au milieu des montagnes. Ce lieu dégageait une atmosphère incroyable, avec une grande fontaine au milieu", se souvient-il.  

Esthétique, calme et curiosité 

En 30 ans, Charles a voyagé dans plusieurs régions et rencontré d’autres explorateurs, de toute la France. Il a même "passé le virus" à son épouse. Mais comment expliquer cet engouement ? Il y a bien sûr la beauté des lieux : "Voir les objets d’époque, des architectures qui n’ont plus court", c’est ce qui intéresse Florent. 

Charles, lui, aime aussi en apprendre davantage sur les lieux qu’il visite, leur histoire, celle de leur architecture et de leurs anciens occupants. Une plongée dans le passé, dans un quotidien désuet, figé dans le temps, couplé à une curiosité bien humaine, celle du voisin qui jette un œil par dessus la barrière. "On voit ce qu’était la vie des gens, on peut parfois deviner la date d’abandon avec les calendriers sur les murs", raconte-t-il. Il trouve aussi une certaine "quiétude" dans ces lieux abandonnés. Dans une société où "il faut qu’on court partout, où on est sollicités dans tous les sens", c’est "une façon de s’isoler", pour Charles. "On n'y croise personne, ça m’apaise, ça m'apporte du calme".

Mais comment dénichent-ils ces endroits ? 

Pour trouver ces lieux abandonnés, hormis le heureux hasard, la plupart des explorateurs urbains utilisent internet et ses vues satellites qu'ils épluchent minutieusement à la recherche d'un détail révélateur comme une fenêtre cassée, fouillent les blogs et Instagram ou se donnent parfois des tuyaux les uns les autres. Charles étudie aussi avec intérêt les vieilles cartes postales. "Une fois qu’on a trouvé la localisation, on n’a qu’une seule envie : c’est d’aller sur place retrouver les indices. C’est comme une chasse au trésor", s'enthousiasme-t-il.

Des natures mortes modernes

Derrière ce passe-temps, Charles voit aussi une philosophie. "On est éphémères, notre passage est court sur cette terre et rien n’est jamais acquis, analyse-t-il. Quoi qu’on fasse, la nature sera plus forte. Nous, on disparaîtra." 

"On aime les lieux où la nature a repris ses droits, voir les ravages du temps sur les bâtiments", confirme Florent, qui évoque l’expression poétique de "passé décomposé". De ces balades dans des usines abandonnées, Charles tire la conclusion d’une société toujours "en course", d’une fuite en avant. "On peut chuter aussi vite qu’on est montés. On court tous après l’argent, alors que les choses simples sont les plus importantes, elles ne sont pas matérielles", estime-t-il. Ces lieux abandonnés seraient-il ainsi des natures mortes modernes ?

De ces voyages, Charles ramène quelques photographies, qu’il publie sur son compte Instagram : "On a un patrimoine extraordinaire qui se délite parce que les moyens manquent, le fait de les prendre en photo, c’est une façon de les garder en mémoire. Modestement, c’est une petite trace de la grandeur d’un bâtiment."

Que risquez-vous ? 

Evidemment, Charles ne nie pas "la petite adrénaline de l’aventure", "un peu de piment dans nos vies aujourd’hui bien grises et pluvieuses". Braver l’interdit lui procure un "sentiment de liberté". Car oui, l’urbex n’est pas tout à fait légale : "Il y a un flou juridique, affirme-t-il. Même si l’endroit est abandonné, il y a toujours un propriétaire, donc on rentre dans une propriété privée".

L’article 226-4 alinéa 1er du code pénal punit "l'introduction dans le domicile d'autrui". Le contrevenant s’expose à un an d'emprisonnement et 15.000 euros d’amende. La jurisprudence définit le domicile comme le "lieu où une personne, qu'elle y habite ou non, a le droit de se dire chez elle, quel que soit le titre juridique de son occupation et l'affectation donnée aux locaux".

Même si l’endroit est abandonné, il y a toujours un propriétaire, donc on rentre dans une propriété privée

Pour éviter les ennuis, Charles se fixe quelques règles : "Pas d’effraction - si l’accès est clos, je fais demi-tour - pas de dégradation, pas de vol évidemment, et on remet les objets à leur place. On ne laisse que des traces de pas et on ne prend que des photos", résume-t-il. Florent évoque les mêmes règles tacites. Malheureusement, tout le monde n’a pas la même déontologie. 

Des dégradations et des vols

"Depuis quatre ou cinq ans, l’urbex est devenus à la mode. Ce n'est pas forcément une bonne chose pour la discipline", juge Charles. Des "urbexeurs" probablement encore plus nombreux pendant cette année 2020, avec ses confinements. Et comme diraient les Inconnus, il y a le Bon explorateur urbain et le Mauvais explorateur urbain : "Il y a des gens peu respectueux, qui cassent, volent, brûlent…" a remarqué Florent. "Ça attire les brocanteurs, les squatteurs, les tagueurs, les ferrailleurs… ", note Charles. 

Or la beauté de ces lieux tient aussi à leur fragilité : "Il suffit d’une personne malhonnête qui casse et c’est fini, se désole Florent. Ça fait mal au cœur de voir ces lieux tagués, brûlés, ce n’est pas respectueux." La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d’amende. Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, est puni de 3.750 euros d’amende.

Ainsi dans le Finistère, France Bleu vous rapportait en janvier l'histoire de deux adolescents de 13 ans qui avaient saccagé une maison inhabitée de Loperhet. En 2018, nous vous avions aussi raconté l'histoire de ce jeune de 15 ans arrêté après avoir mis le feu à un immeuble désaffecté à Pau. 

Ces dégradations donnent une mauvaise image de l'urbex, regrettent les deux explorateurs. Pour les préserver, les lieux d’exploration urbaine sont donc devenus comme les coins à champignons : un secret bien défendu

Une pratique qui peut s'avérer dangereuse

Outre le risque juridique, attention aussi au danger que représente cette pratique : "Il y a beaucoup de lieux dangereux, très vieux, des planchers mous", énumère Florent. "Il y a des risques d’effondrement, de chute", rappelle Charles. En 2017, un jeune de 17 ans avait fait une chute mortelle de cinq mètres lors d'une exploration urbaine à Rosporden, également dans le Finistère.

"Mieux vaut se faire accompagner par quelqu'un de plus confirmé, être très prudent, regarder où on met les pieds, lever la tête, faire attention à son environnement, conseille Charles. Si on distingue des effondrements, des planchers qui s’affaissent, il ne faut pas jouer au héros, une photo ne vaut pas une vie. Il faut aussi s’informer à l’avance sur l’activité du site. Si c’est un site industriel, il peut y avoir des produits encore dangereux". 

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