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Économie – Social

Arkéa : la parole des salariés qui doutent

jeudi 17 mai 2018 à 5:55 Par Benjamin Bourgine, France Bleu Armorique et France Bleu Breizh Izel

Ils seront plus de 5500 aujourd'hui entre la Bastille et Bercy. Une manifestation inédite, de soutien au projet de leurs dirigeants. Mais dans ce flot de communication très orchestré, France Bleu vous propose de découvrir ce que pensent les salariés consultés anonymement sur la situation d'Arkéa.

Le siège du Crédit Mutuel Arkéa, au Relecq-Kerhuon
Le siège du Crédit Mutuel Arkéa, au Relecq-Kerhuon © Radio France - Benjamin Bourgine

Brest, France

Depuis le début du conflit entre Arkéa et la Confédération du Crédit Mutuel, il n'a jamais été facile de recueillir un témoignage au micro. Même les délégués syndicaux hésitent à prendre la parole "par peur de représailles", "pour ne pas s'exposer", ou "parce qu'on en prend tous les jours plein la gueule" disent-ils sans détour. Contraste, déjà avec l'enthousiasme et la bonne humeur déployés sur les réseaux sociaux par les soutiens de l'indépendance. 

Témoignages anonymes, mais instructifs

Pour comprendre un peu plus le conflit, vu de l'intérieur, France Bleu fait le choix de vous proposer de lire ce que disent les salariés de l'entreprise, qui n'ont pas été consultés dans le vote interne du mois de mars (ce sont les administrateurs, non-salariés de l'entreprise, qui ont pris part à ce vote). 

Ces témoignages, recueillis par un syndicat, la CFDT, dans un sondage anonyme, ont le mérite de faire entendre des voix différentes, et de mettre des mots sur ce qui a déjà été évoqué plusieurs fois par les représentants du personnel, à savoir que le flou du projet (comment quitter le Crédit Mutuel et rester mutualiste ? Le code monétaire ne le permet pas à ce jour) entraine des incertitudes et de la tension dans les équipes. Beaucoup aimeraient de l'apaisement et un compromis. Et la pression exercée sur certains salariés pour les inciter à se rendre à Paris a été bien réelle, à lire certains témoignages éloquents.

Je ne veux pas me faire remarquer comme LA personne responsable de l'ouverture de la caisse locale - un salarié anonyme

La manifestation à Paris, justement, soutenue, notamment financièrement, par la direction. A ce propos, on peut lire ceci : "je m'y sentais fortement contrainte" dit cette salariée ; "une liste de participants est effectuée, on sait qui y va et qui n'y va pas, je préfère me noyer dans la masse" dit un autre ; 3e extrait : "je ne veux pas me faire remarquer comme LA personne responsable de l'ouverture de la caisse locale ce jour-là". "Je soutiens le Crédit Mutuel Arkéa mais je dénonce la méthode" ; ou encore "Pression très forte de manière insidieuse sur l'ensemble des équipes". Voilà des "motivations" pour défiler à Paris qui contrastent un peu avec l'enthousiasme tout de rouge vêtu affiché sur les réseaux sociaux. Sur les personnes qui ont répondu, environ 10% estime se rendre à Paris après une forme de pression (hiérarchique ou de collègues).

Pas tendres avec les administrateurs des caisses

A propos des administrateurs, qui ont voté à plus de 94% pour l'indépendance, là-aussi, les propos anonymes sont percutants. "Les administrateurs ont-ils tous les éléments du dossier en leur possession ?" ; "ils sont tellement peu informés sur les avantages et inconvénients de l’indépendance, et les votes à main levée n’arrangent rien" ; un salarié ose même "ils suivent comme des moutons les décisions de nos grands dirigeants" ça donne un peu le ton de l'amertume de certains. Là-aussi, précisons que les votes à main levée sont réguliers d'après les textes qui régissent les prises de décisions des caisses locales. Sauf si quelqu'un faisait la demande d'un vote à bulletins secrets.

Inquiétudes sur le projet

En conclusion, la CFDT écrit :  "même si une personne nous reproche d’être “partial” dans ce débat, _les autres commentaires soulignent le flou du projet_, critiquent le manque d’informations objectives, la manipulation d’opinion et le manque de liberté d’expression. Beaucoup ont le sentiment d’être instrumentalisé pour défendre les intérêts personnels de nos dirigeants." Un constat sans doute sévère, mais qui se retrouve dans des témoignages directs.

Différences territoriales

Précisons également que ce sondage a été réalisé dans un département breton, mais pas le Finistère. On voit, là aussi, une forme de fracture, entre la pointe bretonne, très remontée, avec une majorité de salariés très motivés derrière l'idée de l'indépendance, mais, à mesure que l'on s'éloigne géographiquement du siège, au Relecq-Kerhuon, ce n'est plus la même mayonnaise. Déjà, le vote des administrateurs laissait entrevoir une différence entre les caisses finistériennes et les autres, plus à l'Est de la Bretagne. Même chose chez les politiques : tous les députés du Finistère, par exemple, ont signé une lettre soutenant le projet des dirigeants. Ailleurs en Bretagne, d'autres élus, même dans la majorité, font part de leurs doutes.

La manif parisienne, en pratique :

A suivre aujourd'hui : manifestation des salariés du Crédit Mutuel Arkéa à Paris. De Bastille à Bercy, entre 13h et 16h. Prises de parole de représentants du collectif, mais aussi d'élus, et de chefs d'entreprise de la pointe bretonne.