Économie – Social

350 soignants manifestent à Orléans contre les cadences infernales

Par Anne Oger, France Bleu Orléans mardi 8 novembre 2016 à 17:22

Le personnel des urgences de l'hôpital d'Orléans était nombreux
Le personnel des urgences de l'hôpital d'Orléans était nombreux © Radio France - Anne Oger

Comme partout en France les infirmières, aide-soignants, personnels hospitaliers ont manifesté dans les rues d'Orléans pour dénoncer le manque de personnel et des conditions de travail qui se dégradent, pour eux et pour les patients. Une mobilisation d'une ampleur assez inhabituelle à Orléans

"J'aimerais bien témoigner à votre micro, mais je sors de garde et j'en démarre une nouvelle ce soir, je suis trop fatiguée pour vous parler". Les mots de cette infirmière du service des urgences de l'hôpital d'Orléans résument assez bien la situation et la raison de cette forte mobilisation : l'épuisement professionnel, des moyens insuffisants pour faire face aux besoins des patients, des réorganisations qui pèsent sur les organismes. C'est ce qu'est venue dire Jamila Chraïti, elle aussi infirmière aux urgences. "On a mis en place un système d'auto-remplacement, on fait de moins en moins appel aux vacataires. La conséquence, c'est qu'on est très régulièrement rappelés, sur nos jours de repos, nos congés, pour remplacer un collègue. C'est ça l'épuisement professionnel, il nous faut des moyens".

Jamila Chraïti témoigne au nom de ses collègues des urgences

Un record d'une semaine sur un brancard, cet été, aux urgences d'Orléans

Le personnel des urgences de l'hôpital d'Orléans est venu très nombreux à cette manifestation. Le signe d'un malaise particulier ? "Oui répond David Caillot, délégué CGT au Nouvel Hôpital. Ils sont à flux tendus, et ça se ressent sur la prise en charge des patients. Cet été, faute de lits dans les autres services pour les accueillir, certains sont restés plusieurs jours sur un brancard dans les couloirs. Une femme âgée est restée 72 heures, et elle n'a jamais vu une chambre d'hôpital. Elle a certes été soignée aux urgences, mais envoyée ensuite directement dans une maison de retraite". "Le record, cet été, c'est un patient resté une semaine dans le service" ajoute Véronique Cochard, elle aussi déléguée CGT, et infirmière aux urgences. "Le sentiment de mal travailler, c'est ce qui contribue à notre souffrance. Il y a de plus en plus de cas de burn out, et l'an dernier, un jeune infirmier du service s'est suicidé. On reste prudents sur les causes, on ne s'autorise pas à faire un lien direct avec ses conditions de travail, mais il y a des cas, il faut s'en préoccuper" dit Véronique Cochard.

Dans chaque unité du Nouvel Hôpital, quinze patients pour deux soignants

La difficulté, c'est que les urgences d'Orléans, sans créations de postes suffisantes, reçoivent de plus en plus de patients. Dans un service et un hôpital tout neufs, c'est vrai, mais ça ne résout rien, au contraire. "A l'occasion du déménagement, la direction a réévalué le nombre de patients par unité. Ils devaient être 12 pour un infirmier et un aide-soignant, finalement c'est 15" précise Nelly Wedadjo, du syndicat Sud-Santé. Même problème à la maternité par exemple, avec ses presque 5000 accouchements par an. Le plan d'économies imposé à tous les hôpitaux les empêche de créer les postes suffisants, "et ici à Orléans, on commence à voir disparaître des postes de vacataires au niveau des soignants" dénonce Sud.

"Moi j'ai choisi d'être infirmière par passion, parce que j'aime ce métier, mais aujourd'hui en stage, on est payés moins d'un euro de l'heure, et notre salaire, il nous est versé 5 mois plus tard, il y a de quoi décourager les vocations

Une cinquantaine d'élèves en école d'infirmières dans la manifestation orléanaise - Radio France
Une cinquantaine d'élèves en école d'infirmières dans la manifestation orléanaise © Radio France - Anne Oger

Dans les rangs des manifestants également, une cinquantaine d'élèves infirmières, c'est assez rare. Les conséquences de ce manque de moyens, disent-ils, se ressentent désormais dès les premières années de formation. "Les professionnels qui nous encadrent, quand on est en stage, n'ont pas le temps de s'occuper de nous. On fait parfois leur travail, alors qu'on est en apprentissage" raconte Maïlis, élève à l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) d'Orléans . "Et tout ça pour être payés, on a fait le calcul, moins d'un euro de l'heure. En plus, après notre formation, on sait qu'on ne trouvera que des postes en CDD, avec des cadences infernales, de quoi décourager les vocations".

Maïlis est élève infirmière à Orléans

Inquiétude aussi au Centre Hospitalier de l'Agglomération Montargoise

A Montargis, les syndicats eux aussi avaient appelé à la mobilisation des soignants, ils étaient une soixantaine. Les problèmes sont les mêmes au Centre Hospitalier de l'Agglomération Montargoise, des cadences infernales, pas de temps pour souffler et des cas de souffrance au travail qui se multiplient. Avec en plus une véritable inquiétude sur l'avenir du CHAM, avec la nouvelle organisation des établissements de santé, au plan régional. Elle devrait s'appliquer dans les mois qui viennent. Des Groupements Hospitaliers de Territoire devraient être créés, un seul par département, au mieux. Dans le Loiret ce serait bien sûr l'Hôpital d'Orléans, les autres établissements du département dépendraient de lui. "Avec cette vision des choses, on se pose beaucoup de questions" dit Myriam Bachir, de la CGT. "Notre véritable crainte, c'est de subir le même sort que la maternité de Pithiviers, qui a fermé en juin dernier".

Myriam Bachir, infirmière et déléguée syndicale CGT au Centre Hospitalier de l'Agglomération Montargoise