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Aéroport de Roissy : "Il faut interdire les licenciements pendant la crise sanitaire"

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Par , France Bleu Paris

L'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle tourne au ralenti depuis un an quasiment en raison de l'épidémie de Covid-19. Une situation qui inquiète les professionnels du secteur, les élus franciliens et les syndicats qui redoutent des milliers d'emplois supprimés.

François Asensi, le maire de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) demande l'interdiction des licenciements sur la zone de Roissy pendant cette crise sanitaire
François Asensi, le maire de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) demande l'interdiction des licenciements sur la zone de Roissy pendant cette crise sanitaire © Radio France - Hajera Mohammad

Entre 20.000 et 30.000 emplois risquent de disparaître sur la zone de Roissy-Charles-de-Gaulle, le premier aéroport français, à cause de la crise du Covid-19. Ces chiffres avancés par les syndicats et par certains spécialistes du secteur font craindre une catastrophe dans le secteur qui constitue l'un des poumons économiques de la région Île-de-France. 

Un aéroport qui tourne au ralenti

Hôtels, restaurants, loueurs de voitures, bagagistes, boutiques... depuis un an, l'aéroport tourne au ralenti avec plusieurs terminaux fermés et des avions qui restent cloués au sol. Au total, ce sont 90.000 emplois directs qui doivent supporter les conséquences de cette crise sanitaire, sans oublier les milliers d'emplois indirects chez les sous-traitants et les intérimaires.

Chômage partiel, PSE, licenciements économiques...

Il y a un an, Sébastien, 38 ans, était responsable digital dans une entreprise de produits duty-free. "Ce sont les cigarettes, l'alcool et les parfums que les stewards et hôtesses l'air vendent aux voyageurs dans les chariots à bord des avions", nous explique-t-il. Son entreprise dont 85% du chiffre d'affaires dépendait d'un contrat avec Air France, annonce en septembre dernier, qu'elle met la clé sous la porte. La compagnie aérienne n'ayant pas reconduit son contrat avec elle, impossible de tenir. Cinquante salariés sont licenciés pour cause économique, dont Sébastien qui avait 15 ans de boîte. 

Aujourd'hui, ce père de deux enfants est en congés de reclassement et suit une formation en marketing. "Ça faisait longtemps que j'y pensais et je reste optimiste de nature, je me dis que c'est l'occasion de progresser de faire autre chose". Pourtant, il le sait, il n'a aucune garantie de retrouver un emploi à l'issue de sa formation qui s'achèvera en juillet. Une formation rémunérée 1.700 euros nets contre un salaire de 2.200 euros auparavant

Surtout, c'est tout un mode de vie qui est remis en question. "Je vis dans l'Oise. Comme beaucoup de gens dans mon quartier, on a fait ce choix pour être proche de l'aéroport et parce que les loyers sont trop chers à Paris ou en région parisienne et là on se dit qu'il  va falloir peut-être se rapprocher de Paris pour trouver du boulot". 

"Il faut que l'État mette la pression"

Abderahim, lui, habite à Bondy en Seine-Saint-Denis. Il est bagagiste à Roissy depuis 22 ans. Son entreprise vient d'être placée en redressement judiciaire et sur les 430 emplois qu'elle compte, plus de 200 pourraient être supprimés. "On ne comprend pas. Ok, au début, il y a un an, on avait beaucoup moins de travail, mais l'été dernier on était quasiment à 100% d'activité et là on est à 60%, ce n'est pas catastrophique et on se dit que ça va repartir un jour pour de bon", assure-t-il. 

Alors pour ce quinquagénaire, son patron n'a aucune raison d'en arriver là, d'autant que l'État finance le chômage partiel des employés."Ces dispositifs ont été mis en place pour sauvegarder les emplois donc on peut les laisser en place jusqu'à ce que ça reparte et là, non, on veut tout stopper... c'est ça qui nous met le doute !" 

"Un effet d'aubaine pour certaines entreprises" selon la CGT

Le doute ou plutôt la même crainte, partagée par plusieurs salariés à Roissy : que leur entreprise profite de la crise sanitaire pour les licencier. Il y a aussi la colère pour certains de voir que les deux plus gros donneurs d'ordre, Air France et le groupe Aéroports de Paris (qui ont annoncé, eux aussi, des milliers de suppressions d'emplois) reçoivent des aides de l'État et se séparent malgré tout d'entreprises sous-traitantes avec qui ils travaillaient depuis des années. 

"Air France travaillait avec mon entreprise depuis 28 ans et là du jour au lendemain, le groupe ne renouvelle pas notre contrat, ça en dit long sur la manière de faire", déplore Sébastien qui a le sentiment que l'État a plus soutenu les "grands" de l'aéroport. "J'avais l'impression que mon patron était désemparé, démuni et qu'il n'a pas vraiment été aidé par rapport aux grandes entreprises". 

Abderahim, lui, pense que son entreprise profite de la crise sanitaire pour faire le ménage dans ses effectifs pour "repartir à zéro". Mais pour le bagagiste, ce n'est pas une manière de faire et "l'État devrait mettre la pression" pour éviter que des sociétés en profitent. 

Des milliers d'emplois risquent de disparaître à l'aéroport de Roissy - REPORTAGE

C'est l'avis aussi d'Eric Lamy, secrétaire général de la CGT Roissy qui rappelle que la majorité des sous-traitants sur la zone de Roissy dépendent principalement d'Air France et d'ADP. "On estime qu'un emploi supprimé chez eux, c'est entre trois et cinq emplois menacés chez  les sous-traitants". Alors, si ces deux groupes reçoivent des aides de l'État, en contrepartie, ils doivent s'engager à maintenir leurs contrats avec les sous-traitants, au moins le temps de la crise sanitaire, estime le syndicaliste. 

Éric Lamy, secrétaire général de la CGT Roissy
Éric Lamy, secrétaire général de la CGT Roissy © Radio France - Hajera Mohammad

"Un emploi chez Air France ou ADP, c'est 3 à 5 emplois dans la sous-traitance" - Eric Lamy, secrétaire général CGT Roissy

L'inquiétude des élus franciliens

Dans les 50 communes qui composent le bassin d'emploi du Grand Roissy-Le Bourget, les maires ne cachent pas leur inquiétude. En 2019, un emploi sur trois dans cette zone était lié à l'aéroport. En Seine-Saint-Denis, l'activité de la zone aéroportuaire représente 40% du PIB du département, rappelle François Asensi, le maire de Tremblay-en-France. Dans sa ville, près de 1.300 familles ont au moins un membre qui travaille sur Roissy. Les hôtels, restaurants et salons pâtissent du manque de voyageurs (d'affaire notamment) et tout cela a des conséquences sur les finances de la ville.

"Il faut interdire les licenciements"

"Nous avions 2 millions d'euros de recettes par an qui provenaient de la taxe de séjour des hôtels, là on aura 200.000 euros seulement", explique l'élu de gauche. Pour lui, une seule solution, radicale : "Il faut interdire les licenciements, je ne vois pas comment on peut faire autrement, quand on a un secteur comme ça, qui représente 40% de la Seine-Saint-Denis, il faut le protéger... imaginer 20.000 à 30.000 licenciements ? Ce serait une catastrophe !" Encore plus dans un département où le taux de chômage explose.

"Il faut interdire les licenciements" - François Asensi, maire de Ttremblay-en-France

7.000 emplois en moins d'ici mi-2021

François Brézot, le directeur général de Paris CDG Alliance, un groupement d'intérêt public qui rassemble des acteurs privés et publics du territoire, avance lui le chiffre de 20.000 à 25.000 emplois menacés. "Dès 2020, on a eu la non reconduction des CDD et intérimaires et un non remplacement des départs à la retraite" et "tous les secteurs sont touchés", assure-t-il. Près de 2.300 emplois ont déjà disparu en 2020 sur la zone et d'après les prévisions de Paris CDG Alliance, il y aura au moins 7.000 emplois en moins sur la zone aéroportuaire, d'ici mi-2021

"Une baisse de plus de 7.000 emplois d'ici mi-2021" - François Brézot, directeur général de PARIS CDG Alliance

Pour alerter sur ces suppressions d'emplois, la CGT organise une nouvelle marche pour l'emploi à Roissy, le jeudi 18 mars à 11 heures.

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