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Économie – Social

Bordeaux : une manifestante blessée, quatre arrêtées à la marche féministe nocturne du 8 mars

lundi 11 mars 2019 à 22:24 Par Fanny Ohier, France Bleu Gironde et France Bleu

La manifestation nocturne des femmes devait se dérouler dans le calme vendredi dernier à Bordeaux. Au final, la jeune femme blessée aux pieds par une grenade de désencerclement porte plainte et quatre personnes interpellées pour tags sont convoquées devant le tribunal à la fin de l'année.

Etudiante espagnole venue manifester "de manière pacifique", Sofia va porter plainte après avoir été blessée aux pieds par une grenade de désencerclement.
Etudiante espagnole venue manifester "de manière pacifique", Sofia va porter plainte après avoir été blessée aux pieds par une grenade de désencerclement. © Radio France - Fanny Ohier

Bordeaux, France

A l'appel du collectif 8 Mars Gironde, près de 800 femmes ont manifesté vendredi soir à Bordeaux, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, avec pour slogan "La rue est à nous !". L'idée pour les organisatrices était de marcher pacifiquement de nuit, pour se réapproprier l'espace public et dénoncer les violences faites aux femmes. Au bout de quatre heures de marche, le bilan fait pourtant état de quatre femmes arrêtées et une blessée par une grenade de désencerclement, lancée par les forces de l'ordre.

"Comme je le fais en Espagne, je suis allée à cette manifestation pacifique pour le 8 mars," raconte Sofia. L'étudiante espagnole dit qu'elle a assisté à l'interpellation "très violente" d'une manifestante, cours Victor Hugo, avant d'être elle-même blessée aux deux pieds par une grenade de désencerclement. Accompagnée par le collectif d'organisation de la manifestation, elle va porter plainte, "parce qu'il faut donner de la visibilité à ces violences qui se sont déroulées contre une manifestation pacifique," explique-t-elle.

La manifestation, voulue pacifique, ne s'est pas déroulée comme prévu 

Au départ de la place de la Victoire à 20 heures, l'ambiance est à la fête et pendant deux heures le cortège défile sans accroc. Les manifestantes scandent des mots d'ordre féministes, au rythme d'une batucada. Certaines taguent murs et monuments avec des slogans "catho = clito", "PMA pour toutes" ou encore "mort aux mecs". C'est à l'arrivée du cortège cours Victor Hugo un peu avant 22h que la tension monte. Des policiers arrêtent une femme, pour tags. Puis, se sentant pris à partie, ils lancent une grenade de désencerclement. Un geste "complètement disproportionné puisque les manifestantes n'ont commis aucune violence," souligne Monique Nicolas, du collectif d'organisation, avant d'ajouter que l'encerclement même des policiers par les manifestantes n'est pas avéré. Résultat, une jeune femme, Sofia, est blessée aux pieds par la grenade et évacuée vers l'hôpital Saint André. Elle en est sortie à une heure du matin, sans ITT (Incapacité temporaire de travail) parce qu'elle n'était pas au courant qu'elle pouvait en demander, selon elle.

Le cortège repart tant bien que mal vers la place du Parlement puis l'esplanade de Mériadeck. Des policiers tenant des chiens en laisse suivent désormais la marche qui se crispe. La manifestation se rend devant l'Hôtel de Police, pour demander la libération de la manifestante. Cette dernière sort, avec une convocation pour une audition le lundi 11 mars. 

Après s'être vue refuser par une brigade canine l'accès au parvis des droits des hommes devant le tribunal correctionnel, rebaptisé parvis des droits des femmes pour l'occasion, la manifestation se disperse finalement dans le calme place de la République, peu avant minuit.

Un autre incident a ensuite lieu quelques minutes plus tard, cours Pasteur. Trois jeunes femmes sont rattrapées puis interpellées par une unité canine. De nouveau, pour des tags. Elles auraient été repérées par des caméras de vidéo surveillance. Il leur est également reproché de porter des masques. Elles seront finalement libérées le lendemain à 19 heures, avec une convocation devant le tribunal pour la fin d'année.  

"Une répression policière démesurée", pour le collectif d'organisation

Dans un communiqué envoyé dimanche 10 mars, le collectif "8 mars Gironde" dénonce des « répressions policières démesurées » face à une manifestation pacifique. "Ce qui nous choque beaucoup, c'est qu'on attend de l'Etat qu'il nous fournisse des places d'hébergement pour les femmes victimes de violence", explique Monique Nicolas. "C'est ce qu'on demandait à la manifestation. Et comment il nous répond ? Par des violences policières. Ça n’est pas possible." 

Parcours et moments-clés de la manifestation 

Parcours de la marche féministe nocturne du 8 mars 2019. Départ place de la Victoire et arrivée place de la République.  - Radio France
Parcours de la marche féministe nocturne du 8 mars 2019. Départ place de la Victoire et arrivée place de la République. © Radio France - Olivier Uguen

1 : Départ du cortège à 20 heures depuis la place de la Victoire vers les rues adjacentes menant au marché des Capucins. Dans la bonne humeur, les manifestantes entament les chants "La rue, elle est à nous" et "A bas le patriarcat". Elles sont environ 800, "plus que l'an passé" soulignent des organisatrices du "Collectif 8 mars Gironde". 

2 : La manifestation passe devant le bar "Quartier libre", propriété de Bertrand Cantat, le célèbre chanteur de Noir Désir condamné en 2004 pour avoir tué sa compagne de l'époque Marie Trintignant. La marche marque un temps d'arrêt devant le bar-restaurant, les manifestantes chantent des slogans et rappellent le nombre de 30 femmes décédées sous les coups de leurs conjoints depuis le début de l'année "30 mortes en trois mois", scandent-elles. 

3 : Des slogans sont taggés sur la flèche et la basilique Saint-Michel ""PMA pour toutes", "Ni dieu ni maitre ni mec cis" "Morts aux mecs."

5 : Premier incident sur le cours Victor Hugo devant l’église Saint Eloi vers 21h45. Une manifestante est arrêtée. La police lance une bombe de désencerclement, qui blesse une jeune étudiante espagnole. Après un moment d'arrêt, le cortège repart devant l’église Saint Eloi, vers a place du Parlement.  

7 : Aux terrasses de Mériadeck, des policiers avec des chiens apparaissent pour encadrer la manifestation. 

8 : Les manifestantes arrivent devant l’Hôtel de Police à 23h30 pour « libérer la manifestante arrêtée ». Cette dernière sort de l’hôtel de police avec une convocation à une audition lundi 11 mars à 14h. 

9 : Les manifestantes ont prévu de terminer la marche au parvis des droits de l’homme rebaptisé parvis des droits des femmes pour l’occasion. Des chiens et policiers les empêchent d'y accéder. Elles décident alors de finir la marche un peu plus loin, place de la République, et se dispersent vers minuit.  

10 : La manifestation est terminée, trois jeunes femmes sont arrêtées cours Pasteur peu après minuit par une brigade canine, devant le musée d’Aquitaine. Elles auraient été repérées en train de tagguer, sur des films de vidéosurveillance.