Économie – Social

Boulay-Moselle : plus de 1.200 personnes ont manifesté contre la hausse de la "taxe ordures"

Par Armêl Balogog, France Bleu Lorraine Nord samedi 22 octobre 2016 à 16:59

1.200 manifestants mobilisés à Boulay-Moselle contre la hausse de la "taxe ordures" dans leur communauté de communes
1.200 manifestants mobilisés à Boulay-Moselle contre la hausse de la "taxe ordures" dans leur communauté de communes © Radio France - Armêl Balogog

"On n'avait pas vu ça à Boulay depuis les années 2000". Des centaines d'habitants de la communauté de communes du Pays Boulageois ont défilé à Boulay-Moselle, samedi matin, contre la forte hausse de la "taxe d'enlèvement des ordures ménagères".

"Les ordures, c'est dur dur." "Les dettes du Sydeme, c'est pas notre problème." "Com' com', tu déconnes ! Ça taxe un max !" C'est avec un certain goût pour la rime que les habitants de la communauté de commune du pays boulageois (CCPB) défilent dans le centre de Boulay-Moselle, ce samedi matin. Environ 1.200 personnes ont revêtu pour l'occasion des chasubles découpés dans des sacs poubelles oranges. Une façon de montrer du doigt leur problème : le syndicat de gestion des déchets, ses dettes et leurs conséquences sur le contribuable.

Reportage - "Les ordures, c'est dur dur" crient les manifestants en sacs de poubelles oranges

Six millions d'euros de dette à rembourser par les communautés de communes de Moselle Est

Les manifestants le résument en une phrase : "ce n'est pas au contribuable de combler les trous causés par une mauvaise gestion." En moins de dix ans, le déficit du Sydeme, le Syndicat mixte de transport et de traitement des déchets ménagers de Moselle Est, s'est sur-endetté en multipliant les investissements - notamment dans la méthanisation, un processus biologique pour traiter les déchets organiques - au point qu'en 2014, son déficit atteignait six millions d'euros, à rembourser par les 14 communautés de communes qui y appartiennent, selon une décision du préfet. Chacune a évalué sa part : celle du pays boulageois s'élève à 300.000 euros.

C'est alors que les 46 élus de la CCPB ont pris une décision qui révolte leurs administrés : "faire payer les contribuables", comme le résume sur sa page Facebook le collectif "Action déchets Pays Boulageois". Précisément, 34 ont voté "pour", 10 "contre" et deux se sont abstenus.

Les élus ont en fait voté pour deux choses :

  • d'une part, augmenter les coûts : la TVA passant de 7 à 10 %, les tarifs de la collecte des déchets, ainsi que le montant de la somme allouée au remboursement de l'emprunt bancaire, contracté pour investir dans la déchetterie.
  • d'autre part, transformer la redevance en taxe, et ainsi en modifier le mode de calcul : quand le montant de la redevance était fixé en fonction du nombre d'habitants dans un même foyer, la taxe, elle, est calculée en fonction de la taille du logement.

En parallèle, la subvention nationale de l'Agence de l'environnement a été supprimée.

La "taxe ordures" a augmenté de 30 à 400 %

C'est ainsi qu'en septembre, les contribuables ont reçu une bien mauvaise nouvelle dans leurs boites aux lettres. Sur la facture de leur taxe foncière, une ligne est consacrée à la "taxe ordures", officiellement appelée "taxe d'enlèvement des ordures ménagères" (TEOM). Ce samedi, sur la place du marché de Boulay-Moselle, Sandrine distribue les sacs poubelles aux manifestants :

L'année dernière, on payait 312 euros, cette année, on paie 405 euros. Ça représente une augmentation que j'estime être injuste.

L'agricultrice dit faire attention au tri des déchets, et reçoit cette mesure comme une véritable injustice, du fait de son mode de calcul. Deux personnes dans une grande propriété paient maintenant beaucoup plus que six personnes dans un petit appartement. "On est loin du principe du pollueur-payeur", se désole-t-elle, en rêvant du nouveau mode de calcul à la mode : selon le poids des déchets. Un mode de calcul qui lui semble plus incitatif : "si on veut moins payer, on produit moins de déchets, c'est simple".

Dans la foule, un exemple revient souvent, celui d'une veuve habitant dans une grande maison, que son (feu) époux et elle auraient "passé leur vie à construire", et qui paie aujourd'hui 800 euros de taxe. Une somme trop importante pour sa petite retraite.

On n'est pas des vaches à lait !

revendique l'un des manifestants, coiffé avec un bonnet en forme de tête de vache. Un peu plus loin, Serge, membre du collectif, dit avoir calculé que la hausse était de 30 à 400 %. En plus, si l'on rapporte la totalité de la taxe annuelle au nombre de sacs poubelles jetés, cela représente une taxe de 30 euros par sac, explique-t-il.

Serge, habitant de Boulay : "On était à 185 euros d'ordures ménagères l'an dernier, on est à 471 euros cette année."

Le maire a fait son "mea culpa", ses administrés ne l'excusent pas

Mais pour le maire de Boulay-Moselle, aussi président de la CCPB, André Boucher, c'est la seule façon de s'assurer que les taxes seront bien payées. Avec la redevance, il n'avait aucun moyen de recours, et le montant des impayés s'élève déjà à 250.000 euros cette année.

André Boucher n'a pas retourné les appels de France Bleu Lorraine. Samedi matin, les manifestants sont restés près d'une heure devant la mairie fermée - comme tous les samedis - ils nous ont confié n'avoir jamais reçu d'explication de sa part. Seul "mea culpa" dans l'hebdomadaire La Semaine, en date du 20 octobre. A la question "la CCPB n'a-t-elle pas commis une grave erreur de communication ?", il répond :

Je reconnais notre erreur, on a mal communiqué. On n'avait pas mesuré l'impact de cette augmentation pour certaines personnes. Je fais mon mea-culpa.

Avant d'ajouter, quelques lignes plus loin :

Il faut rectifier le tir avant le 31 décembre et on aura toute l'année 2017 pour réfléchir à un nouveau mode de calcul.

Mais "c'est trop facile", lance Jean-Marie, en haussant le ton et les épaules. "C'est trop facile de dire : "je ne savais pas, je fais un mea culpa, et on continu". La Cour régionale des comptes a dit que le budget [du Sydeme] était "insincère". En clair : "vous nous présentez des comptes qui sont frauduleux". Mais arrêtez la folie des grandeurs !"

Deux communautés de communes mobilisées sur quatorze en Moselle Est

Les habitants de la CCPB se sont organisés pour mener le combat. Ils savent que cela va être long : la communauté de communes du pays de Bitche se bat depuis dix ans, au travers de l'ADQV, l'association de défense de la qualité de vie. La semaine dernière, les deux communautés de communes ont décidé de joindre leurs forces pour faire entendre leur colère et faire annuler cette taxe, voire le remboursement de la dette du Sydeme dans sa globalité.

Mardi prochain, le collectif boulageois devrait rencontrer la sous-préfette de la Moselle pour lui exprimer leur colère. Il lui remettra aussi une pétition signée plus de 1.000 fois.

Partager sur :