Culture – Loisirs

Toros en Parentis : la Sent Bertomiu comme nulle part

Par Pierre-Albert Blain, France Bleu Gascogne vendredi 5 août 2016 à 16:26

La traditionnelle et incomparable feria de la Sent Bertomiu à Parentis-en-Born, "la "feria du novillo avec un "N" majuscule. Trois corridas au programme d’ici dimanche soir. Une fête particulière, sur une thématique festive singulière, sur un registre taurin exigeant.

Au nord il y a le Born, territoire de coureurs de bois, de lacs et de rivières. Pays rude, de braconne, vaste, isolé longtemps, un autre Far West. Et au milieu de ce nulle part grandiose il y a Parentis, son lac à pétrole et ses poissons carnassiers, sandres, brochets et perches, son usine à bois et ses arènes. On y consacre là une tradition calquée sur la mentalité des gens du terroir, habitués à survivre durant des générations sur leur lande abandonnée aux vents mauvais, désormais peuplée de grands pins.

 Parentis est fête sauvage, hors des circuits touristiques pour bobos en goguette. 

On y mange à toute heure des choses lourdes au ventre mais succulentes en bouche que les modes condamnent depuis des lustres. Et on y torée là des toros différents des ailleurs taurins. Parentis, "La" feria française du novillo, se fait un devoir d’aligner sur son sable épais des cornus que personne ne programme, des souches de races antiques. Et ce sera encore le cas avec Los Maños, El Añadio et la corrida concours de dimanche soir. Parentis a l’haleine lourde et le sang chaud, comme les toros qui défilent. Comme les gamins qui les affrontent.

David Fernandez 23 étés, Guillermo Valencia, colombien de 21 hivers, Juan de Castilla, du même pays, 22 automnes en septembre. Les trois vont affronter ce samedi soir une ganaderia qui porte le deuil. C’est un toro de Los Maños qui le 9 juillet dernier à Teruel a tué le matador Victoria Barrio âgé de 29 ans. Le propriétaire de l’élevage, l’aragonais Jose Luis Marcuello, est un homme attachant. Un paysan. Pas un éleveur, pas un agriculteur.  Un paysan! La mort de Barrio l’a bouleversé. Alors Marcuello quand il en parle baisse les yeux et sa voix grave se fait encore plus ombre. Ses toros d’origine Santa Coloma, branche historique de l’élevage de combat, ont pourtant sacré réputation dans le milieu. Les cornus de robe sombre et cendres chargent habituellement avec noblesse, "alegria", allures. L’an dernier le lot avait été dans l’excellence d’une matinée de très grande qualité. Los Maños paissent dans le nord de l’Espagne, près de Saragosse, à plus de mille mètres d’altitude, à portée d’horizon du Moncayo, pic sauvage qui indique la route de Soria. L’hiver, il neige sur ces haut plateaux. Les toros y vivent libres de toute entrave domestique. Il y a lien d’évidence entre les parentissois et l’aragonais aux longs favoris. Des hommes rudes qui ne cèdent pas aux concessions des modes. Le toro avant tout. Dans toute son intégrité.

Midi- 13h ce samedi "Callejon d’été" spécial feria de Parentis-en-Born en directe des arènes. Première corrida samedi 18h.