Culture – Loisirs DOSSIER : Le mémorial du camp de Rivesaltes

VIDÉO - Mémorial de Rivesaltes : les grandes étapes d'un projet long de 20 ans

Par Isabelle Lassalle, France Bleu Roussillon et France Bleu jeudi 12 octobre 2017 à 16:55

Le mémorial de Rivesaltes : 20 ans pour voir le jour.
Le mémorial de Rivesaltes : 20 ans pour voir le jour. © Maxppp -

Au milieu des années 1990, le projet d’un mémorial sur le camp de Rivesaltes commence à être évoqué. Mais c’est une longue histoire, entre scandale et pétition, initiatives locales et relais politique. Il faudra plus de 20 ans pour assister à sa réalisation.

Le camp de Rivesaltes, le plus grand camp d'internement d'Europe de l'ouest, où plus de 50.000 personnes ont été internés depuis 1941 : des Juifs, des harkis et des réfugiés espagnols. L'idée d'un mémorial commence à germer au milieu des années 1990 chez plusieurs personnalités, dont deux locales, l’écrivain catalan Claude Delmas et Claude Vauchez, et Serge Klarsfeld. Retour sur un projet qui a mis plus de vingt ans à voir le jour.

En 1993, la publication du « Journal de Rivesaltes 1941-1942 » de Friedel Bohny-Reiter, une infirmière du Secours suisse, rappelle la vie quotidienne dans le camp. Trois stèles sont érigées sur le site. La première en 1994, à la mémoire des Juifs déportés du camp de Rivesaltes pour celui d’Auschwitz. En 1995, une deuxième stèle en hommage aux harkis et enfin, en 1999, une troisième stèle célèbre les réfugiés espagnols.

Du scandale ... au mémorial

En mai 1997, le journaliste Joël Mettay déclenche le scandale. Il révèle que des documents originaux, relatifs aux internés juifs et à leur déportation en 1942, ont été retrouvés à la déchetterie de Perpignan. Un employé municipal, Jacques Chamoux, y a découvert plusieurs centaines de pages en décembre 1996.

Il essaye de contacter la synagogue de Perpignan et un centre communautaire juif de la ville. Sans succès. Il se tourne alors vers la presse et l’article est publié dans l’Indépendant. La justice est immédiatement saisie et une enquête est ouverte à l'encontre du journaliste. Elle conclura finalement au dilettantisme des services administratifs départementaux.

Au-delà des accusations portées à tort contre le journaliste, la polémique entraîne une pétition pour la mémoire du camp de Rivesaltes, qui prend une dimension nationale avec notamment les signatures de Simone Veil, Edgar Morin et Claude Simon. Le nouveau président du Conseil général des Pyrénées-Orientales élu en 1998, Christian Bourquin, s’engage dans la protection du site et lance une concertation autour du projet.

Une longue histoire jusqu’à l’inauguration

En 2000, l’îlot F et l’ensemble de ses baraquements sont inscrits aux Monuments historiques. À l’occasion des Journées du patrimoine de 2005, une partie du camp est ouverte pour la première fois au public. L’architecte Rudy Ricciotti remporte le concours d’architecture en 2006. Robert Badinter accepte de parrainer le projet et lui apporte un soutien moral.

Le permis de construire est finalement délivré en 2010. Les travaux débutent deux ans plus tard. Christian Bourquin, grand défenseur du mémorial, meurt le 26 août 2014. Lors de ses obsèques, le Premier ministre Manuel Valls annonce l’engagement financier de l’État dans le projet, au côté de la région Languedoc-Roussillon et du département des Pyrénées-Orientales.

Un an plus tard, le 16 octobre 2015, le mémorial du camp de Rivesaltes est inauguré en présence de Manuel Valls.