Économie – Social

Après une fausse couche au travail, une caissière de La Courneuve licenciée pour faute

Par France Bleu et Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu jeudi 27 octobre 2016 à 21:17 Mis à jour le jeudi 27 octobre 2016 à 21:30

Ayele (à droite), devant le magasin O'marché Frais
Ayele (à droite), devant le magasin O'marché Frais © Radio France - Rémi Brancato

Le 8 juin dernier, Ayele, caissière de 33 ans et enceinte de 4 mois, a perdu son enfant en travaillant dans le supermarché O'marché frais de La Courneuve. Elle a ensuite été licenciée pour faute début octobre, un mois après son retour au travail. Ses soutiens se sont rassemblés ce jeudi.

Ayele travaille au supermarché O'Marché Frais de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, depuis son ouverture en avril 2015. Le 8 juin 2016, cette caissière de 33 ans, enceinte de 4 mois, a perdu son bébé. Une fausse couche au travail. "Quand j'étais enceinte, malgré le certificat fourni à la direction, il fallait aller vite, très vite, et à la caisse, il y a des charges lourdes comme des pastèque de 10 kilos" raconte-t-elle. "Ce jour-là, j'étais debout, je portais les choses, je voulais aller très vite, j'ai posé une pastèque sur la balance et j'ai senti le liquide amniotique couler et des contractions" ajoute-t-elle encore, les larmes aux yeux.

"Ce jour-là, je voulais aller très vite", raconte Ayele

"Il faut demander l'autorisation pour faire pipi!"

Ce jeudi 80 personnes sont venues la soutenir devant le magasin, à l'appel de la CGT et d'associations féministes. Devant eux, Ayele n'a pas mâché ses mots : "Les conditions de travail, c'est aberrant, à chaque fois il faut demander l'autorisation de faire pipi, j'étais là, enceinte, je faisais pipi sur moi, c'est inhumain!"

Au début du mois d'octobre la direction lui a signifié son licenciement pour faute, pour "des erreurs de caisse de 30 euros" cumul de plusieurs jours de "petites fautes par-ci par-là de 10 centimes, 20 centimes". Mais pour Ayele, ce licenciement est directement lié à la fausse couche du mois de juin.

Les soutiens de la caissière se sont rassemblés ce jeudi, Rémi Brancato

Une vingtaine de dossiers aux prud'hommes

La jeune femme est soutenue notamment par la CGT, qui dénonce un "climat de peur assez impressionnant" dans le magasin, selon les termes de Murielle Wolfers, la secrétaire de l'union locale, à La Courneuve. "On a vu arriver au moins 25 salariés qui disent travailler la boule au ventre" raconte-t-elle. Comme pour Ayele, elle assure avoir saisi les prud'hommes pour une vingtaine de dossiers de salariés de ce supermarché. Une pétition a aussi été mise en ligne pour soutenir la caissière. Jeudi soir, elle avait déjà recueilli plus de 5.000 signatures.

La direction de l'établissement n'a pas voulu répondre a nos questions. Elle aurait accepté un rendez-vous dans les prochains jours avec les syndicats pour évoquer la situation.

Partager sur :