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Économie – Social

Cinquante ans pour le CEA-Leti de Grenoble, laboratoire d'innovation

vendredi 3 février 2017 à 19:07 Par Laurent Gallien, France Bleu Isère

Le Laboratoire d'électronique et de technologies de l'information (Leti) du CEA de Grenoble fête cette année ses 50 ans. Ou comment l'idée d'une poignée d'hommes a conduit à un laboratoire reconnu au niveau mondial et un des moteurs de l'innovation en France.

Marie-Noëlle Semeria, directrice du Leti, entourée de 4 anciens directeurs
Marie-Noëlle Semeria, directrice du Leti, entourée de 4 anciens directeurs © Radio France - Laurent Gallien

Grenoble, France

"Les initiatives sont des indisciplines qui ont réussi". Cette phrase attribuée au fondateur du Leti, Michel Cordelle, est une des explications de la réussite du laboratoire Grenoblois. L'autre c'est la condition posée dès 1967 : "1 franc de subvention pour 1 franc de recette industrielle" et "des embauches si et seulement si il y a des recettes industrielles". 50 ans avant tout le monde en France, ou en tout cas avant beaucoup de monde, une poignée d'électroniciens au service des chercheurs du CEA, a compris que l'électronique méritait un "laboratoire" à part entière, que l'innovation est souvent synonyme de "rupture" et qu'elle doit être mise au service de l'industrie et de l'emploi.

"La recherche fondamentale, les publications c'est bien, mais nous avons toujours eu le souci du transfert technologique" explique Denis Randet, directeur du Leti entre 1991 et 1999. Il a fallu pour ça plus que de l'enthousiasme. Il a fallu aussi en imposer souvent au très secret, nucléaire et militaire CEA (Commissariat à l'Energie Atomique, aujourd'hui Energies Alternatives).

D'une poignée de convaincu en 1967 à quelques 1 800 personnes aujourd'hui

La création du Leti en est déjà l'exemple. Michel Cordelle a d'abord imposé en douce quelques cdd pour montrer l'intérêt de la recherche en électronique avant d'obtenir des embauches. Un des premiers grands succès du Leti est également un "coup de force" quand en 1972 Jacques Lacour (qui sera directeur de 1983 à 1991), qui a repéré aux Etats-Unis la technologie MOS (Metal Oxyde Semiconducteur), trouve peu d'écho auprès des industriels français et décide alors de créer une "start-up" pour fabriquer ce type de circuits intégrés : EFCIS.

Le MOS a été ensuite la technologie de base de SGS Thomson, puis ST Microélectronics. Il faut donc de la détermination... et de la patience! "Vous voyez" précise Denis Randet, "ces affaires de start-up ce n'est pas non plus des machins qui hop... vous lancez la fusée et ça éclaire le monde du premier coup. Il faut du temps, il faut de la patience, il faut reconnaître aussi parfois que l'idée que vous aviez au départ ce n'était pas tout à fait la bonne". Une leçon d'innovation.

Et les pionniers en ont donné bien d'autres pour qu'aujourd'hui le Leti, fasse travailler près de 1 800 personnes, dépose environ 300 brevets par an et ait servi de modèle aux Pôles de Compétitivité, et autres politiques de recherche en direction de l'économie.

L'apport à l'industrie et à l'économie

La liste est longue des entreprises qui on profité ou qui sont carrément nées de technologies du Leti : Looked (la compensation magnétique), Terraillon (le capteur de force), Sofradir (l'imageur infrarouge refroidi), Soitec (le SOI)... Les technologies et les salles blanches du Leti irriguent et nourrissent des PME, des Start-up et intéressent de plus en plus d'entreprises étrangères des nouvelles technologies.

Aujourd'hui il y a un peu de Leti dans nos portables, dans nos box, dans des appareils médicaux de pointe et de plus en plus dans les objets du quotidien! Des groupes comme "Pièces et main d'oeuvre" déplorent qu'il y en ait aussi dans des applications militaires et dans les outils qui peuvent être utiliser pour le contrôle des individus. Débat jamais tranché mais nécessaire entre la science et ses usages.

Rester pionnier pour l'avenir

L'avenir pour le Leti? C'est continuer avec le même esprit explique Marie-Noëlle Semeria, directrice depuis 2014, " C'est que les équipes soient pionnières dans les futures technologies de l'intelligence, tout ce qu'on entend au niveau de l'intelligence artificielle, du "Deep Learning", donc cette façon de combiner le calcul et la mémoire, et puis tout un ensemble de technologies de diversification : les imageurs, les écrans, la photonique qui permet des communications très rapides, les capteurs MEMs (microsystème électromécaniques)". Sans oublier ce qui fait aussi l'ADN du Leti ces dernières années, "l'augmentation des capacités de calcul en minimisant la consommation énergétique".

"Pour ça" souligne Marie-Noëlle Semeria "il faut garder l'état d'esprit start-up, qui fait qu'on ne satisfait jamais de l'existant, qu'on remet en cause, qu'on est toujours curieux, toujours enthousiaste". Et pour garder un coup d'avance il faut adapter les enseignements des anciens au monde d'aujourd'hui : "aller vite, avoir une base internationale, être partout. On passe beaucoup de temps aux États-Unis, en Asie pour capter tout ce qui se passe [dans les domaines de recherches]. Il faut être très présent dans les écosystèmes de start-up, aller dans les endroits où ça se passe, comme au CES par exemple (Salon de l'innovation électronique grand public à Las Vegas), et participer au mouvement et capter le retour des industriels qui nous montrent si on est dans le marché, si ce qu'on fait est intéressant, si il y a une technologie en rupture".