Économie – Social

Cher : plus de local et de bio dans les cantines

Par Michel Benoît, France Bleu Berry jeudi 12 octobre 2017 à 17:03

Au collège Irène Joliot-Curie de Mehun-sur-Yèvre, les élèves ont mangé bio, grâce à des producteurs locaux. Le circuit court se développe dans les cantines du Cher.
Au collège Irène Joliot-Curie de Mehun-sur-Yèvre, les élèves ont mangé bio, grâce à des producteurs locaux. Le circuit court se développe dans les cantines du Cher. © Radio France - Michel Benoit

Un repas 100 % circuit court et pratiquement entièrement bio : c'est ce qu'on pu savourer ce midi les élèves de quatre collèges du Cher. Une manière de promouvoir la plate-forme Agrilocal 18 initiée par le département du Cher il y a un an et demi.

Manger 100 % local et si possible bio : c'est l'opération "Au pré de l'assiette " qui se déroule toute cette semaine dans le Cher. Une vingtaine de restaurations collectives, notamment dans les collèges et lycées inscrivent au moins une denrée locale à leur menu. Certains ont même proposé un menu 100 % circuit court et presque entièrement bio, comme au collège de Mehun sur Yèvre ce midi pour environ 500 élèves. Une opération pour mettre en lumière la plate-forme agrilocal 18 qui met en relation fournisseurs locaux et gestionnaires de cantines. L'idée est de gommer les intermédiaires pour préserver une meilleure marge aux producteurs. Agrilocal18 a été lancée il y a un an demi et les commandes progressent, mais on peut mieux faire encore.

Le menu 100 % local proposé ce jeudi midi au collège de mehun-sur-Yèvre - Radio France
Le menu 100 % local proposé ce jeudi midi au collège de mehun-sur-Yèvre © Radio France - Michel Benoit

Cette plate-forme permet aux producteurs locaux de répondre aux appels d'offre des cantines du département. Le collège de Mehun sur Yèvre s'y est inscrit dès le début et tente d'y développer ses commandes. Les élèves ce midi ont eu droit à un potage de potimarron, des lentilles du Berry, un sauté de porc bio et une tarte aux pommes bio. Le pain également était bio. Le fromage blanc provenait d'une ferme d'Ivoy le Prè. Aujourd'hui, le collège de Mehun sur Yèvre achète plus de 30 % de ses approvisionnements sur Agrilocal 18. Ca marche très bien, mais cela complique un peu le travail. Ludovic Sautereau, est l'adjoint gestionnaire de l'établissement : " C'est un vrai choix que nous faisons. Notre travail serait beaucoup plus simple en passant commande à deux ou trois grossistes qui nous garantiraient les approvisionnements à l'année. Là, on multiplie les fournisseurs, les consultations et les factures. C'est plus de travail, mais aujourd'hui on est rôdé. ca marche bien et on y croit. Je préfère faire travailler les parents de nos élèves, au plus près et si possible éviter qu'on vienne pulvériser les champs près de chez moi. On peut jouer un rôle moteur."

Visiblement, cet élève a apprécié son assiette ! - Radio France
Visiblement, cet élève a apprécié son assiette ! © Radio France - Michel Benoit

Il faut un vrai engagement des personnels du collège. Le souci c'est parfois la rupture d'approvisionnement car les producteurs locaux ne peuvent pas forcément fournir de très grosses quantités ou sont plus à la merci d'un problème lié par exemple aux aléas climatiques. Le collège de Mehun sur Yèvre vient ainsi de perdre son producteur de porc bio. Stéphane Godart est le responsable des cuisines : " On travaillait avec un producteur de porcs bio du Cher, mais il vient de vendre son domaine. On s'est retrouvé le bec dans l'eau. Heureusement, un grossiste a pu nous livrer un colombo de porc bio issu d'animaux du Loiret. Ca reste en région Centre Val de Loire." Un peu plus de tracas mais une belle récompense : les assiettes vides des élèves. "C'est clair, on a moins de gaspillage. C'est quand même une autre qualité. La viande rend beaucoup moins d'eau à la cuisson. Avec du veau de batterie, on peu perdre jusqu'à 40 % de matière à la cuisson. "

Stéphane Godart , responsable de la cuisine au collège Irène Joliot-Curie de Mehun-sur-Yèvre. - Radio France
Stéphane Godart , responsable de la cuisine au collège Irène Joliot-Curie de Mehun-sur-Yèvre. © Radio France - Michel Benoit

Mais cette qualité ça se paie : le porc bio coute deux fois plus cher et il faut contenir le prix du ticket de cantine : 3,60 euros au collège de Mehun sur Yèvre. Agrilocal 18 ne peut fonctionner sans une vraie envie des gestionnaires de cantine de jouer le jeu du circuit court. Ce qui semble le cas. Il suffit de regarder les chiffres : les contrats passés entre fournisseurs locaux et cantines devraient avoisiner les 250.000 euros cette année. C'est pas mal après un an et demi d'activité. Surtout, les chiffres continuent de progresser de mois en mois. La plate-forme compte aujourd'hui 66 fournisseurs. Les agriculteurs sont les plus nombreux : 45 mais on compte aussi 11 artisans spécialisés en agro alimentaire et quatre entreprises, dont des négociants qui achètent au plus près. Mais on pourrait faire beaucoup plus que 250.000 euros de commandes. Pour l'instant, il n'y a que 21 établissements inscrits sur Agrilocal 18 : 17 collèges, deux lycées, une seule commune et une seule maison de retraite ! Il faut donc encore convaincre les cantines de jouer le jeu. Il est vrai que multiplier les fournisseurs complique le travail des gestionnaires qui doivent donc être motivés. L'autre effort sera d'étoffer l'offre de produits. Agrilocal 18 ne compte pas encore assez de maraichers, notamment bio. Il faut aussi développer la viande bio : les cantines peuvent encore accroitre leurs commandes et sont prêtes à payer plus cher pour avoir une autre qualité. Il faut profiter de cette prise de conscience. On est prêt aujourd'hui à manger mieux. Une opportunité à saisir pour les agriculteurs.