Culture – Loisirs

On a rencontré le seul habitant de l'Île Tristan

Par Magali Fichter, France Bleu Breizh Izel et France Bleu mercredi 17 août 2016 à 7:20

L'Île Tristan (à gauche) et Gilles dans son "antre" (à droite)
L'Île Tristan (à gauche) et Gilles dans son "antre" (à droite) © Radio France - Magali Fichter

Depuis 37 ans, Gilles Moreau est gardien sur l'Île Tristan, petit bout de terre à 200 mètres du port de Douarnenez. Il vit là à l'année, et c'est l'un des plus anciens de Bretagne, et même de France, à exercer ce métier.

Comme dans la chanson, lui c'est l'eau, c'est l'eau qui le sépare... Qui le sépare de la ville et du port ! Pour rejoindre le royaume de Gilles, pourtant tout proche de Douarnenez, il n'y a pas trente-six solutions. Il faut prendre le bateau ou attendre la marée basse.

Une histoire qui commence par un "pur hasard"

C'est ici qu'il vit depuis 1981, quand il a été embauché par la famille Richepin, alors propriétaire de l'île : "C'est un pur hasard. On avait proposé la place à mon frère, mais il n'était pas disponible, alors je me suis présenté, j'ai fait l'affaire, et j'ai commencé le jour même." Et Gilles est resté là, contre vents et marées, même quand la famille Richepin ne pouvait plus le payer : "C'est une période pas facile de ma vie, parce que je suis resté, sans salaire, pour gérer l'île. Je m'en sortais avec la vente de fruits et légumes". Heureusement, quand le conservatoire du Littoral a racheté Tristan en 1995, Gilles a été embauché.

Beaucoup de nuits sans sommeil

Et il est multi casquettes ! Garde, jardinier, guide touristique... il a toujours des appels à gérer, un grillage à déplacer ou des consignes à faire respecter, mais qu'importe. Il aime "son petit bout de caillou", comme il l'appelle. "Quand on regarde tout autour de nous, tous les jours on a un décor différent, mais c'est aussi prenant. C'est beaucoup de nuits sans sommeil, ça peut être un bateau qui s'échoue, ou un mammifère marin, un appel de détresse d'un planchiste, ou une bande de gamins qui débarquent sur l'Île, je gère une multitude de problématiques". D'ailleurs, il confie que sa période préférée est l'automne, quand le temps se ralentit après le tumulte des vacances d'été.

Quelqu'un de très charmant, sous un côté un peu grizzli !

Officiellement, Gilles est le seul habitant de l’île. "Ma famille a vécu avec moi de nombreuses années, mes enfants ont passé leur enfance ici, mais maintenant je suis seul. Enfin seul ! Le week-end et le soir", sourit-il. En effet, l'île Tristan accueille des bureaux du Parc marin d'Iroise depuis six ans. Mais Gilles et les agents se sont mutuellement apprivoisés, c'est en tout cas ce que ressent Olivier Gallet, le responsable de l'équipe : "C'est quelqu'un de très charmant sous un côté un peu grizzli ! Il a le coeur sur la main, il est toujours prêt à rendre service. Heureusement qu'il est là ! On est sur une île, donc on est obligatoirement solidaires, et puis on partage les mêmes valeurs. On est en phase !"

Des escargots, des renardeaux et un ragondin

Mais même quand les bureaux sont fermés, Gilles n'est pas complètement seul. Il a toute une série de petits compagnons : "On a l'escargot de Quimper qui est présent en grande quantité, les chauve-souris, avec une jolie population de chiroptères, des chouettes chevêche, des renards - on a eu trois naissances de renardeaux, il nous reste des moutons en pâturage, et l'autre jour j'ai même trouvé un ragondin ! Donc, non, je ne suis pas seul !" La faune de l'île, il la connaît sur le bout des doigts, son histoire, ses secrets aussi, qu'elle livre au fil des années, comme ces balles de mousquet ou ces pièces anciennes que Gilles a retrouvé.

Sa petite maison, il dit "mon antre", héberge une bibliothèque impressionnante, et il aimerait bien écrire un livre sur son île. Il ne la quittera qu'à la retraite - il s'est acheté une petite maison à Tréboul. L'île Tristan ne sera jamais bien loin...

Pour vous rendre vous aussi sur l'Île Tristan, c'est par ici.