Économie – Social

Antenne toujours perturbée à France Bleu Roussillon au 8e jour de grève

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon jeudi 26 mars 2015 à 17:44

Les locaux de France Bleu Roussillon à Perpignan
Les locaux de France Bleu Roussillon à Perpignan © Mathieu Ferri / Radio France

Une partie des salariés de France Bleu Roussillon est en grève depuis une semaine, un mouvement national à Radio France qui perturbe fortement les programmes. Les inquiétudes portent sur l'emploi et la régionalisation de certaines émissions.

Les programmes de France Bleu Roussillon sont très perturbés depuis une semaine maintenant en raison d’un mouvement de grève à l’appel de plusieurs organisations syndicales, CGT, CFDT, SUD, FO SNFORT et UNSA qui concerne l’ensemble du groupe audiovisuel Radio France (France Inter, France Info, France Bleu, France Culture, FIP, Mouv’ ainsi que les orchestres).Aucune matinale n’a pu se dérouler normalement depuis jeudi 19 mars, certains rendez-vous d’information ont été assurés, à minima, sans reportage la plupart du temps, et l’essentiel des programmes a été remplacé par un flux musical . La retransmission du match des Dragons Catalans vendredi dernier contre Hull FC n’a pas été assurée, la soirée électorale pour le premier tour des élections départementales a été annulée, tout comme la matinale "résultats des élections" lundi 23 mars.

Les programmes s’annoncent encore très aléatoires pour  les prochains jours si aucun accord n’intervient d’ici là, pas d’émission de rugby à XIII ce jeudi soir, pas de retransmission du match des Dragons contre Leeds samedi, pas de retransmission du match de l’USAP contre Pau , dimanche, pas de soirée électorale pour le deuxième tour des élections départementales dimanche soir.

Les émissions quotidiennes sont également très perturbées, pas de "Grande Affiche" pour annoncer les manifestations dans le département des Pyrénées-Orientales le matin, pas de jeu de la « Grande Cargolade » ,  pas ou peu d’émission « Cette Année-là » , l’après-midi. Le rendez-vous des "Philous" entre 17h et 18h a également été annulé quasiment tous les jours.La grève est suivie chaque jour par 10 à 15 % du personnel qui s’organise à tour de rôle pour perturber au maximum l’antenne. Ce sont tour à tour les techniciens, les animateurs ou le régisseur qui cessent le travail.

"Un poste qui disparait, c'est moins de proximité avec les auditeurs."

  • David Rochier, délégué du personnel

Les inquiétudes sont multiples. Elles portent essentiellement à France Bleu Roussillon sur l’emploi et la suppression de certains programmes locaux, remplacés par un programme régional.

David Rochier, délégué du personnel à France Bleu Roussillon et porte parole des grévistes : "Aujourd’hui la direction travaille sur un plan social qui vise à se séparer de 200 à 300 salariés de Radio France avec un plan de départs volontaires qui vise les séniors, ça représente quasiment 10% des effectifs de Radio France. C’est une grosse inquiétude pour nous, car ici à France Bleu, cela signifie beaucoup moins de moyens pour assurer notre mission de service public puisque nous serons moins nombreux. Ici à Perpignan, on a des inquiétudes sur un poste qui pourrait disparaître, un salarié qui pourrait bénéficier de ce plan de départ volontaire, et qui ne serait pas remplacé, on pourrait par exemple avoir un animateur en moins.

"Enlever un salarié, cela signifie que nos programme seront moins riches, on pourra faire moins de reportages et puis aussi on craint une régionalisation de certains programmes qui seraient fait en début d’après-midi depuis Montpellier au lieu d’être fait ici à Perpignan au plus près de nos auditeurs.

"On a déjà fait des gros efforts pour faire des économies depuis cinq ans."

"Toute la force du réseau France Bleu c’est que les animateurs vivent dans le pays dont ils parlent, donc ils le connaissent. Nous, on vit en Pays Catalan et on connaît le Pays Catalan, on le vit, on est d’ici et on parle d’ici. Si c’est fait à Montpellier, y a plus cette proximité et toute la force du réseau France Bleu c’est d’être proche des gens, quand on parle d’une route barrée, on sait exactement où se trouve cette route, quand on parle d’un accident on a presque la carte postale de l’endroit dont on parle et ça change énormément la manière de faire la radio.

"Il y  a des économies à faire, on en est conscients et l’équipe de France Bleu Roussillon a déjà fait des économies depuis 5 ans, toutes les équipes de Radio France ont fait des efforts pour faire économies, on ne gaspille pas l’argent.  Par exemple, ici à Perpignan quand des salariés sont en vacances  ou en maladie, ils ne sont pas forcément remplacés pour faire des économies de CDD car l’enveloppe des CDD a diminué de 25 % sur ces cinq dernières années.

"L’Etat a diminué sa dotation, et du coup, pour la première fois Radio France est en déficit et c’est une première depuis la création de Radio France, depuis 40 ans et du coup aujourd’hui c’est aux salariés de payer ce désengagement de l’Etat alors que depuis 5 ans nous faisons déjà énormément d’efforts."

"La rénovation du bureau du PDG c'est choquant, mais ce n'est pas le motif de la grève."

"La rénovation du bureau du PDG de Radio France à 100 000 euros c’est choquant, tous les Français sont choqués et d’ailleurs le PDG a reconnu qu’il aurait différer cette dépense et il s’est excusé. C’est un gaspillage outrancier dans cette période où on doit gérer au mieux l’argent public, mais ce n’est pas la motivation première de la grève. La motivation c’est de défendre l’emploi à Radio France et de défendre cet outil formidable qu’est Radio France et qui rencontre en plus l’adhésion du public. France Bleu Roussillon est première radio du département avec près de 80 000 auditeurs quotidiens. C’est le résultat d’un travail quotidien dans la proximité et c’est parce qu’on est proche des gens qu’on a ce succès d’audience et que les gens se reconnaissent dans France Bleu Roussillon et nous on veut garder ces moyens pour faire de la bonne radio de service public." "Cette grève a aussi pour but de faire pression sur le gouvernement , car l’Etat n’a pas tenu ses promesses de financement. Nous, les économies on les a déjà faites, on ne fonctionne plus à Radio France comme il y a 40 ans, donc les salariés de Radio France ne sont pas un problème, ils sont la force de Radio France et on demande à l’Etat de donner l’argent nécessaire au fonctionnement de Radio France tel que c’était prévu dans ses engagements » Du côté de la direction du groupe Radio France, on explique que les négociations se poursuivent avec les syndicats, avec déjà des avancées, la direction a renoncé à l’externalisation du service propreté de la Maison de la Radio à Paris. « Une personne qualifiée » indépendante a été nommée pour participer à la réflexion sur les formations musicales (Radio France possède deux orchestres).

Grève à Radio France / Rochier

"J'ai entendu l'exaspération, et l'inquiétude des salariés"

  • Mathieu Gallet, PDG de Radio France

Le PDG de Radio France, Mathieu Gallet a adressé un courrier aux salariés lundi matin, au cinquième jour de grève, dans lequel il souhaite rassurer le personnel :

"S’il m’est difficile de donner des informations précises sur l’état de ces discussions, dans l’attente de la stabilisation du budget global pour les prochaines années, je sais combien cette attente est longue et source d’inquiétude . Mais je tiens à vous assurer de ma mobilisation pour défendre nos missions de service public, pour privilégier des mesures d’accompagnement aux départs volontaires et éviter tout départ contraint.

"J’ai également entendu l’exaspération et l’inquiétude que suscitent le projet de réhabilitation et ses conséquences sur le travail quotidien des équipes et sur l’équilibre financier de l’entreprise. Aussi, j’ai décidé de proposer un moratoire sur la rénovation des studios moyens et de désigner dans les prochains jours une personnalité extérieure afin de procéder à une expertise approfondie sur l’état actuel du programme de réhabilitation et les modalités de son achèvement dans les meilleures conditions possibles pour les collaborateurs et dans les délais les plus brefs.

"Je sais que personne ne souhaite engager l’entreprise dans un conflit dommageable pour l’entreprise et pour la relation de confiance qui nous lie à nos auditeurs et à nos publics alors que nos audiences rencontrent des résultats très encourageants. Aussi, j’ai travaillé avec l’équipe de direction sur de nouvelles propositions à destination de vos élus. J’espère que ces discussions pourront aboutir afin de rétablir le dialogue social et être à nouveau en mesure d’assurer pleinement nos missions.".