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Économie – Social DOSSIER : Les papeteries Arjowiggins dans la tourmente

Liquidation judiciaire d'Arjowiggins : 700 emplois rayés de la carte en Sarthe

vendredi 29 mars 2019 à 10:22 - Mis à jour le vendredi 29 mars 2019 à 17:58 Par Bertrand Hochet, Alexandre Chassignon et Julie Le Duff, France Bleu Maine et France Bleu

C'est désormais officiel : le tribunal de commerce de Nanterre prononce la liquidation de la papeterie Arjowiggins de Bessé-sur-Braye. A Saint-Mars-la-Brière, la PME sarthoise CGMP reprend un peu moins de la moitié des salariés. Au total, 700 emplois sont supprimés en Sarthe.

La papeterie Arjowiggins représente près de 600 emplois à Bessé sur Braye. De nombreux salariés se sont réunis sur le site ce vendredi 29 mars 2019, à l'invitation de la direction
La papeterie Arjowiggins représente près de 600 emplois à Bessé sur Braye. De nombreux salariés se sont réunis sur le site ce vendredi 29 mars 2019, à l'invitation de la direction © Radio France - Alexandre Chassignon

Bessé-sur-Braye, France

Les quelque 600 salariés de l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye ne se faisaient plus beaucoup d'illusion depuis le début de la semaine. La décision couperet est tombée en fin de matinée à Bessé-sur-Braye, confirmant l'annonce officieuse faite un peu plus tôt par la direction : leur usine est placée en liquidation judiciaire. A Saint-Mars la Brière, l'autre site sarthois d'Arjowiggins, une partie des emplois est sauvée grâce à la PME sarthoise CGMP. Au total, 700 emplois sont supprimés dans le département. La troisième société de Greenfield à Château-Thierry (Aisne, 75 salariés) est entièrement reprise. 

568 emplois supprimés à Bessé, 133 à Saint Mars la Brière  

A Bessé sur Braye, après l'officialisation, les larmes longtemps retenues ont coulé. Les salariés sont partis faire quelques courses pour pouvoir déjeuner ensemble. "On est sonné, on ne réalise pas", a confié le maire Jacques Lacoche au reporter de France Bleu Maine sur place. Arjowiggins est - de très loin - le premier employeur industriel à au moins 30 kilomètres à la ronde : c'est tout un bassin de vie qui est concerné, en Sarthe mais aussi dans le Loir-et-Cher tout proche.   

Christophe Garcia, secrétaire du CE, annonce le jugement de liquidation judiciaire aux salariés réunis dans la cour de l'usine le 29 mars - Radio France
Christophe Garcia, secrétaire du CE, annonce le jugement de liquidation judiciaire aux salariés réunis dans la cour de l'usine le 29 mars © Radio France - Alexandre Chassignon

A Saint-Mars-la-Brière, les salariés de l'usine du Bourray ont appris la reprise du site par l'entreprise familiale sarthoise CGMP. Céline Bourdin, présidente de CGMP, fait part de sa "fierté mêlée de tristesse pour les salariés qui ne seront pas repris." Son offre prévoit la reprise de la partie "ouate" de l'usine soit 117 salariés sur 250.   

Sur le site, ce vendredi après-midi, quelques salariés se sont retrouvés. Certains sont venus récupérer leurs affaires dans leur casier, avant même de recevoir la lettre de licenciement. 

Des salariés du Bourray se sont retrouvés sur le site ce vendredi, certains récupérant leurs affaires. - Radio France
Des salariés du Bourray se sont retrouvés sur le site ce vendredi, certains récupérant leurs affaires. © Radio France - Boris Hallier

Les machines du secteur ouate de l'usine du Bourray redémarreront dès lundi promet Céline Bourdin. 

Au total, ce sont donc 700 emplois directs qui sont rayés de la carte en Sarthe, sans compter les conséquences pour les sous-traitants mais aussi la vie locale.   

L'offre de la dernière chance n'a pas abouti 

La semaine qui s'achève a été marquée par une course contre la montre pour tenter de sauver la papeterie de Bessé-sur-Braye. Lundi, les employés ont appris que le candidat norvégien à la reprise n'avait plus donné de nouvelles depuis la dernière audience du tribunal de commerce. L'actuel directeur de l'usine, accompagné de plusieurs cadres, avait alors finalisé un projet d'offre de reprise partielle qui aurait permis de conserver un tiers de emplois (environ 200). Mais les financements nécessaires (plus de 12M€) n'ont pas été réunis. Les régions Centre Val-de-Loire et Pays de la Loire étaient prêtes aider l'entreprise en fournissant la moitié de la somme nécessaire. Mais pour cela il fallait - comme le prévoit la loi - que le financement privé soit d'abord assuré.

Le soutien des collectivités

"Le premier sentiment que je ressens est une colère froide" indique le président du conseil départemental Dominique Le Mèner dans un communiqué. "C’est une décision profondément anti-économique, anti-sociale et anti-environnementale. Une décision inhumaine, déconnectée des réalités". Dominique Le Mèner poursuit : "Le Département est aux côtés de tous les habitants du territoire et continuera d’agir avec le Conseil Régional pour faire face à cette situation dramatique". 

La présidente de la Région Pays de la Loire évoque "un drame pour les centaines de salariés, leurs familles et tout un territoire". Elle assure que la région mobilisera "tous ses moyens, en complément de ceux de l’Etat, pour répondre immédiatement aux besoins de formation professionnelle et de mobilité des salariés Arjowiggins, afin qu’ils retrouvent un emploi dans les plus brefs délais". Elle promet la mise en place d'"un plan d’urgence exceptionnel" pour le bassin de Bessé-sur-Braye. Ces mesures exceptionnelles seront présentées en détail dès le début de la semaine prochaine.

La députée socialiste Marietta Karamanli évoque "une défaite pour l’outil industriel et nos territoires" et va continuer d'accompagner les salariés. Le site du Bourray se trouve sur sa circonscription. 

Pascale Fontenel-Personne, la députée LRM de la 3e circonscription (où se trouve l'usine de Bessé-sur-Braye), fait également part de sa colère après l'officialisation de la liquidation judiciaire. Avec les emplois indirects en sarthe et Loir-et-Cher, ce sont 1800 personnes qui sont concernées. Elle veut continuer à défendre le projet porté par les salariés de Bessé pour préserver le savoir-faire sarthois en matière de papier recyclé. 

Stéphane Le Foll, maire du Mans et président de Le Mans Métropole, parle d'une "décision incompréhensible" et juge "déplorable que des solutions de reprise ou la mobilisation de capitaux privés n’aient pu être obtenues, compte-tenu de l’impact d’une telle décision sur l’emploi [du] département". Il assure que "Le Mans Métropole se mobilisera pour apporter son soutien aux salariés de l’entreprise, et pourra s’associer notamment au plan d’urgence exceptionnel mis en œuvre par la Région des Pays de la Loire. Le Mans Métropole mettra en œuvre toutes les pistes possibles pour aider les salariés des bassins d’emploi de Bessé-sur-Braye et Saint-Mars la Brière".

Bercy "prend acte" et promet le soutien de l'Etat pour accompagner et reclasser les salariés

Dans un communiqué, Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances "prennent acte de la décision de liquidation du site industriel de Bessé-sur-Braye" et "expriment leur solidarité et apportent leur plein soutien aux salariés de l’usine et à leurs familles".

Déplorant que l'ultime offre de reprise n'ait pu aboutir faute de financements privés (la loi oblige à un financement privé à hauteur de 50% pour pouvoir débloquer le financement public), les ministres assurent que "l’Etat sera aux côtés des collectivités locales pour accompagner et reclasser les salariés".