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Économie - Social

Bloqués par la grève dans les ports, certains bateliers sont "au bord du gouffre"

Après une nouvelle opération "ports morts" lancée ce mardi 14 janvier par la CGT Ports&Docks, plusieurs bateliers sont au chômage technique sur la Seine, et ne peuvent pas décharger leurs livraisons. À Rouen, certains patientent, comptent les heures, et le manque à gagner qui se creuse.

Guylain Roland est transporteur fluvial depuis bientôt 50 ans : la grève, à part la subir, il ne peut pas y faire grand-chose.
Guylain Roland est transporteur fluvial depuis bientôt 50 ans : la grève, à part la subir, il ne peut pas y faire grand-chose. © Radio France - Simon de Faucompret

Rouen, France

Ils avaient promis une opération "ports morts" pour 72 heures, dès ce mardi 14 janvier : les membres de la CGT Ports&Docks ont tenu parole cette semaine, avec trois jours de blocages quasi-complets dans les ports du Havre et de Rouen (Seine-Maritime) notamment. Sur les bords de Seine à Rouen, ils sont une quinzaine de transporteurs fluviaux à être arrimés au quai, sans pouvoir rien faire d'autre que d'attendre d'avoir des nouvelles.

Entre le chargement, le voyage, le déchargement et le retour, un transport de batelier dure plus d'une semaine : les grèves font durer les arrêts bien plus que prévu. - Radio France
Entre le chargement, le voyage, le déchargement et le retour, un transport de batelier dure plus d'une semaine : les grèves font durer les arrêts bien plus que prévu. © Radio France - Simon de Faucompret

"En attendant, je range mes tuyaux, je fais de l'entretien, un peu de graissage", énumère Guylain Roland, batelier depuis bientôt 50 ans. "Je passe le temps, mais bon, ça ne rapporte rien, ça", glisse-t-il en nettoyant le pont de son bateau de 110 mètres de long, le Sequana, amarré devant le 106 à Rouen.

Le transport fluvial, Guylain connaît bien : il a commencé à 14 ans. Depuis, il vit dans son bateau, au fil de l'eau et de la Seine. - Radio France
Le transport fluvial, Guylain connaît bien : il a commencé à 14 ans. Depuis, il vit dans son bateau, au fil de l'eau et de la Seine. © Radio France - Simon de Faucompret

Il est arrivé le matin même de Compiègne (Oise), avec 1.200 tonnes de blé dans ses cales. Sauf que sur les quais rouennais, à la place de la petite dizaine de dockers qui vient habituellement décharger sa livraison, il n'y a pas un chat. "Je n'ai vu personne", lance-t-il. "On m'a prévenu que ça bloquait pendant la route." En attendant, il a appelé son client, l'exploitant céréalier Sénalia, pour avertir qu'il serait assigné à résidence jusqu'à nouvel ordre. Pas de nouvelles pour la suite des événements. "On m'a dit qu'on me rappellerait, reste à patienter".

Son bateau, c'est sa maison : Guylain a 60 m² et tout le confort nécessaire pour patienter à quai, en attendant la fin des grèves au port de Rouen. Son chiffre, par contre, baisse de jour en jour. - Radio France
Son bateau, c'est sa maison : Guylain a 60 m² et tout le confort nécessaire pour patienter à quai, en attendant la fin des grèves au port de Rouen. Son chiffre, par contre, baisse de jour en jour. © Radio France - Simon de Faucompret

"J'aurais aimé faire une pause pour les vacances, pas par obligation"

Guylain a perdu dix jours sur son planning de janvier. Tout ça au pire moment. "Je me suis arrêté pendant un mois pour des rénovations, qui m'ont coûté 40.000 euros", révèle-t-il. "J'avoue que j'aurais aimé faire une pause pour les vacances, pas par obligation."

À quelques encablures de la retraite, le batelier veut quand même faire la part des choses : "Mon bateau est déjà payé, ça pourrait être pire !" Et il suffit de traverser la Seine et de rejoindre la rive droite de Rouen pour s'en rendre compte.

Pour s'offrir ce bateau à deux millions d'euros, Dave Defaut s'est offert un crédit sur quinze ans. La grève, ça complique son mois de janvier. - Radio France
Pour s'offrir ce bateau à deux millions d'euros, Dave Defaut s'est offert un crédit sur quinze ans. La grève, ça complique son mois de janvier. © Radio France - Simon de Faucompret

"Notre entreprise est au bord du gouffre."

Pour cet autre transporteur fluvial, Dave Defaut, l'année 2020 commence mal. "Notre mois de janvier, c'est zéro. On a une semaine de retard, à la moitié du mois on n'a fait qu'un voyage !" s'alarme-t-il. "Ça va nous faire perdre la moitié de notre chiffre d'affaires de janvier."

Lui aussi charrie des céréales, plus de 2.000 tonnes. Un transport comme celui-là lui rapporte 10.000 euros. "Mais j'en donne davantage tous les mois pour payer le crédit de mon bateau", expose-t-il. Acheté l'an dernier, il coûte deux millions d'euros. "J'en ai pris pour quinze ans". 

Sans oublier les charges, les assurances, le carburant. "Notre entreprise est au bord du gouffre. J'ai des enfants, une femme... il faut bien gagner sa croûte !" déplore-t-il, démotivé : "On n'a plus l'envie, on a beau tout faire, on dépend forcément des dockers à Rouen." Pour lui et la quinzaine d'autres bateliers en attente sur les quais de Seine, il faudra attendre un retour de l'activité au port maritime.

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