Culture – Loisirs

"Take me, I'm yours" à la Monnaie de Paris, une expo à emmener chez soi

Par Julien Baldacchino, France Bleu Paris Région et France Bleu mercredi 16 septembre 2015 à 17:57

"Dispersion" de Christian Boltanski est l'oeuvre la plus massive de l'exposition
"Dispersion" de Christian Boltanski est l'oeuvre la plus massive de l'exposition © Radio France - Julien Baldacchino

"Tout doit disparaître" : c'est le slogan de l'exposition "Take me, I'm yours" (littéralement "Prenez-moi, je suis à vous") qui a commencé ce mercredi à la Monnaie de Paris. L'expo réunit plus de 40 artistes, qui ont tous conçu une oeuvre dont les visiteurs peuvent emporter une partie avec eux.

Un pyjama, un œuf, des pilules, une capsule d'air, une Tour Eiffel miniature, des posters, un badge et des photos d'identité : voici le butin que nous avons pu ramener de la Monnaie de Paris, à la sortie de l'exposition Take Me, I'm Yours, qui commence ce mercredi dans le prestigieux hôtel particulier de l'institution, située sur les quais de Seine. Cette exposition collective, qui réunit une quarantaine d'artistes internationaux, qui ont tous conçu des œuvres que l'on peut toucher et même emporter avec soi. 

"On veut donner un peu d'air dans le monde de l'art, qui est trop professionnel et sérieux"

— Christian Boltanski, artiste et co-commissaire de l'exposition.

La billetterie passée, le visiteur se voit remettre un sac dans lequel il pourra stocker tout ce qu'il souhaite prendre dans l'exposition. A commencer par un morceau de la gigantesque oeuvre de Christian Boltanski, qui apparaît dans le grand salon de la Monnaie de Paris : une sculpture faite de vêtements de récupération.  

"Vous pouvez emporter votre vêtement, et ensuite décider de le porter, ou alors le garder dans le sac comme un souvenir, comme la preuve que vous avez participé à une oeuvre d'art", explique Chiara Parisi, directrice des programmes culturels de la Monnaie de Paris et co-commissaire de l'exposition. 

Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist et Chiara Parisi, commissaires de l'expo - Radio France
Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist et Chiara Parisi, commissaires de l'expo © Radio France - Julien Baldacchino

Tour Eiffel miniature et dégustation de fémur

C'est ce qui fait le piment de cette exposition : a-t-on vraiment le droit de tout toucher, de tout prendre ? Les premiers visiteurs, mercredi, se montraient hésitants... et pourtant, la réponse est bel et bien oui, on peut toucher, sentir, goûter. 

Et cela est parfois surprenant : dans une salle de l'exposition, l'artiste Hans-Peter Feldmann offre, sur un présentoir, des Tours Eiffel réduites en métal, du même genre que celles qu'on achète dans les boutiques de souvenirs. Et dans la salle suivante, ce sont des bonbons disposés en un immense carré bleu turquoise qui sont proposés par un autre artiste, Felix Gonzalez-Torres, l'un des premiers à avoir imaginé des œuvres "qui se partagent". 

Les bonbons bleus à la menthe de Félix Gonzalez-Torres - Radio France
Les bonbons bleus à la menthe de Félix Gonzalez-Torres © Radio France - Julien Baldacchino

Plus loin, un jeune homme derrière une table propose, sur une idée de l'artiste Roman Ondak, d'échanger l'objet qu'il possède contre n'importe quel objet que l'on choisit. Et plus étonnant encore, dans une salle sombre, un squelette gît dans une vitrine, et à côté une assiette indiquant "Dégustation du fémur tous les jours". 

Doit-on oser manger ? Les plus aventureux découvrent au bout du compte qu'il s'agit - ouf ! - de massepain, et pas du tout d'os humains. 

Peu nombreux sont ceux qui osent goûter du fémur ! - Radio France
Peu nombreux sont ceux qui osent goûter du fémur ! © Radio France - Julien Baldacchino

"Faire vivre" les œuvres au lieu de les admirer

"C'est important que les choses soient captées par les gens différemment que par la simple action de regarder. Il faut sentir, toucher, détruire pourquoi pas !" explique l'artiste Fabrice Hyber, qui propose pour sa part une pièce, "un écu", doré d'un côté, argenté de l'autre. 

Car l'idée de cette exposition, c'est de montrer à tous qu'il existe "une autre manière de faire de l'art, moins professionnelle et plus généreuse", selon Christian Boltanski, également co-comissaire de cette exposition qu'il avait montée une première fois en 1995 à Londres. "Normalement dans les musées, les œuvres, il faut les admirer. Ici, ce sont des œuvres qu'il faut faire vivre", ajoute Chiara Parisi. 

Résultat : le visiteur est invité à devenir totalement acteur de l'exposition. En art contemporain, on dit qu'une oeuvre a parfois besoin d'être "activée" pour se montrer sous la forme voulue par l'artiste. Ici, les visiteurs sont les seuls à pouvoir activer les oeuvres, rien qu'en piochant un badge ou un DVD dans un bac. Et à la fin du parcours, il est invité à se prendre en photo dans une cabine Photomaton, et à coller le résultat sur les murs pour laisser une trace de son passage. 

A gauche, le Photomaton de l'expo ; à droite, les photos collées sur le mur - Radio France
A gauche, le Photomaton de l'expo ; à droite, les photos collées sur le mur © Radio France - Julien Baldacchino

A NE PAS LOUPER : le DVD qui vous sera offert à la billetterie et vous mettra face à un drôle de dilemme une fois rentré chez vous. Car ce disque, qui contient un film de l'artiste Philippe Parreno , s'efface à mesure qu'il est lu. Choisirez-vous de découvrir une seule et unique fois ce qu'il contient, ou de préserver l'oeuvre intacte ? 

INFOS PRATIQUES : "Take me, I'm yours", du 16 septembre au 8 novembre 2015 à la Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, Paris 6e. Ouvert tous les jours de 11h à 19h et le jeudi jusqu'à 22h.