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Culture – Loisirs

Une Lilloise de 13 ans remporte le concours d'écriture "Antoine de Saint-Exupéry"

vendredi 5 octobre 2018 à 10:52 Par La rédaction de France Bleu Nord, France Bleu Nord et France Bleu

Une adolescente lilloise remporte un concours d'écriture ! Lou, 13 ans, fait partie des trois lauréats du concours international Antoine de Saint-Exupéry. Parrainé par le chanteur Calogero, le concours invitait les jeunes de moins de 25 ans à écrire une lettre porteuse d'un message d'espoir.

Lou Gurak, l'une des lauréates du concours, a imaginé une lettre écrite par une enfant syrienne à son frère
Lou Gurak, l'une des lauréates du concours, a imaginé une lettre écrite par une enfant syrienne à son frère - Eric Lefeuvre (photos fournies par l'organisateur du concours)

Lille, France

C'est une toute jeune fille qui a déjà une belle plume. Lou Gurak a 13 ans, cette Lilloise est élève au collège Carnot, et elle a une grande passion pour la lecture et l'écriture. Elle noircit des carnets, pour elle, dans son petit coin, et voilà qu'au printemps dernier, elle entend parler d'un concours d'écriture.

Intitulé "L'Aérien pour relier la jeunesse", il est organisé par l'association le Labo des Histoires, et la fondation Antoine de Saint-Exupéry. Parrainé par le chanteur Calogéro, le concours invitait les jeunes de moins de 25 ans à envoyer une lettre porteuse d'un message d'espoir, à la manière du Petit Prince de Saint-Exupéry.

800 participants

800 lettres sont ainsi envoyées de partout en France et de l'étranger, une cinquantaine sont sélectionnées, et un jury désigne trois lauréats : un jeune homme de 22 ans, Marien Côme, une jeune femme de 25 ans, Madeleine Adoumbou, et la benjamine, Lou, 13 ans. Elle a imagine une lettre envoyée par une enfant syrienne à son frère.

Après avoir connu la guerre et l'exil en Europe, elle est de retour chez elle, à Raqqa, tandis que son frère est resté en Allemagne. Pour Lou, il était "logique" de se mettre dans la peau d'une enfant : "les adultes sont souvent désabusés, les enfants ont plus tendance à garder espoir".

Une bouteille à la mer

Quand elle a su qu'elle faisait partie des lauréats nationaux, Lou "n'y croyait pas. Pour moi, à la base, c'était juste une bouteille à la mer, une participation pour le plaisir, donc j'étais vraiment très contente, et très surprise". 

Centenaire de l'Aéropostale

Les 800 lettres ont embarqué à bord d'avions, qui refont, 100 ans plus tard, le trajet de l'Aéropostale, cette ligne mise en place par Latécoère en 1918 pour acheminer le courrier entre la France et le Sénégal. A chaque étape, des lettres seront lues et distribuées à des enfants.

Vendredi 28 septembre, c'était la première étape, à Perpignan, les lauréats ont lu leurs lettres en public, et ont eu droit à une démonstration de la patrouille de France.  Et à une rencontre avec des descendants d'Antoine de Saint-Exupéry, notamment son arrière petit neveu, Hervé de Saint-Exupéry. "Il a été très gentil", raconte Lou, "à la fin de la lecture de ma lettre, il m'a dit à quel point il avait été ému".

Plusieurs romans en préparation

Après ce concours, Lou continue, plus que jamais, à "rêver" de devenir écrivain. Plusieurs romans sont en cours d'écriture. Elle sait qu'être édité n'est pas à la portée de tout le monde. Mais elle "continue à travailler".  En souriant, elle lance ce message aux éditeurs : "si vous avez une petite place dans vos catalogues, peut-être, un jour, si vous vous souvenez de moi.... Pourquoi pas !".

Lorsque le concours a été lancé, il était question que l'éditeur Gallimard publie un recueil de ces lettres, ce serait déjà un très bon début.

A LIRE : LA LETTRE DE LOU

Naji,

Nous sommes arrivés à Raqqa dans la nuit de samedi. Il n’y avait personne, juste des cailloux gris et couverts de poussière. Les bâtiments, dans le noir, faisaient des ombres immenses sur le sol, comme des mains qui auraient voulu m’attraper pour m’emmener je ne sais où. Mais moi, je voulais pas aller je ne sais où, parce que j’y suis déjà allée des dizaines de fois, quand les bombes explosaient avec tellement de bruit qu’on ne pouvait pas dormir. Dans ces moments-là, tu me disais toujours : « Allez, pleure-pas comme ça, tu n’es plus un bébé, non ? » . C’est à ça que j’ai pensé, cette nuit. Je ne suis plus un bébé, Naji. Je n’ai même pas pleuré quand on a franchi la porte de la maison et qu’il ne restait plus rien d’autre que des ruines. Tu serais fier de moi. 

On a un peu tourné en rond. Maman s’est énervée. Elle a dit qu’on aurait dû rester en Allemagne avec toi et tonton. Puis on a vu de la lumière. Il y avait des gens dans un immeuble en face, tu sais, celui avec la façade jaune citron dont on se moquait tout le temps. Sauf que là, plus de façade jaune citron. On pouvait voir l’intérieur des appartements, qui, étrangement, étaient intacts. Deux hommes et une femme étaient attablés, un verre à la main, au premier étage. Ils étaient joyeux, comme si la guerre n’avait jamais eu lieu, comme si c’était totalement normal d’être dans un appartement sans mur extérieur. Ils nous ont fait signe d’entrer, et ont partagé leur nourriture avec nous. On a dormi là, presque à la belle étoile, mais pas vraiment. Tu sais, Naji, je n’aime plus dormir à la belle étoile. On ne faisait que ça, sur la route de l’exil. Toi, tu cherchais les constellations, mais moi, j’avais l’impression que les étoiles m’observaient comme une bête curieuse. Les gens qu’on croisait dans les pays où on allait le faisaient assez.

En fait, ici, il n’y a pas grand monde. Mais on s’entraide les uns les autres. Les trois personnes nous ont proposé de rester avec eux, le temps qu’on reconstruise la maison. Elle sera encore mieux qu’avant, enfin, ça, c’est que papa dit. Hier, on a retrouvé une vieille guitare toute abîmée. Pourtant il ne lui manquait aucune corde. Le soir, en rentrant, papa a joué quelques notes hésitantes. Le début d’une chanson que j’avais apprise à l’école.

Maman l’a fredonnée, puis nos amis ont mêlés leurs voix aux leurs, d’abord tout doucement, comme si ils avaient peur de réveiller quelqu’un, puis bien plus franchement, avec confiance. La chanson a résonné longtemps dans le silence de la nuit. Je n’ai plus eu peur des étoiles.

J’ai retrouvé notre arbre. Ce vieil arbre dont on n’a jamais connu l’âge ou l’espèce. Il est resté debout malgré tout, malgré les guerres, malgré la peur, malgré les bombes. Je m’y suis perchée et j’ai écrit cette lettre. Tu devrais venir, Naji. C’est pas si mal ici quand on est libre. Moi je suis libre. Libre d’espérer, qu’un jour, si les humains sont capables de s’aider et de s’épauler, alors ces mêmes humains seront capables de comprendre qu’on n’est pas obligé de faire la guerre. Qu’on pourrait simplement vivre en paix les uns avec les autres.

Tu peux rire, Naji, tu peux me trouver naïve. Mais mon espoir, il est comme notre arbre.

Intact.

Ta sœur qui t’aime.

ECOUTEZ ET PODCASTEZ : la belle histoire de Lou, écrivaine en herbe