Économie – Social

Coup de grisou au puits Simon : la dernière grande catastrophe minière en France

Par Blandine Costentin, France Bleu Lorraine Nord mardi 24 février 2015 à 17:26

Puits Simon la une du Républicain Lorrain
Puits Simon la une du Républicain Lorrain © Maxppp

Il y a tout juste 30 ans, le 25 février 1985, un coup de grisou secouait le puits Simon à Forbach, en Moselle. Dans cette catastrophe minière, 22 gueules noires ont trouvé la mort. Le drame a ému le bassin houiller lorrain, et au delà, toute la France. Retour sur des journées qui ont endeuillé la Lorraine.

"Ils travaillaient sous terre, la terre les a repris"

Lundi 25 février 1985, plus de 900 mineurs travaillent au puits Simon, à Forbach. A 7h21, à 1.050 m de profondeur , dans la veine 18, un coup de grisou se produit. C'est la hantise du mineur : le méthane emprisonné dans le sous-sol est libéré. Une étincelle dont personne ne connaît l'origine, et c'est l'explosion. La déflagration provoque en retour un coup de poussières : les particules de charbon dans l'air s’embrasent. 

Au PC de secours des Houillères, à Merlebach, en veille 24 heures sur 24, c'est l'alerte. Les sirènes résonnent. Quand les habitants de Forbach entendent l'alarme, ils se doutent que quelquechose de grave s'est passé à la mine. Dans les minutes qui suivent, des sauveteurs, équipés de masques descendent à la rencontre des victimes. Ils atteignent les premiers blessés, intoxiqués par les émanations de gaz.

Cette longue vidéo montre bien l'atmosphère pesante qui règne aux alentours de la mine. Elle a été réalisée par Francis Brabant, de la télévision TV8 Forbach :

A l'extérieur, des familles, des amis de mineurs, des badauds se rapprochent du carreau pour tenter de savoir. On téléphone, on appelle, on interroge : "mon fils, mon frère, mon copain... sont descendus aujourd'hui, que leur est-il arrivé ?"

Jacques Legros, envoyé spécial de France Inter, entre dans la salle d'attente du carreau Simon. Sur une porte, deux feuilles sont affichées, avec les noms des morts et des blessés. Le journaliste voit passer une femme en larmes, "elle a perdu son fils, il avait 19 ans" . Au bar de la rue Nationale, un retraité de la mine lui confie : "le grisou, après tout, vous savez, on y peut rien". Le présentateur du journal de 19 heures, Patrice Bertin, ouvre son journal par ces mots : "Ils travaillaient sous terre, la terre les a repris".

"Deux feuilles ont été collées sur une porte, dessus figurent les noms des morts"

La catastrophe fait 22 morts, non seulement tués dans l'explosion, mais aussi intoxiqués par la fumée. Parmi les blessés, 103 doivent être hospitalisés, 300 sont examinés à l'infirmerie. 

"Une drame terrible qui touche tous les Français"

Le lendemain matin, Laurent Fabius, Premier ministre, se rend sur les lieux, alors que les derniers corps sont encore d'être remontés. Il se fait expliquer les événements : "deux enquêtes sont en cours", explique Laurent Fabius, "mais ça montre que la mine continue à tuer". Il se rend à l'hopital rencontrer les blessés. "C'est un drame terrible qui touche tous les Français et devant lequel il faut s'incliner". 

Laurent Fabius, Premier ministre : "une catastrophe épouvantable"

Sur les 22 morts, la moitié avaient moins de 25 ans, trois étaient âgés de 19 ans. Le mercredi 27, u ne chapelle ardente est installée à Stiring-Wendel , les cercueils recouverts d’un drap noir, éclairés par des candelabres. Des milliers de personnes viennent se recueillir pendant deux jours.

Puits Simon un mineur blessé remonte - Maxppp
Puits Simon un mineur blessé remonte © Maxppp

Le jeudi 28 février, le travail reprend au puits Simon, mais c'est bref. En début d'après-midi, le parquet de Sarreguemines demande qu'on interdise la descente, sauf pour les équipes qui doivent sécuriser les installations. Des enquêteurs du service des mines se rendent au fond sur les lieux de l'explosion. La recherche des causes et responsabilités a commencé . Pour les syndicats, la recherche de productivité et d'économies s'est fait au détriment de la sécurité. Un représentant de la CGT s'exprime quelques heures après le drame :

Le témoignage d'un mineur CGT

En 1992, lors du procès à Sarreguemines le chef de chantier et son adjoint seront condamnés pour homicides et blessures involontaires ; les HBL, Houillères du bassin de Lorraine, reconnues civilement responsables. Après cette catastrophe, les lampes à flamme, utilisées pour annoncer le risque d’explosion, sont abandonnées, les grisoumètres, des appareils destinés à détecter le gaz, sont généralisés.

"Nous sommes des amputés qui ont perdu des membres"  

Le vendredi 1er mars, le glas sonne dans les églises du bassin de Lorraine. C'est un jour chômé. Les obsèques sont célèbrées au foyer du Creutzberg, à Forbach. Plus de 10.000 personnes sont rassemblées , la plupart, dehors, sur la place. Les 22 cercueils sont entourées des familles et de trois rangées de mineurs en tenue. Trois ministres sont présents, ainsi que l'ancien chef du gouvernement Pierre Mauroy ; des représentants des grandes centrales syndicales, Edmond Maire, pour la CFDT, André Bergeron pour Force ouvrière. Le secrétaire d'Etat au redéploiement industriel, Martin Malvy, prend la parole : "deux enquêtes sont ouvertes (...) elles iront jusqu'au bout, car il nous faut agir, agir pour continuer à réduire le danger".

Derrière les cercueils, trois rangées de mineurs en tenue...

Des représentants de quatre confessions, juive, musulmane, protestante et catholique prononcent un éloge funèbre. "Nous sommes des amputés qui ont perdu des membres", tonne l'évêque de Metz, Paul-Joseph Schmitt. Avant que les cercueils ne soient emportés hors de la salle, un délégué mineur prononce les noms des 22 victimes et termine par le salut des mineurs de Lorraine : "je vous dis un dernier Glück auf".

Puits Simon les 22 noms - Maxppp
Puits Simon les 22 noms © Maxppp

Cette catastrophe minière n'est pas la pire qui ait frappé le bassin de Lorraine : en 1907, 83 gueules noires ont trouvé la mort à Petite-Rosselle dans un coup de grisou. Un an auparavant, plus d'un millier d'hommes avaient trouvé la mort dans des circonstances similiaires à Courrières, dans le Pas-de-Calais.  

 Voir aussi : Frise interactive | De 1904 à 2007, l'histoire du puits Simon Suivre ce mercredi, à partir de 6 heures : Matinale spéciale pour les commémorations du 30e anniversaire Dossier : 30 ans déjà, la catastrophe du puits Simon