Économie – Social

"Ça marche beaucoup moins bien" : les ventes de calendriers en baisse chez les facteurs ligériens

Par Lucas Valdenaire, France Bleu Saint-Étienne Loire lundi 13 novembre 2017 à 22:15

"Les collègues le reconnaissent : ils gagnent beaucoup moins avec les calendriers", témoigne Sébastien Soulier facteur à Saint-Etienne
"Les collègues le reconnaissent : ils gagnent beaucoup moins avec les calendriers", témoigne Sébastien Soulier facteur à Saint-Etienne © Maxppp - Fred Haslin - Le Courrier Picard

Le facteur est peut-être déjà passé chez vous. Sinon, il le fera certainement dans les prochains jours. C'est la période des étrennes. Mais les facteurs ligériens le concèdent : les ventes de calendriers ne leur rapportent plus beaucoup d'argent.

Tous les ans, Elise donne entre trois et cinq euros au facteur pour son calendrier. Mais la Stéphanoise comprend très bien ceux qui ne veulent pas (ou plus) le faire : "Il y en a, peut-être, qui ne sont pas contents parce qu'ils ne reçoivent pas leur colis en temps et en heure. Ou alors quand vous recevez un avis de passage alors que vous êtes à la maison !"

"Ça peut énerver", poursuit cette mère de famille, "mais bon, ce n'est pas pour ça que je vais en vouloir à celui qui me vend un calendrier à la fin de l'année."

Moins de pouvoir d'achat

De son côté, Bruno ne donne plus rien. "Déjà, le calendrier aujourd'hui, cela n'est pas très utile avec nos smartphones," se justifie le quinquagénaire. Mais surtout, ce n'est pas évident pour quelqu'un qui vit avec le SMIC :

Et puis vous avez les pompiers, et ensuite les éboueurs... et après ? Moi, j'ai toujours 1.000 balles à la fin du mois sur ma fiche de paie. Je comprends que ce soit un plus pour eux, mais pour moi, c'est un moins."

Moins de vendeurs

Aujourd'hui, les facteurs accusent le coup. Ils vendent ainsi moins de calendriers. Et quand ils en vendent, c'est la somme donnée qui diminue. "Les collègues le reconnaissent : ils gagnent beaucoup moins", confirme Sébastien Soulier. Ce facteur de Saint-Etienne ne participe plus aux étrennes de fin d'année mais il s'intéresse toujours aux recettes de ses collègues. Le secrétaire général à la CGT-FAPT de la Loire (Fédération des activités postales et de télécommunications) explique que le lien social avec les usagers se perd, d'années en années : "avant, on avait un très bon accueil des usagers," se souvient-il.

"Mais la flexibilité s'est accrue : aujourd'hui, les usagers voient parfois trois ou quatre facteurs différents dans la semaine. Ce lien est cassé. Et puis, on n'a plus les mêmes habitudes. Avant, on sympathisait, on rendait des services bien au-delà de la distribution du courrier, d'un colis ou d'une lettre recommandée."

"Il faut les comprendre" : le témoignage de Sébastien Soulier, facteur et secrétaire général CGT à Saint-Etienne

Le facteur portait le pain et les médicaments. Il discutait avec les personnes âgées. Aujourd'hui, la Poste a engagé des actions pour monétiser ce lien social. Alors, face à un pouvoir d'achat déclinant, les usagers donnent moins voire plus du tout. Il faut les comprendre : ils ont besoin de faire de boucler les fins de mois."

Conséquence directe : le nombre de facteurs qui tentent l'aventure des ventes de calendriers est en baisse, lui aussi.

Moins de lien social

Habitante de Saint-Etienne, Joëlle confirme la transformation de cette profession qu'elle aimait beaucoup : "c'est un métier qui avait un rôle social," avance-t-elle. "Et ce qui me touche énormément, c'est ce qu'on en a fait. Ce qui se faisait avec solidarité ou volontariat, maintenant c'est payant. C'est dommage parce que ça nuit aux relations humaines."

Tout est minuté, contrôlé, mesuré. Tout devient marchand, et maintenant, c'est la relation qui est cassée."

"C'est dommage parce que cela nuit aux relations humaines", selon Joëlle, une habitante de Saint-Etienne.

Ce qui n'empêche pas Joëlle de donner encore chaque année 20 euros à son facteur. "C'est à la mesure du plaisir que j'ai à rencontrer mon facteur", conclut-elle.