Économie – Social

Routiers : l'intersyndicale dénonce des "atteintes au droit de grève" et appelle à reconduire le mouvement mardi

Par Mikaël Roparz, Germain Arrigoni et Julien Baldacchino, France Bleu dimanche 24 septembre 2017 à 18:30 Mis à jour le lundi 25 septembre 2017 à 21:14

De nombreux barrages filtrants ont été mis en place, comme ici à Arras
De nombreux barrages filtrants ont été mis en place, comme ici à Arras © Maxppp - SEVERINE COURBE / PhotoPQR / La Voix du Nord

Les routiers ont commencé à bloquer, lundi, les dépôts de carburant et les raffineries aux abords de plusieurs grandes villes. Plusieurs barrages ont été levés par la police, ce que dénoncent les syndicats dans un communiqué lundi soir, tout en appelant à se mobiliser à nouveau dès mardi.

Opération escargot, raffineries et dépôts pétroliers visés : des routiers ont débuté ce lundi à l'aube un mouvement reconductible contre la réforme du travail, avec de nombreuses actions en régions, selon des responsables CGT et FO. Aux environs de 6h, des actions étaient en cours dans une dizaine de grandes villes dans le Nord, à Rouen, Caen, Bordeaux, La Rochelle, Marseille, Lyon ou encore Nantes.

Une partie d'entre elles se sont terminées en fin de matinée, quelques-unes seulement se prolongeant dans l'après-midi, notamment au dépôt du Rubis, près de Rouen, où le barrage a été levé vers 16h30 à la demande des forces de l'ordre, ou au terminal pétrolier de La Rochelle. De nouvelles actions ont débuté en soirée : aux alentours de Valenciennes, vers 20h, une quarantaine de chauffeurs a investi le dépôt de carburants d'Haulchin, et comptent y passer la nuit.

Réunion de médiation jeudi

Selon le ministère des Transports à la mi-journée, la situation des stations-services était normale, la "quasi-totalité" des dépôts de carburant étant libres d'accès. En début d'après-midi, le groupe Total a annoncé que seules 2% de ses 2.200 stations étaient en rupture de stock.

La ministre des Transports Elisabeth Borne a annoncé qu'une réunion entre le patronat et les syndicats serait organisée par le gouvernement ce jeudi, où il sera notamment question de trouver des solutions contre "le dumping social et la concurrence déloyale", alors que la directive européenne sur le détachement est en cours de renégociation.

Le mouvement se poursuivra mardi

Mais cette rencontre se fera dans un contexte tendu, car l'intersyndicale CGT/FO à l'origine de la mobilisation a d'ores et déjà appelé à reconduire le mouvement mardi, comme prévu. Dans son communiqué, l'intersyndicale déplore que "le gouvernement choisit la matraque plutôt que le dialogue", affirmant que les forces de l'ordre ont forcé les manifestants à lever les barrages dans plusieurs points de blocage.

Pour le numéro un de la CGT-Transports Jérôme Vérité, c'est une "atteinte au droit de grève" jamais vue depuis quinze ans. Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, dénonce une "répression syndicale". Mais les organisateurs, qui indiquent qu'au plus fort de la journée il y a eu 40 points de blocage, affirment qu'ils ne comptent pas lâcher la mobilisation.

"On restera le temps qu'il faut jusqu'à ce que Macron retire ses ordonnances purement et simplement" (Fabien Dautan, délégué CGT-Transports en Gironde)

Les perturbations survenues lundi

Dès 6h du matin ce lundi, des blocages, des barrages filtrants et des opérations escargot ont commencé sur les routes près de chez vous et où se trouvent des raffineries.

  • Dans le Nord et le Nord-Pas-de-Calais, il y a eu des difficultés sur l’A22, au niveau de la frontière belge, à hauteur de Neuville-en-Ferrain au petit matin. Des opérations escargots ont eu lieu sur l'A25 vers Lille et sur l'A1 également en direction de Lille, entraînant un bouchon de 9km. En soirée ce lundi, un nouveau blocage a eu lieu dans un dépôt près de Valenciennes.
  • En Normandie, près de Rouen, le terminal pétrolier Rubis est bloqué à Grand-Quevilly depuis 1h30 du matin. Une quarantaine de routiers sont sur place. A Caen, le barrage filtrant sur le périphérique sud s'est terminé vers 7h30. Les routiers ont été délogés sur ordre du préfet, indique France Bleu Normandie.
  • En Ille-et-Vilaine, les deux rond-points qui permettent l’accès au dépôt de Vern-sur-Seiche, près de Rennes, étaient bloqués en début de matinée. Aux alentours de 10h30, les manifestants ont quitté cette zone pour mettre en place un barrage filtrant sur l'axe Rennes-Angers, bloquant les poids lourds.
  • A Lorient, une manifestation a eu lieu ce lundi matin. Les opposants à la loi travail ont tenté de bloquer le dépôt pétrolier avant de viser la pénétrante, puis de bloquer les accès au dépôt par des poubelles et des barricades. Sur les quelque 200 manifestants qui étaient rassemblés en début de matinée, il n'étaient plus qu'une trentaine à la mi-journée.
  • En Loire-Atlantique, à Donges, les routiers de la CGT et de FO ont tenté de bloquer la raffinerie. Ils ont allumé des feux au niveau du rond-point des Six Croix, entre la sortie de la voie express et l'entrée de la zone industrielle. Ils distribuent des tracts pour expliquer aux autres chauffeurs routiers pourquoi ils se mobilisent contre la réforme du Code du travail. Les gendarmes sont sur place.
  • A Toulouse, une quinzaine de camions ont bloqué 'accès de l'Eurocentre, une plate-forme multimodale, sur l'A62. Le blocage s'est terminé vers 7h30.
  • Dans les Bouches-du-Rhône, les routiers bloquent la raffinerie Total de La Mède, près de Martigues, ce lundi, a confirmé le groupe.
  • En Gironde, une centaine de routiers ont bloqué le dépôt pétrolier de Bassens. Ils ont été rejoints par des étudiants et des salariés qui protestaient eux aussi contre cette réforme. Le barrage a été levé vers midi, et les manifestants se sont dirigés vers l'entrepôt pétrolier de Gironde, à Ambès.
  • A La Rochelle, les dépôts de carburants sont fermés, d'après les syndicats.
  • A Lyon, une action est menée près d'un péage.
  • En Île-de-France, un barrage a été mis en place au port de Gennevilliers, dans lesHauts-de-Seine, mais aussi à la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, et au dépôt d'hydrocarbures de Coignières, dans les Yvelines. mais à Gennevilliers, le barrage a été empêché par les CRS. Les routiers se sont contentés de distribuer des tracts.

La réforme du Code du travail est "une bombe sociale"

Les routiers dénonce une réforme qui, selon eux, vient amoindrir les droits des salariés et touche particulièrement le secteur des transports. Le secteur est caractérisé par un grand nombre de petites entreprises. Le gouvernement ne leur aurait pas donné de garantie concernant un amendement signé avec le gouvernement précédent au sujet des congés de fin d‘activité (CFA), dispositif permettant aux routiers d‘une ancienneté suffisante de partir à la retraite à 57 ans en touchant 75% de leur salaire brut. Ce dossier avait été décrit comme une "bombe sociale" par la CGT.

Jean-Claude Vezole, trésorier du syndicat départemental de la CGT Routiers de Côte-d'Or explique les conséquences de cette réforme pour la profession : "Avec ces ordonnances, les patrons vont avoir tout le loisir de faire rouler toujours plus leurs chauffeurs. Les heures vont exploser forcément, les coupures ne seront plus respectées". Les cinq ordonnances réformant le Code du Travail ont été publiées samedi au Journal officiel, une journée après leur signature par le président de la République.

Le gouvernement anticipe le blocage des dépôts de carburant

Pour éviter une pénurie de carburant à la pompe dès lundi, un arrêté permettant aux transporteurs d'hydrocarbures de déroger temporairement aux règles en matière de temps de conduite et de repos a été pris par le gouvernement. Le décret signé vendredi, est paru ce samedi au Journal Officiel.

Des stocks dans les réserves stratégiques

Les routiers prévoient de cibler en priorité les sites de dépôt de carburant, les péages et les centres de distribution. En France, il existe huit raffineries (au 1er janvier 2017) et 10 765 pompes à essence. Si ces points de vente devaient être à sec, la France dispose de réserves stratégiques dans lesquelles elle pourrait puiser. Inutile donc de se ruer dans les stations services pour faire le plein. Ce système de stockage a été instauré pour la première fois en 1925. Après la Première guerre mondiale, la France avait pris conscience de l'importance d'avoir des stocks d'essence pour répondre aux besoins de carburant. Depuis 1988, la gestion de ces réserves de carburant est gérée par la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (Sagess) qui dispose d'environ de 13,7 millions de tonnes de stocks. Les sites de stockage sont au nombre de 93 répartis dans sept zones en France, mais les lieux ne sont pas connus de manière précise. L'idée c'est de conserver au minimum 10 jours de consommation pour l'essence et quinze pour le gazoil et le fioul domestique dans chacune de ces zones.