Économie – Social

A Dax, un jeune artisan transmet sa boucherie à un autre jeune artisan landais

Par Christophe Van Veen, France Bleu Gascogne mardi 14 novembre 2017 à 10:10

Morgan le repreneur et Quentin le repris
Morgan le repreneur et Quentin le repris © Radio France - Christophe Van Veen

Après six ans de sacerdoce à Dax, Quentin Courtel, passionné de boucherie, passe le relais. Au bord de l'implosion il y a un an, Quentin a su redresser la barre.

Quentin va mieux. Il y a un an, quand nous l'avions rencontré, le jeune homme élancé était épuisé, tout prêt de fermer son commerce. Moral en berne, physique cassé par le travail, l'homme, seul en caisse et à la découpe, écrivait sa colère et son désarroi, à la craie, sur de grandes ardoises aussi noires que son avenir de petit artisan. On pouvait lire "Plutôt crever que tromper", "Celui qui lutte n’est pas sûr de gagner, mais celui qui ne lutte pas est sûr de perdre" ou encore à destination des consommateurs "Engraisser ceux qui mentent et tuent depuis 35 ans ? Ou soutenir un jeune artisan honnête de 35 ans ?".

Sauvé par ses clients

Lors de notre visite en octobre 2016, dans ce quartier populaire de Dax, à la Torte, il faut bien reconnaître que nous n'avions pas été gênés par la présence de clients, malheureusement. Après notre reportage, l'article sur internet fut l'un des plus lus et partagés de 2016 à France Bleu Gascogne. C'est ainsi que le flamboyant boucher s'est sauvé.

Ce fut un coup de boost incroyable. J'allais fermer boutique, je n'avais même plus la force de me lever le matin, j'étais cassé physiquement et soudain le moral est reparti - Quentin Courtel

La personnalité de Quentin et son talent y sont pour beaucoup. Tout comme son engagement pour la qualité, pour les produits nobles, pour les races locales, au détriment des marges. Notre boucher rebelle, anti-supermarché, est reparti pour un an, avant de trouver un repreneur idéal, qui lui ressemble, hermétique aux bradeurs de bidoche.

Finies, les pancartes noires de colère ! - Radio France
Finies, les pancartes noires de colère ! © Radio France - Christophe Van Veen

Le repreneur idéal

Morgan, 26 ans, de Labatut, a parcouru la France pendant dix ans, pour apprendre son métier de boucher. Il a voulu tout connaître, et aujourd'hui il se met à son compte, dans ses Landes, avec le même crédo que Quentin : la qualité de la matière première et l'amour du travail bien fait. "Un courageux, qui n'a pas voulu aller à la facilité en bossant dans un supermarché", résume, admiratif, Quentin Courtel.

Bien sûr que la clientèle va dans les grandes surfaces. mais est-ce qu'elle va trouver le talent d'un artisan ? Un steak, ça sort pas comme ça "tout fait". Il faut de la viande de goût, et puis le travailler - Morgan Bouchez

Morgan Bouchez (puisque c'est son vrai nom) va débuter avant la fin du mois. Il va changer la déco, la présentation, les plats cuisinés proposés, mais pas l'exigence.

Les Garçons Bouchers

Après six ans sur le fil du hachoir, Quentin va prendre l'air avant de nouvelles aventures. Physiquement usé d'avoir porté de trop lourdes carcasses, il va devoir d'abord se refaire la cerise. Morgan a plein d'idées pour résister aux mastodontes qui l'encerclent. L'irréductible boucher gaulois va promouvoir les races locales, mais aussi amener des traditions de France , comme des choucroutes ou du savoir-faire lyonnais. La Boucherie de la Torte a de beaux restes. Mais ce sont les clients qui feront la différence, qui doivent eux-aussi s'engager en choisissant ce type de petit commerce de quartier.

Les deux bouchers, place de la Torte - Radio France
Les deux bouchers, place de la Torte © Radio France - Christophe Van Veen