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Culture - Loisirs
Dossier : France Bleu Montagne

L'alpiniste parisien Robert Paragot est mort

Il s'est éteint ce jeudi chez lui en région parisienne, le "camp de base" vers lequel il est toujours revenu après avoir fait le tour du monde par les sommets les plus difficiles. Robert Paragot avait 92 ans. De la Sécu au Makalu en passant par l'Aconcagua, retour sur une carrière d'exception.

Robert Paragot chef de l'expédition française sur le pilier Ouest du Makalu en 1971
Robert Paragot chef de l'expédition française sur le pilier Ouest du Makalu en 1971 - collection Paragot

Paris, France

Le sommet du Jannu (7 710 m) est tellement effilé qu’il faut le gagner à califourchon! Le 28 avril 1962, Robert Paragot amorce un demi-tour acrobatique avant de brandir le drapeau français devant l’objectif. Robert Paragot est au sommet du géant népalais et aussi sans doute au sommet de l’art qu’on appelle alpinisme. 

Robert Paragot au sommet du Jannu en 1962 - Aucun(e)
Robert Paragot au sommet du Jannu en 1962 - collection Paragot

La conquête des 8 000 laisse la place à des ascensions très techniques à haute altitude. C’est la deuxième fois que les Français tentent ce sommet. L’expédition menée cette fois-ci par le grand Lionel Terray compte de solides grimpeurs : le pasteur Paul Keller, le guide René Desmaison, les Sherpas Mitchu et Wangdi, le Pyrénéen Jean Ravier. Et bien sûr Robert Paragot qui, avec d’autres « prolos parisiens », a commencé à secouer le petit monde de l’alpinisme 10 ans plus tôt. 

L'alpiniste Robert Paragot à Saillans en 2011 à l'occasion du 50e anniversaire de l'ouverture de la Voie des Parisiens à la Pelle (Trois-Becs, Diois) - Radio France
L'alpiniste Robert Paragot à Saillans en 2011 à l'occasion du 50e anniversaire de l'ouverture de la Voie des Parisiens à la Pelle (Trois-Becs, Diois) © Radio France - Lionel Cariou

Formé sur les rochers de Fontainebleau

Oui, Paragot est un Parigot. Courant, me direz-vous, dans le milieu de la montagne. Mais jusqu’ici les grimpeurs parisiens étaient  plutôt aristos. Pierre Allain, « Pure Lumière du Rocher » à Fontainebleau, a ouvert la voie aux manuels. Robert Paragot est né en 1927 à Bullion, en région parisienne, dans une famille d’agriculteurs et d'ouvriers. Apprenti mécanicien, il répare des machines à écrire. Il n’a que 14 ans, et bientôt il ressent l’appel de la montagne. Le jeune Robert commence par les rochers modestes mais diablement coriaces de la forêt de Fontainebleau où il rencontre ses futurs compagnons de cordée parmi lesquels son ami le plus fidèle, Lucien Berardini dit « Lulu ». Entre deux soirées de camping débridées, ils peaufinent leur gestuelle sur les rochers en grès de « Bleau » avant d’aller défier le granit chamoniard.

Il apprend à cramponner en 1950… et gravit la Walker en 1952

Pierre et Henri Lesueur, Lucien Bérardini et Robert Paragot à Chamonix - Aucun(e)
Pierre et Henri Lesueur, Lucien Bérardini et Robert Paragot à Chamonix - collection Paragot

Dès 1950, voilà nos titis parisiens à la gouaille inimitable qui débarquent dans « la capitale mondiale de l’alpinisme ». Leur technique sur le rocher est irréprochable et rien ne les effraie. La forêt de Fontainebleau ne leur a jamais donné l’occasion d’enfiler une paire de crampons ? Qu’importe ! Les « crabes » aux pieds et le pas encore hésitant, Robert Paragot et Pierre Lesueur se lancent dans l’ascension du Grépon (3 482 m) par le glacier de la Mer de Glace. Deux ans plus tard seulement, Robert Paragot gravit avec Edmond Denis et les frères Lesueur l’éperon Walker dans la face Nord des Grandes Jorasses (4 208 m). À cette époque seule une dizaine de cordées avait réussi l’ascension ! L’année suivante avec Lulu, Robert signe la première française de la face Est du Grand Capucin (3 838 m). Les voilà prêts pour la haute-altitude !

Première de la face Sud de l’Aconcagua en 1954

Robert Paragot au pied de l'Aconcagua en 1954 - Aucun(e)
Robert Paragot au pied de l'Aconcagua en 1954 - collection Paragot

Ils jettent leur dévolu sur l’Aconcagua qui, pense-t-on à l’époque, culmine à 7 000 mètres. L’Histoire et les géodésiens le raboteront par la suite d’une bonne trentaine de mètres… Si la voie normale se fait en marchant, les Parisiens convoitent eux la face Sud du point culminant des Amériques. Encore aujourd’hui, cette ascension de roche et de glace reste un morceau de bravoure. Que dire à l’époque, en 1954 ? Après cinq bivouacs terribles et autant de jours sans soleil (dans l’hémisphère Sud, les face Sud équivalent à nos faces Nord des Alpes), l’équipe parvient au sommet, exténuée. Des six membres de l’expédition, seul Robert Paragot reviendra d’Argentine avec l’intégralité de ses doigts et de ses orteils… Ce qui n'est pas le cas de Lulu. Mais la cordée est solide, le lien indéfectible. En 1955 ces deux-là retournent au Grand Capucin et deviennent les premiers à gravir sa face Nord.

Dans la face Nord du Grand Capucin (Mont-Blanc) en 1955 - Aucun(e)
Dans la face Nord du Grand Capucin (Mont-Blanc) en 1955 - collection Paragot

Des cartes postales pour ses collègues de la Sécu

Robert Paragot aurait pu, comme certains  de ses amis, embrasser la carrière de guide de haute-montagne. Mais il n’a jamais voulu quitter Paris et la vie qu'il s'est construite là-bas. En 1949 il se fait embaucher à la Sécurité Sociale, toujours comme réparateur de machines à écrire ; il y fera toute sa carrière, gravissant peu à peu les échelons. À chaque expédition, il écrit des cartes postales à ses collègues ; eux vivent la grande aventure par procuration. Et les voyages s’enchaînent, car l’Aconcagua lui a ouvert les portes des expéditions nationales. En 1956, il gravit la Tour de Mustagh (7 273 m, Pakistan). Ce sera une « deuxième » ascension car une équipe britannique a réalisé la première deux semaines plus tôt seulement… Viendront ensuite le Jannu en 1962, puis la face Nord du Huascaràn au Pérou (6 768 m, première ascension) où Robert Paragot prend la direction de l’expédition. 

Robert Paragot reçoit le "Piolet d'or carrière" en 2012 - Aucun(e)
Robert Paragot reçoit le "Piolet d'or carrière" en 2012 - Catherine Cuenot

Ce rôle de chef, il le retrouvera au Makalu, l’un des 14 sommets de plus de 8 000 mètres, en 1971. Le Pilier Ouest, c’est un jalon dans l’histoire de l’himalayisme. Son ascension, très technique, aura nécessité une énorme logistique pilotée avec brio par l’As de Fontainebleau.  Le 23 mai 1971, Yannick Seigneur et Bernard Mellet se dressent au sommet du géant népalais (8 470 m). L’expédition est un succès, et Robert Paragot y est pour beaucoup. Le Parisien, qui dirigera par la suite le Comité de l’Himalaya puis la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (1997-1999), reçoit en 2012 le « Piolet d’or carrière » décerné par ses pairs du GHM (Groupe de Haute-Montagne). 

Aussi à l'aise en ville qu'en montagne ! - Aucun(e)
Aussi à l'aise en ville qu'en montagne ! - Collection Paragot

LA BIOGRAPHIE DE ROBERT PARAGOT  

Paris camp de base, un livre de Sophie Cuenot et Robert Paragot paru aux éditions Guérin / Paulsen

Paris camp de base - Aucun(e)
Paris camp de base -
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