Économie – Social

Aéroport de Bordeaux : les collectivités locales veulent éviter une éventuelle privatisation

France Bleu Gironde jeudi 5 mars 2015 à 15:21

Le hall d'arrivée à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac

La CCI et les collectivités territoriales craignent qu'à terme, l'aéroport de Bordeaux-Mérignac ne passe sous la coupe d'un opérateur privé. Ils ont annoncé ce jeudi la création d'un collectif pour défendre le maintien de l'aéroport dans le giron public, et demandent à l'État de leur céder une partie de ses parts.

Les élus locaux se mobilisent pour éviter un scénario à la toulousaine : ils s'inquiètent d'une possible privatisation un jour de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, comme cela s'est déjà passé à Toulouse, où pour 300 millions d'euros, un investisseur chinois est devenu le prinicipal actionnaire de l'aéroport.

Les opérateurs publics aquitains – villes de Bordeaux et Mérignac, Bordeaux-Métropole, le Conseil général et le Conseil régional, et Chambre de Commerce et d'Industrie – prennent une position commune : ils demandent à l'État de leur céder 10 % des parts du capital de la société qui gère l'aéroport, afin qu'ils deviennent majoritaires. Leur objectif est de garder la main sur la structure, même si le gouvernement décidait de faire rentrer des partenaires privés dans le tour de table.  

De gauche à droite : Alain Anziani, Alain Juppé, Pierre Goguet président de la CCI,  et Alain Rousset  - Radio France
De gauche à droite : Alain Anziani, Alain Juppé, Pierre Goguet président de la CCI, et Alain Rousset © Radio France
Les élus locaux expliquent avoir des arguments à faire valoir auprès du gouvernement. D'abord, disent-ils, l'aéroport de Bordeaux est bien géré, et "tous les clignotants sont au vert" . Le cap des 5 millions de voyageurs a été franchi, et la fréquentation a augmenté de de 7 % en 2014, la plus forte progression pour un aéroport non francilien.

Ils mettent aussi en avant l'outil de développement économique que constituent  l'aéroport et la zone d'actiivité aéroportuaire.

"12.000 emplois autour de l'aéroport, 6 milliards d'euros d'activité en comptant les retombées induites, est-ce qu'on peut laisser tout cela dans les mains d'un privé ? Ce n'est pas un aéroport comme un autre : on y essaie des avions militaires, on y répare des avions. Si demain on a un opérateur privé, nous n'aurons plus notre mot à dire, regardez ce qui se passe pour les autoroutes." — Alain Rousset, président PS de la Région Aquitaine.

"Nous souhaitons le maintien d'une maîtrise publique"

L'aéroport de Bordeaux-Mérignac présente donc un enjeu stratégique majeur, d'autant qu'il est le seul en France à être à la fois civil et militaire.

"Il accueille le commandement des forces aériennes, il accueille aussi le maintien en condition opérationnelle de tous les avions de nos armées, ce sont 3.000 militaires qui travaillent là, et cela justifie le maintien d'une maîtrise publique." — Alain Juppé, maire UMP de Bordeaux.

Pour l'instant, l'État est actionnaire à 60 %, la CCI détient 25 % des parts, le reste est aux mains des collectivités locales. La cession de 10 % des parts de l'État permettrait donc aux opérateurs locaux de rester majoritaires.

Dans la loi Macron, seul est autorisé le transfert au secteur privé de la majorité du capital des sociétés qui gèrent les aéroports de Lyon et Nice. L'aéroport de Bordeaux n'est pas mentionné. Mais les élus se souviennent d'un précédent il y a dix ans.

"C'est un vieux souci des services de l'État : ils lorgnent en disant tout cela pourrait nous rapporter gros. Oui, cela peut nous rapporter gros dans l'instant, mais ça peut nous faire perdre beaucoup dans les années qui viennent." — Alain Anziani, le maire PS de Mérignac.

Alain Juppé, Alain Rousset, Philippe Madrelle, Alain Anziani et Pierre Goguet, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux, ont écrit une lettre commune au Premier ministre Manuel Valls pour lui faire leur proposition. Ils attendent à présent sa réponse.

"Cet aéroport présente un véritable enjeu stratégique"