Économie – Social DOSSIER : Alstom Transport : quel avenir à Belfort ?

Alstom Belfort est-il le nouveau Florange ?

Par Cécile Soulé, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu mercredi 14 septembre 2016 à 8:36

Tractage de la CGT devant l'usine à chaud d'ArcelorMittal Florange
Tractage de la CGT devant l'usine à chaud d'ArcelorMittal Florange © Radio France - Cécile Soulé

Pour beaucoup d'observateurs, Alstom Belfort n'est pas le nouveau Florange. En tout cas, sur le site sidérurgique mosellan où travaillent encore 2.000 salariés, nombreux sont ceux qui se sentent encore trahis par les promesses de François Hollande d'essayer de nationaliser les hauts fourneaux.

A sept mois des élections présidentielles, la quasi fermeture annoncée du site historique d'Alstom à Belfort est vécue comme un nouveau Florange. La fermeture des hauts-fourneaux d'Arcelor Mittal Florange avait été actée en décembre 2012 et 629 sidérurgistes ont perdu leur travail. Ils ont malgré tout été reclassés dans l'entreprise qui emploie encore 2.000 salariés (dans la cockerie, le train à chaud et l'usine à froid) où ils transforment l'acier en emballage et tôle pour l'automobile et le bâtiment.

Alstom n'est pas le nouveau Florange" - Xavier Le Coq, CFE-CGC

Alstom à Belfort, est-ce le nouveau Florange ? Non, il y a beaucoup de différences affirme le délégué national du syndicat CFE-CGC, Xavier Le Coq, qui siège aussi au conseil national de l'industrie : "L'Etat est actionnaire à 20% d'Alstom, ce qui n'était pas le cas avec ArcelorMittal, l'Etat et les collectivités territoriales sont des clients d'Alstom alors que le gouvernement n'avait pas moyen d'influer sur le carnet de commande d'ArcelorMittal. Et puis le calendrier électoral est plus favorable à Alstom".

Ce mardi 13 septembre, François Hollande a annoncé sa venue "dans les prochaines semaines" à Florange, pour inaugurer dans la commune voisine d'Uckange le centre de recherche publique sur la sidérurgie. Une visite pour montrer que le chef de l'Etat n'est pas resté inactif malgré sa promesse d'essayer de nationaliser les hauts-fourneaux. A Florange, en tout cas, beaucoup se sentent encore trahis par le président de la République.

François Hollande ? Qu'il reste où il est !" - des salariés d'ArcelorMittal

Devant l'usine à chaud où les haut-fourneaux sont à l'arrêt, ces sidérurgistes attendent François Hollande de pied ferme : "Qu'il reste où il est, il nous a menti !". Les 629 salariés des hauts fourneaux ont été reclassés. Malgré tout, depuis quatre ans, 800 emplois ont disparu, avec des primes incitatives au départ en retraite. Et la CGT, qui tracte devant l'entrée de l'usine, s'inquiète d'une nouvelle baisse des effectifs. Le syndicat avance le chiffre de 300 emplois supprimés à Florange à l'horizon 2020. La direction répond qu'il n'est pas question de suppressions de postes mais du nombre de personnes qui partiront à la retraite d'ici 2020. En contrepartie, elle promet d'embaucher mais sans en préciser le nombre.

ArcelorMittal Florange n'est pas mort" - François Pagano, CGC

Philippe Tarillon, l'ancien maire socialiste de Florange, a payé également la promesse de nationaliser le site, il a perdu son fauteuil en 2014. Lui aussi est amer : "Cette solution ne garantissait pas tout mais était porteuse d'espoir. Son abandon a beaucoup déçu, il ne faut pas se raconter d'histoires".

A Florange, d'autres sont optimistes sur l'avenir du site qui emploie encore 2.000 CDI. François Pagano représente la confédération générale des cadres : "ArcelorMittal Florange n'est pas mort ! L'usine a encore un bel avenir, le site a des carnets de commande". Et la direction d'ArcelorMittal rappelle que 190 millions d'euros sont investis sur place, plus que prévu, que 100 personnes ont été embauchées l'an dernier. Des arguments relayés par François Hollande mais rien n'y fait. Pour beaucoup, Florange reste le symbole d'un échec.

VOIR AUSSI : l'invité de France Bleu Lorraine, Laurent Commaille, maître de conférence à l'université de Lorraine, spécialiste de l'histoire des entreprises et de la sidérurgie.

Laurent Commaille différencie lui aussi le cas d'Alstom Belfort de celui d'ArcelorMittal à Florange. La logique est différente explique-t-il, parce qu'il s'agit, avec Alstom, d'une entreprise française, dans laquelle l'Etat est actionnaire : "Il y a plus d'espoir." Pourtant, Laurent Commaille reconnaît en même temps que s'adresser à l'Etat est "une illusion (...) on est dans une logique de concurrence" à l'échelle internationale.

Laurent Commaille différencie le cas d'Alstom Belfort de celui d'ArcelorMittal à Florange.