Économie – Social DOSSIER : Alstom Transport : quel avenir à Belfort ?

Belfort : les commerçants divisés pour l'opération ville morte

Par Hugo Flotat-Talon, France Bleu Belfort-Montbéliard et France Bleu vendredi 23 septembre 2016 à 18:16 Mis à jour le samedi 24 septembre 2016 à 12:16

Les commerçants indépendants sont nombreux à fermer entre 14h et 15h ce samedi.
Les commerçants indépendants sont nombreux à fermer entre 14h et 15h ce samedi. © Radio France - Hugo Flotat-Talon

Alors qu'une grande manifestation pour demander le maintien du site Alstom de Belfort aura lieu à Belfort ce samedi 24 septembre, les commerçants sont appelés à baisser leur rideau pendant une heure. Si les commerces indépendants devraient jouer le jeu, ce ne sera pas le cas de tout le monde.

Belfort, ville morte, pendant une heure. C'est l'idée lancée par la municipalité belfortaine ce samedi. Pour montrer leur solidarité avec les 480 salariés d'Alstom dont le site est menacé de fermeture, les commerces sont invités à baisser leur rideau de 14h à 15h ce samedi. Au même moment, se déroulera une manifestation dans les rues de la ville, organisée par les élus et les syndicats, avec les ouvriers Alstom en tête de cortège. "Ce doit être l'union sacrée", disent les élus locaux de tous bords. Mais coté commerçants, la réalité semble bien différente.

Depuis plusieurs jours, ils sont nombreux à afficher l'appel à la manifestation de ce samedi sur leurs vitrines. Á l'image de Bernard Jacoutot, le patron de Pause Musical dans le Faubourg des Ancêtres, les commerçants indépendants baisseront pour la plupart leur rideau ce samedi. "C'est de la solidarité, c'est normal", explique-t-il. "En plus, avec les suppressions d'emplois qui se multiplient, on va finir par souffrir aussi." Mais les patrons et serveurs de café et restaurants sont parfois embarrassés à l'idée de devoir fermer leur commerce. "C'est dur de vider une terrasse, comme ça en plein après-midi", confie un serveur belfortain. "Et puis ce sont les élus qui vont remplir nos caisses ?", questionne un patron de bar un peu agacé.

"La direction refuse qu'on ferme"

Dans les commerces de service, beaucoup baisseront donc le rideau, pour l'image, sans pour autant tout arrêter. "C'est compliqué un samedi, on a des rendez-vous et on ne va pas mettre les clientes sur le trottoir avec une couleur sur la tête", explique Victoria Sebaut, coiffeuse dans le Faubourg des Ancêtres. Reste les grandes enseignes, gérées depuis Paris, pour qui Alstom ne doit pas être un frein aux affaires. "On a demandé à notre direction, mais on se doutait qu'elle ne voudrait pas", confie une salariée d'une grande chaîne de vêtements. Elle et ses collègues fermeront donc leurs portes, couperont la musique du magasin, mais ont interdiction de fermer le magasin totalement une heure. "Rien n'arrête ces grandes chaînes, ils ne pensent qu'à leurs profits", s'agace une commerçante de la galerie du Faubourg, dans la rue piétonne. Dans le centre commercial, on ne fermera pas ce samedi.

Affiches collées malgré les interdictions

Ces décisions diverses agacent certains commerçants. Comme le raconte certains, les discussions entre confrères ont parfois été agitées. "Ils verront à Noël, si les chômeurs ne viennent plus dans nos magasins, ils se diront peut-être qu'on aurait du faire autrement", s'énerve une commerçante. "D'autres espèrent faire des affaires avec les manifestants, après le défilé, c'est vous dire l'état d'esprit de certains", confie une autre vendeuse. Restent que certains salariés qui ne pourront pas fermer boutiques ne baissent pas les bras. "On décolle les affiches quand des membres de la direction viennent en visite, puis on les remet par la suite", sourit une salariée. "On aide comme on peut, à notre échelle".

Le parcours de la manifestation en lien avec l'opération ville morte. - Radio France
Le parcours de la manifestation en lien avec l'opération ville morte. © Radio France - Hugo Flotat-Talon