Économie – Social

Cugnaux : du coaching pour apprendre à parler de son handicap en entretien d'embauche

Par Nolwenn Quioc et Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse lundi 13 novembre 2017 à 19:57 Mis à jour le mardi 14 novembre 2017 à 8:21

En une journée, les candidats se sont entraînés à rédiger une lettre de motivation et un CV,  cibler des offres d'emploi mais aussi préparer un entretien
En une journée, les candidats se sont entraînés à rédiger une lettre de motivation et un CV, cibler des offres d'emploi mais aussi préparer un entretien © Radio France - Nolwenn Quioc

Comment bien préparer un entretien d'embauche quand on est handicapé ? Ce lundi, six demandeurs d'emploi ont participé à une séance de simulations d'entretiens, pour apprendre à parler, ou pas, de son handicap lors d'un recrutement.

Alexandra a une vingtaine d'années. Elle a fait plusieurs stages en prévention du risque incendie, et est à la recherche d'un poste de conseillère en prévention dans une entreprise. Elle a déjà eu des entretiens, mais sans réussir à décrocher un travail : "Je manque de confiance en moi, et à chaque fois, c'est ça qui m'a bloqué".

Réfléchir avant l'entretien à la manière d'aborder le handicap

Elle a un syndrome d'asperger, une forme légère d'autisme, difficile à cacher en entretien. Elle aborde donc systématiquement le sujet avec les recruteurs, en leur présentant un document qui leur explique son handicap, et ce que cela peut apporter à l'entreprise. "Ça facilite la communication autour de mon handicap, mais souvent, j'ai un peu honte d'en parler".

Et c'est bien là le problème pour Hervé Lustemberger, consultant en management, qui anime l'atelier. Souvent, le handicap gêne autant le candidat que l'employeur : "Je vois beaucoup de personnes qui se disent : mon dieu, j'ai un handicap. Est-ce que je le mets sur le CV ou pas ? et en entretien, ils peuvent être fragilisés, de se dire qu'ils vont parler de leur handicap sans savoir comment l'aborder".

Des simulations d'entretien pour se préparer aux questions gênantes

Alors pour se préparer aux inévitables questions, rien ne vaut un exercice pratique, avec Hervé Lustemberger dans le rôle du recruteur qui pose les questions piège : pourquoi voulez vous changer de métier ? Votre handicap ne va-t-il pas vous gêner dans votre poste ? le but est d'apprendre à valoriser d'abord ses compétences, et d'expliquer que le handicap n'est que secondaire. Et si le handicap ne se voit pas, "pas la peine d'en parler" conseille l'expert. C'est ce qu'a choisi de faire Christian, en reconversion pour devenir chauffeur : "Je suis bipolaire, mais ça n'interfère pas avec mon travail. Il se passe en général plusieurs mois sans que je fasse de crise, et je me soigne pour en faire de moins en moins".

Toute la semaine, la maison de l'emploi de Cugnaux propose des animations dans le cadre de la Semaine de l'emploi des personnes handicapées , notamment un job dating, jeudi 16 novembre, de 10h à 13h. Toutes les animations dans la région sont à retrouver ici.

"80% des handicaps sont invisibles et 5% nécessitent un aménagement au travail"

En Haute-Garonne, 12.000 personnes handicapées sont inscrites au Pôle Emploi, 55.000 en Occitanie. Pour parler d'emploi et de handicap, LADAPT, l'association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées organise la semaine européenne du même sujet depuis 21 ans. Christian Rouquayrol, délégué du "comité des réussites" de LADAPT 31, le réseau de parrainages en Haute-Garonne était notre invité ce mardi. Il répond à Bénédicte Dupont.

L'INVITÉ EN UN CLIC - Christian Rouquayrol, de LADAPT 31 (5'46'')

La semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées a lieu du 13 au 19 novembre. - Aucun(e)
La semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées a lieu du 13 au 19 novembre. - LADAPT

Christian Rouquayrol a rappelé que le taux de chômage des personnes handicapées est plus du double de celui des valides. Les situations varient selon les handicaps. Depuis la loi de 2005, les personnes handicapées moteurs arrivent à trouver des emploi grâce aux aides de l'Agepiph qui contraignent aussi les employeurs. "Mais c'est beaucoup plus compliqué pour les handicaps psychiques et moteurs car il n'existait pas jusque là d'accompagnement". Une loi a été votée il y a un an, elle sera appliquée en 2018 en Haute-Garonne, dans le Gard et l'Hérault : l'emploi accompagné soit l'aide d'une tierce personne pour le salarié handicapé mais aussi pour l'employeur.

Si l'emploi a progressé pour les personnes handicapées, c'est parce que la loi a touché aux porte-feuilles des entreprises. Il devient plus intéressant pour elles d'aménager, avec des aides, que d'être sanctionnées.

Deux lois obligent les entreprises de plus de 20 salariés à avoir un quota d'au moins 6% de personnes en situation de handicap dans son effectif. Ce quota n'est pas encore tout à fait respecté (3.8% dans le privé, 5.3% dans le public) mais "il y a du mieux car économiquement, il est plus rentable pour les entreprises de faire des aménagements". LADAPT organise aussi des rencontre en milieu périscolaire avec les enfants, pour présenter leur handi-malette, un kit ludique pour expliquer les handicaps aux enfants. En Haute-Garonne, LADAPT intervient notamment dans des écoles de Fenouillet, Saint-Orens, Bruguières ou encore Colomiers.