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VIDEOS - Saint-Jean-d'Angély se souvient de "Papy" Brossard

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Par , France Bleu La Rochelle

Avec l'exposition "L'Aventure Brossard", le musée des Cordeliers de Saint-Jean-d'Angély retrace les grandes heures de la biscuiterie Brossard, lancée en 1931 par Georges Brossard alias "Papy" Brossard. L'histoire s'est achevée brutalement en 2013.

Une vingtaine d'anciens salariés de Brossard ont témoigné à l'occasion de cette expositions. Leurs voix résonnent dans le musée des Cordeliers de Saint-Jean-d'Angély.
Une vingtaine d'anciens salariés de Brossard ont témoigné à l'occasion de cette expositions. Leurs voix résonnent dans le musée des Cordeliers de Saint-Jean-d'Angély. - Support visuel de l'exposition

Qui sait encore que le célèbre "Savane" de Brossard est né à Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime) ? Une exposition au musée des Cordeliers de Saint-Jean retrace une des grandes pages de l'histoire industrielle de la ville : "l'Aventure Brossard", c'est celle de cette petite biscuiterie rachetée en 1931 par Georges Brossard, le fameux "Papy" Brossard, qui en fera un poids-lourd européen de son secteur. Une belle réussite qui s'est achevée dans la douleur en 2013 avec la fermeture de l'usine, à l'époque dirigée par l'industrielle sulfureuse Monique Piffaut, aujourd'hui décédée.

L'exposition donne largement la parole à d'anciens salariés de l'usine, pour la plupart ouvriers, comme Monique, 78 ans, qui apprécie de revenir régulièrement au musée, pour rencontrer le public. Monique montre notamment le geste qu'on lui a appris, lors de son embauche en 1969, pour travailler à la chaîne, et placer dans des boîtes les biscuits tout juste sortis du four. A la main : "Sur les tapis, les biscuits étaient bien alignés, et et on pouvait en ramasser jusqu'à cinq en une seule fois." Un geste que Monique reproduisait plusieurs milliers de fois par jour, "pendant huit heures. Heureusement, on parlait avec l'ouvrière d'en face. Nos mains travaillaient, mais notre bouche aussi !"

Saisir les biscuits pour les mettre en boîte, un geste à maîtriser pour tenir la cadence, et ne pas se brûler les doigts. - Radio France
Saisir les biscuits pour les mettre en boîte, un geste à maîtriser pour tenir la cadence, et ne pas se brûler les doigts. © Radio France - Archives des salariés de Brossard

Attention à ne pas se brûler les doigts

Un métier dur, avec des prises de poste à 5 heures du matin pour les femmes, encore plus tôt pour les hommes. Et une chaleur parfois insupportable dans la première usine de la rue Rabault : "Quand les plaques de biscuits passaient, elles sortaient du four. Donc c'était très chaud, c'est pourquoi il fallait savoir ramasser les biscuits, pour éviter de se brûler." Monique en garde malgré tout un très bon souvenir : "Il y avait de l'entraide entre nous. Si l'une d'entre nous n'y arrivait pas, on essayait de l'aider au maximum."

Monique garde un profond respect pour Georges Brossard, le fondateur de la biscuiterie, qu'elle a croisée moins de deux ans, avant qu'il prenne sa retraite après avoir vendu son entreprise aux Américains de Pillsbury : "Beaucoup de salariés sont venus de la campagne pour travailler chez Brossard. C'est pour ça qu'il a fait construire des maisons pour pouvoir accrocher ses ouvriers." C'est la "Cité des fleurs" et ses 60 maisons. De bons salaires également chez Brossard, se souvient Monique, en tout cas meilleurs que dans les autres usines de la ville. Et le droit de chiper sur les chaînes des biscuits à la cuiller, son pêché mignon : "Pour nous, ça venait de notre travail, donc c'était bon." Du moins à l'époque du fondateur.

Georges et Laure Brossard, le couple à l'origine du succès de l'entreprise. Laure était notamment très proches des chauffeurs, éloignés de leur famille une très grande partie de la semaine. - Aucun(e)
Georges et Laure Brossard, le couple à l'origine du succès de l'entreprise. Laure était notamment très proches des chauffeurs, éloignés de leur famille une très grande partie de la semaine. - Archives des salariés de Brossard

"Je ne savais pas que le Savane avait été créé ici"

Car après la cession de l'usine, Monique a vu baisser la qualité. "Pour les Américains, c'était le rendement avant tout. Ils ne s'occupaient pas de la qualité." Monique a tenu bon. 30 ans chez Brossard, dont les dernières années postée face à une machine, dans l'usine "du haut", celle de la route de Niort, inaugurée dans les années 60. Et une grande chance, être partie avant la fermeture et les licenciements : "Pour moi, j'ai passé une belle vie."

L'épopée Brossard s'est achevée brutalement en 2013, avec la fermeture de l'usine, et le licenciement des 72 derniers salariés. Désormais le souvenir commence à s'estomper dans la tête des habitants de la région. "Je vis à Saint-Jean depuis 10 ans, se souvient Chloé, venue visiter l'exposition du musée des Cordeliers avec sa fille. Tout le monde a mangé un jour un Savane, mais je ne savais pas du tout que la recette avait été inventée ici. Je ne le mangerai pas de la même façon, la prochaine fois !"

"Papy" Brossard, très abordable mais anti-syndicats

Au milieu des photos et vidéos qui retracent l'épopée Brossard, Lothaire, 9 ans, lui n'est pas en terre inconnue: "ma grand'mère travaillait à la chaîne, et mon grand-père était livreur. Ma mamie m'a raconté comment elle prenait les gâteaux, sept à la fois. C'était difficile." Sophie, la maman de Lothaire a même connu Georges "Papy" Brossard, qu'elle croisait souvent sur les marchés de la ville, où elle travaillait dans les années 90 : "C'était quelqu'un de très abordable. Il avait commencé au départ avec un vélo, en vendant ses biscuits sur ses paniers."

Abordable, Georges Brossard était intraitable avec les syndicats qu'il ne voulait pas voir dans son usine. "C'est la figure du paternalisme, analyse Bérénice Aubin du musée des Cordeliers. Quand il y avait un problème, il aidait ses salariés. Un jour, il a acheté une mobylette à une ouvrière qui avait des difficultés à venir travailler." Une figure qui a également marqué Monique, même si elle n'a connu Georges Brossard que quelques années. "Dans l'usine, M. Brossard mettait de la musique, pour entretenir le rythme sur les chaînes. Et entre collègues on chantait. Il nous disait : chantez! Vous avez le coeur à l'ouvrage, vous travaillerez bien !"

La nouvelle usine de la route de Niort, inaugurée dans les années 60. Le site historique de la rue Rabault ne fermera que dans les années 80. - Radio France
La nouvelle usine de la route de Niort, inaugurée dans les années 60. Le site historique de la rue Rabault ne fermera que dans les années 80. © Radio France - Archives des salariés de Brossard

L'odeur de la vanille

Une aventure qui a périclité après la vente de l'usine par Papy Brossard à la fin des années 60. A cette époque-là, la biscuiterie était au fait de sa gloire, avec 750 salariés, en tête des ventes avec le "Biscuit des familles" et le "Savane". Mais de cession en fusion, et avec la concurrence d'une autre usine du nouveau groupe à Pithiviers (Loiret), l'effectif a fondu. Cyrille a connu la fin, lui qui travaille juste à côté : "Tous les vendredis, il y avait une cuisson. Tout le monde était content, car il y avait cette odeur de vanille, de caramel..."

Ce souvenir olfactif qui plonge Cyrille dans la nostalgie : "C'est triste de voir cette friche industrielle juste à l'entrée de Saint-Jean." Cyrille, comme d'autres visiteurs locaux de l'exposition, espère vivement que la tradition de la biscuiterie revienne dans la ville. Des espoirs qui reposent désormais sur une nouvelle usine, bio celle-là, "Jean et Lisette", inaugurée il y a quelques mois.

Au fait de sa gloire, Brossard employait 750 personnes à Saint-Jean-d'Angély, dont ses propres chauffeurs, chargés de sillonner l'Europe. - Radio France
Au fait de sa gloire, Brossard employait 750 personnes à Saint-Jean-d'Angély, dont ses propres chauffeurs, chargés de sillonner l'Europe. © Radio France - Archives des salariés de Brossard
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