Économie – Social

Alstom : après le sauvetage du site de Belfort, le gouvernement accusé de "bricolage"

Par Géraldine Houdayer, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Besançon et France Bleu mardi 4 octobre 2016 à 20:19

Le gouvernement va sauver le site Alstom de Belfort grâce à la commande publique.
Le gouvernement va sauver le site Alstom de Belfort grâce à la commande publique. © AFP - Samuel Boivin

Pour sauver à tout prix l'usine Alstom de Belfort avant la présidentielle, le gouvernement a accéléré des commandes de trains, quitte à payer plus cher que nécessaire. Mais après ce sauvetage très politique, l’exécutif est critiqué et accusé de bidouillage.

Le gouvernement a dû se défendre, ce mardi 4 octobre, des accusations de "bricolage" lancées après l'annonce du plan de sauvetage du site Alstom de Belfort, qui passera par l'achat de TGV par l'Etat, pour les faire rouler à vitesse réduite. A moins de sept mois de l'élection présidentielle, François Hollande et Manuel Valls ont sans doute évité un nouveau Florange. Les élus locaux et les représentants syndicaux des salariés d'Alstom ont manifesté leur soulagement.

Les coûts supplémentaires pour l'Etat dénoncés

Mais ce plan improvisé en trois semaines, après l'annonce par Alstom du transfert en Alsace du site de Belfort, laisse entières les interrogations sur un Etat actionnaire et une politique industrielle jugés défaillants. La mesure la plus moquée est la commande anticipée par l'Etat, pour environ 500 millions d'euros, de 15 TGV voués à rouler sur des lignes traditionnelles, qui ne seront au mieux transformées en liaisons à grande vitesse qu'en 2025-2030, avec les coûts supplémentaires de fonctionnement que cela suppose.

"C'est pire que du bricolage, c'est du bricolage foireux" - Nicolas Bouzou, économiste

"C'est pire que du bricolage, c'est du bricolage foireux", a déclaré à l'agence Reuters l'économiste Nicolas Bouzou, selon qui même "les soviétiques n'auraient pas investi 500 millions d'euros pour faire rouler des TGV à 200 km/h".

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Les dirigeants de l'opposition, candidats à la primaire de droite pour la présidentielle en tête, s'en sont donné à cœur joie. L'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy a ainsi estimé que cette "commande plus ou moins artificielle" repoussait les échéances sans régler le problème structurel d'Alstom à Belfort.

Le co-fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a été plus sévère encore : "Le rafistolage frôle le ridicule : à quoi cela rime-t-il d'acheter 15 rames TGV pour les faire circuler sur des lignes Intercités que le gouvernement veut fermer ou abandonner aux régions pour 75% d'entre elles ?" Et d'estimer que les annonces gouvernementales sur le site de Belfort n'ont qu'un but : "Eviter cyniquement sa fermeture avant l'élection présidentielle."

Interpellé à l'Assemblée nationale, le Premier ministre a reproché à ceux qui accusent le gouvernement de "bidouillage" d'être les mêmes qui lui reprochaient il y a quelques jours de ne pas jouer son rôle d'actionnaire à 20% d'Alstom. "Ça n'est en rien du bricolage, c'est de la stratégie, a-t-il dit. Nous assumons le rôle de l'Etat stratège. Nous, nous assumons le rôle des services publics."

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