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Économie – Social DOSSIER : Mai-68

VIDEO - 1968 à Peugeot Sochaux : la révolution de mai finit dans le sang en juin

dimanche 10 juin 2018 à 18:01 Par Blandine Costentin et Christophe Beck, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Besançon et France Bleu

Il y a 50 ans, le 11 juin 1968, des affrontements ont éclaté entre ouvriers de Peugeot Sochaux et CRS dans l'usine occupée. Deux ouvriers ont été tués. La révolution de Mai-68 est un souvenir douloureux dans le Pays de Montbéliard.

Le 11 juin 1968, l'usine Peugeot de Sochaux est le théâtre d'affrontements violentes avec les CRS, qui débordent en ville.
Le 11 juin 1968, l'usine Peugeot de Sochaux est le théâtre d'affrontements violentes avec les CRS, qui débordent en ville. © AFP - Archives

Sochaux, France

A Sochaux, le cinquantenaire de Mai-68 est d'abord le souvenir d'une fin de grève tragique. Le 11 juin 1968, alors que la direction de l'usine Peugeot avait appelé à la reprise du travail, grévistes et CRS se sont affrontés. Deux ouvriers ont été tués : Pierre Beylot, 24 ans, frappé d'une balle dans la poitrine, Henri Blanchet, 49 ans, tombé d'un muret après l'envoi d'une grenade. Il y a eu 150 blessés, selon les syndicats.

Lorsque la grève se répand en Mai-68, Peugeot Sochaux compte 25.000 salariés. L'usine entre tardivement dans le mouvement, le 20 mai. Les salariés ont été échaudés par plusieurs mouvements sociaux dans les années 60 qui ne leur ont rien rapporté ou peu de choses. Ce mois de mai 68, les syndicats lancent la grève et les ouvriers embrayent rapidement. Le site est occupé, l'ambiance dans l'usine à l'arrêt est plutôt festive. Il y a de la musique, du théâtre, du cinéma. 

Un 11 juin 68 de triste mémoire

Début juin, la direction de Peugeot organise une première consultation sur la reprise du travail, contestée par les syndicats qui montent leur propre vote, le 8 juin. La reprise est adoptée à une très courte majorité. Le 10 juin, jour désigné pour la réouverture de l'usine, les grévistes refusent de céder et installent des piquets de grève.

A l'aube du 11 juin, les CRS investissent l'usine alors que les cars des salariés arrivent sur le site. Très vite, la situation dégénère. Des témoins affirment que les forces de l'ordre ont matraqué sans discernement. De l'autre côté, boulons et pavés volent. Les affrontements débordent hors de l'usine. Le premier mort, Pierre Beylot, tombe dans la matinée. Les autorités locales demandent au gouvernement de rappeler les CRS. Henri Blanchet meurt dans l'après-midi. Le retrait effectif des policiers a lieu vers 21h. 

Les obsèques de Pierre Beylot, ouvrier Peugeot tué le 11 juin 1968 à Sochaux. - AFP
Les obsèques de Pierre Beylot, ouvrier Peugeot tué le 11 juin 1968 à Sochaux. © AFP - Archives

Le bilan de cette journée provoque une véritable sidération dans le Pays de Montbéliard. Les obsèques des victimes rassemblent des milliers de personnes. L'usine reste fermée jusqu'au 20 juin. Le jour de la reprise, 12.000 ouvriers débrayent encore en hommage à Pierre Beylot et Henri Blanchet. 

Si un ouvrier avait tué un policier, il serait peut-être encore en prison" - la veuve de Pierre Beylot

Peugeot Sochaux n'est pas le seul site où les événements ont tourné au drame. Le 10 juin à Flins en région parisienne, Gilles Tautin, un lycéen de 17 ans venu soutenir les grévistes de Renault est mort noyé dans la Seine. A Sochaux, on s'interroge encore sur les circonstances exactes de cette flambée de violences. Yolande Beylot, la veuve de Pierre Beylot, 73 ans aujourd'hui, regrette qu'il n'y ait jamais eu de procès : "Pierre n'a pas été visé personnellement, mais il a reçu une balle qui n'avait pas lieu d'être (...) les CRS n'avaient pas le droit de dégainer. Devant l'intensité des manifestants, ils ont tiré dans le tas".

Le nom de l'auteur du tir n'a pas été révélé. "Je ne comprends pas pourquoi il n'a jamais été puni", ajoute Yolande Beylot, "il a été muté, c'est sa seule punition. Si un ouvrier avait tué un policier, il serait peut-être encore en prison".

Des avancées sociales significatives

Les grévistes de mai et juin 68 à Peugeot Sochaux ont obtenu des avancées : la reconnaissance des sections syndicales, une baisse du temps de travail et des augmentations de salaires conséquentes. La direction s'engage à ne prendre aucune sanction pour fait de grève ; les blessés du 11 juin et les familles des victimes sont indemnisés.

A l'occasion du cinquantenaire du 11 juin 68, la CGT du Pays de Montbéliard organise une exposition itinérante. Elle est visible du 12 au 16 juin en mairie de Voujeaucourt.

Près de l'usine PSA Sochaux, une plaque rend hommage aux deux morts du 11 juin 1968. - Radio France
Près de l'usine PSA Sochaux, une plaque rend hommage aux deux morts du 11 juin 1968. © Radio France - Christophe Beck