Économie – Social

Crest/Aouste-sur-Sye : les jeunes veulent sauver leurs éducateurs de rue

Par Romain Dézèque et France Bleu Drôme Ardèche, France Bleu Drôme-Ardèche mercredi 9 septembre 2015 à 11:46

Une soixantaine de jeunes sont venus soutenir leurs éducateurs de rue
Une soixantaine de jeunes sont venus soutenir leurs éducateurs de rue © Radio France - Romain Dézèque

Des dizaines de jeunes ont manifesté mardi à Crest pour la sauvegarde de trois postes d'éducateurs de rue. Le Conseil départemental, qui veut réorganiser la prévention spécialisée et faire des économies, envisage de supprimer les subventions accordées pour Crest et Aouste-sur-Sye.

"C'est touchant de voir ça. C'est une belle évaluation de notre travail" avoue Alexis Coutin en observant les dizaines de jeunes venus le soutenir, lui et ses deux autres collègues. Depuis plus de vingt ans maintenant, les trois éducateurs de rue sillonnent les quartiers de Crest et d'Aouste-sur-Sye pour aider les adolescents en difficulté. "Il y a très peu d'adultes à qui on peut se confier sur nos problèmes familiaux, sur la drogue, sur le sexe... Ils ont toujours été là pour nous. A nous d'être là pour eux" explique Kim,  14 ans. 

"La prévention, c'est un peu comme le ménage : on se rend compte de son utilité quand on arrête de le faire"

Le travail de ces éducateurs de rue tourne autour de trois axes : les questions de santé (drogue, alcool, sexualité...), le décrochage et le raccrochage scolaire. Sur l'année 2014, ils ont suivi 137 adolescents. Avec des résultats positifs selon eux, même s'il est difficile de le quantifier . "La question de l'évaluation en prévention est très compliquée. Si à Crest, il y a des choses qui vont mieux, je ne dis pas que c'est uniquement grâce à nous, mais nous n'y sommes pas pour rien non plus. La prévention, c'est un peu comme le ménage : on se rend compte de son utilité quand on arrête de le faire" affirme Alexis Coutin. 

Les jeunes, mobilisés pour défendre leurs éducateurs.

La meilleure preuve de l'utilité de ces éducateurs réside sûrement dans le témoignage des adolescents. Ludivine, 19 ans, a fait appel à une éducatrice lorsqu'elle était au collège. "A l'époque, je fumais du cannabis, je sortais souvent les weekends, je faisais un peu n'importe quoi, je montais en voiture avec n'importe qui. Quand je suis venue parler à l'éducatrice, elle m'a permis de remonter la pente." Grâce à cette oreille attentive, Ludivine a aussi pu assumer son homosexualité. Ce qui n'est pas forcément évident lorsqu'on est adolescent. 

Alexis Coutin : "Nous sommes des généralistes de l'intervention sociale"

Les mairies de Crest et d'Aouste-sur-Sye ont envoyé une lettre de soutien pour tenter de convaincre le Département de faire machine arrière. Trois établissements scolaires ainsi qu'un bailleur social ont également adressé un courrier pour défendre le travail de ces éducateurs. Les jeunes, de leur côté, ont lancé une pétition en ligne. Le député-maire de Crest, Hervé Mariton (LR), a affirmé que deux postes pourraient être sauvés. Contacté par nos soins,  le Conseil départemental ne s'est pas exprimé sur le sujet et n'a pu confirmer ces dires.