Culture – Loisirs

Toros en Dax : rideau de soie sur la saison !

Par Pierre-Albert Blain, France Bleu Gascogne dimanche 13 septembre 2015 à 23:29

J.M. Manzanarès
J.M. Manzanarès © Radio France

Manzanares et Galdos, la majesté onctueuse du toreo, tauromagie champagne !

Dernière feria de la saison dans le sud-ouest, Dax accueillait pendant deux jours « Toros y salsa ». Au menu, deux corridas et une novillada avec picadors. C’est la der des ders de la « temporada ».

Ce dimanche, en final de saison, le matin, très bonne novillada d’El Parralejo pour Louis Husson, Joaquin Galdos qui coupe trois oreilles et Alvaro Lorenzo. Le soir, dernière corrida de la saison dacquoise, excellents toros de Montalvo pour Juan Mora, Manzanares qui coupe quatre oreilles et Perera.

Il y avait belle attente. D’abord, avec la course des toros d'ouverture samedi de Celestino Cuadri, les vraies vedettes du jour. Ces monumentaux animaux aux cornes fines, longues et larges font sensation depuis 1946. La famille d’origine italienne, installée à coté de Huelva depuis le 17è siècle, se lance dans l’élevage de combat, et ne change plus rien au sang d’origine à partir de 1954. Les grands noirs sont références et face à eux un homme très attendu : Alberto Lamelas. Matamore de l’extrême ce jeune homme de 31 ans s’est fait tout seul au sortiir d’une bourgade improbable du fin fond de la province de Jaen et ce uniquement sur son engament total et sidérant. 

Autre sensation, Joaquin Gados face aux Parralejo de la novillada matinale

Le péruvien est vraiment magique et s‘impose partout. Il remplace son compatriote Roca Rey, initialement prévu, mais victime d’un coup de corne. Et puis, la clôture avec les Montalvo voyait l’opposition de Manzanares et de Perera mais surtout le retour d’un vieux combattant. Juan Mora, 53 ans, qui est matador depuis…1983. Il a été durant deux décennies l’une des favoris du sud-ouest. A noter que Dax est … sa première corrida de la saison en cours !

Cuadri c’est fini !...je ne crois pas que nous les reverrons un jour. Cuadri, c’est fini ! je ne crois pas que nous les demandions un jour. Accident industriel ganadero majeur. Cet élevage pourtant fameux quant à son origine, ses antécédents et son histoire, sombre définitivement comme les grands autres. Cuadri à l’image d’Escolar Gil, de Dolores Aguirre, de Prieto de la Cal et même de Victorino Martin ou Cebada Gago est bien mal en point. Le lot dacquois impeccable, indiscutable de présentation, n’a révélé que cinq toros décastés, dévastés, retors, rétifs, avisés, sans race, mauvais au cheval, parfois vindicatifs à la cavalerie mais sur une corne, sans allure, avec la seule expression réduite d’une agressivité sournoise. Course même pas dure, insipide car sans relief hormis celui, sans contestation, de ses armures et de ses allures. Là devant ? Trois toreros qui ont tenté à des degrés divers. Lamelas pourri encore une fois par la poisse du sorteo, Castaño toujours à contre tauromachie et Robleño qui avec le seul à peu près noble quatrième aurait pu couper sans une faillite à l’épée, sept estocs pour en finir ! Une faillite je vous dis.

Démonstration de la classe de Joaquin Galdos

Dimanche donc, final de saison, le matin très bonne novillada d’El Parralejo pour Louis Husson, Joaquin Galdos qui coupe trois oreilles et Alvaro Lorenzo. Le soir dernière corrida dacquoise de l’année, excellents toros de Montalvo pour Juan Mora, Manzanares qui coupe quatre oreilles et Perera. Belle et racée novillada del Parralejo le matin pour une sublime démonstration de la classe de Joaquin Galdos. Si le grand public découvre le jeune péruvien, il y a belle lurette que Galdos, né à Lima en 1995, fait son nid au cœur de la tauromachie d’Europe. On l’a beaucoup vu dans tout le sud-ouest et il s’est imposé partout. Dax a été comme un accomplissent. Deux faenas ciselées, abouties, alanguies. On juge les grands toreros face à de grands toros, et c’est justement à ce jugement là que s’est soumis en triomphant Joaquin Galdos. Lequel devrait, l’été prochain, prendre l’alternative dans une arène gasconne. Le soir l’état du sublime ! Rien de moins. Jose Maria Manzanares avait tout pour ne rien faire dans l’existence. Beau, très beau, riche, très riche, fils d’un génie du toreo, son père fut trente ans durant la référence majeure de l’art taurin. Il a voulu être lui aussi. Il est devenu figure majuscule, un élément référentiel indispensable. Son toreo est de soie, sa volonté ce dimanche de St aimé lui qui est l'adulé des foules était de titane. Il y a la grâce dans l’efficacité, sans posture, la langueur sans trop de sucre, le relâchement sans l’oisiveté. Jamais facile et pourtant toujours dans l’évidence. Manzanares a tué, aussi, de deux coups d’épée magistraux dont un "recibir" en subissant la charge. La quintessence. L’hiver peut bien venir.

Pour la mémoire

Dax en a terminé avec sa temporada par une journée de triomphes inconstatables. Par Manzanares et Galdos qui tous deux sont sortis par la porte du parc Théodore – Denis que l’on ouvre que pour les succès absolus. Dax s’est offert deux moments inoubliables pour boucler une saison qui a connu encore des moments telluriques. La corrida de Pedraza de Yeltes, formidable d’intensité, en aout, au soir d’une journée qui le matin avait vu El Juli resssucité, piqué au vif par la jeune classe, tancé qu’il a été par le triomphe de Pepe Moral jeune matador revenu de la nuit de l’oubli. 

La jeunesse a gagné à Dax parce que Dax a osé la jeunesse, Moral, Adame, Luque, Del Alamo, Lea Vicens, ont affirmé la qualité du renouveau. Manzanres qui n’a finalement que tente trois ans a parachevé avec Galdos et ses pas encore vingt automnes ce tableau de fraîcheur juvénile et de talents. Il y a aussi les ratés : toros de Bañuelos d’Escolar Gil et de Cuadri très décevants. Et les échecs d’Aguilar, d’Escribano, d’Urdiales mais également de Castaño pourtant doublé. Et aussi, hélas, la grande et désespérée désillusion de Louis Husson, le jeune dacquois aux abois, perdu, douloureux.