Culture – Loisirs

Coup d'envoi pour "Résiste", la comédie musicale pleine d'énergie de France Gall

Par Julien Baldacchino, France Bleu Paris et France Bleu jeudi 5 novembre 2015 à 8:22

La troupe rend hommage à Michel Berger à la fin du spectacle
La troupe rend hommage à Michel Berger à la fin du spectacle © Radio France - Julien Baldacchino

​France Gall et Bruck Dawit ont lancé mercredi à Paris leur spectacle "Résiste", basé sur les chansons écrites par Michel Berger. Francebleu.fr était dans la salle pour cette soirée de première, dans une ambiance survoltée.

On les appelle "jukebox musicaux", ces comédies musicales basées sur les chansons d'un artiste ou d'un groupe. Il y a eu "Belles, belles, belles" pour Claude Francois, "Il était une fois Joe Dassin" pour Joe Dassin et "Je m'voyais déjà" pour Charles Aznavour, voici "Résiste", la comédie musicale qui rend hommage aux chansons de Michel Berger et France Gall.

La troupe du spectacle, co-écrit par France Gall elle-même et son collaborateur Bruck Dawit, a joué pour la première fois ce mercredi devant la salle comble du Palais des Sports de Paris. L'histoire n'a rien à voir avec celle du couple Gall-Berger : c'est celle de Maggie (Léa Deleau) une jeune fille qui travaille avec son père, sa sœur Mandoline (Elodie Martelet) et leur ami Tennessee (Gwendal Marimoutou) dans une boîte de nuit parisienne menacée de fermeture.

Une partie de la troupe du spectacle, après la première, mercredi à Paris - Radio France
Une partie de la troupe du spectacle, après la première, mercredi à Paris © Radio France - Julien Baldacchino

Un "pitch" de départ peu engageant

L'histoire se déroule donc au son des chansons écrites et composées par Berger pour lui-même ou sa compagne : "Les princes des villes" débarquent le soir venu dans la discothèque où officie un nouveau pianiste, Mathis (Victor Le Douarec), forcément affublé d'une "groupie du pianiste". Et ainsi de suite.

Voilà le point noir du spectacle : son scénario. L'argument de départ de la comédie musicale est banal, les personnages sans grand relief (à l'exception de l'étourdi et un peu flemmard Tennessee). Et les chansons de Berger arrivent soit exactement au moment où on les attend, soit après des pirouettes tirées par les cheveux dans les dialogues. Sur ce plan, Résiste ne parvient pas à réaliser ce que  Mamma Mia avec ABBA a été presque la seule à réussir dans l'univers de la comédie musicale : créer une histoire captivante à partir de chansons qui n'ont, a priori, rien à voir entre elles.

Magie du spectacle et tonus de la troupe

Résultat : la première demi-heure peine à convaincre. Mais après un premier acte poussif, la mayonnaise commence à prendre. C'est peut-être cela qu'on appelle la magie du spectacle : sans savoir exactement si cela vient des jeunes chanteurs plein de tonus, des chorégraphies de Marion Motin qui ne sont pas sans rappeler son travail avec Stromae et Christine and the Queens, ou du décor mis en valeur par les belles lumières de Jacques Rouveyrollis.

La scénographie fait appel à beaucoup de jeux de lumières et de vidéo - Radio France
La scénographie fait appel à beaucoup de jeux de lumières et de vidéo © Radio France - Julien Baldacchino

Et surtout, cela fait plaisir d'entendre à nouveau en "live" les chansons écrites pour Michel Berger, interprétées par un orchestre présent sur scène qui parvient à reproduire les arrangements pleins d'énergie du compositeur, en leur ajoutant une touche de modernité. On peut difficilement s'empêcher de sourire quand on reconnaît les premiers accords de "Quelques mots d'amour" ou de "Viens je t'emmène".

Toujours est-il qu'à la fin de la première partie, dès les premières notes de piano de "La groupie du pianiste", le public tout entier se lève, descend des gradins, danse et ovationne les chanteurs et danseurs. Rebelote après l'entracte : sous prétexte d'une grande fête dans la boîte de nuit où se déroule l'action, les créateurs du spectacle enchaînent les tubes "Ella Elle L'a" et "Il jouait du piano debout".

La voix de Michel Berger dans le Palais des Sports

Ce qui assure un succès certain à cette comédie musicale, c'est qu'elle dégage autant d'énergie qu'un concert de France Gall et Michel Berger... sans eux. Sans eux ou presque, car la chanteuse apparaît en tant que conteuse de l'histoire via des séquences vidéo - et sur scène ce mercredi, au moment des saluts, à l'occasion de la premère du spectacle, sous les acclamations et les ovations du public. Et comme dans un concert, c'est aussi l'occasion de découvrir des chansons plus méconnues, comme la très surréaliste "Chanson pour Man Ray".

France Gall sur scène pour les saluts de "Résiste", lors de la première à Paris - Radio France
France Gall sur scène pour les saluts de "Résiste", lors de la première à Paris © Radio France - Julien Baldacchino

Quant à Michel Berger, sa voix résonne dans le Palais des Sports lorsque la chanson inédite "Un dimanche au bord de l'eau" démarre le quatrième et dernier acte, plus sombre et scénaristiquement plus convaincant. Au fond, ce spectacle est plutôt fidèle à son esprit : France Gall et Bruck Dawit ont même donné vie au personnage d'Angelina Dumas, qui aurait du être le personnage central de l'opéra rock de Michel Berger dans le premier projet de ce qui est devenu plus tard Starmania.

Alors, faut-il aller voir Résiste ? Si les chansons de France Gall et Michel Berger vous donnent envie de chanter ou de danser, sans aucun doute. La jeune troupe dégage une telle fraîcheur et un tel plaisir d'être sur scène qu'on en oublie presque les scènes jouées du début du spectacle, dignes d'une mauvaise série télé. On sort du spectacle sur une impression positive, avec le sourire et les chansons de Berger dans la tête.