Économie – Social

Dans la Manche, la chaudronnerie ACPP teste la semaine de 4 jours

Par Benoît Martin, France Bleu Cotentin mercredi 18 janvier 2017 à 15:27

Les salariés d'ACPP à Digulleville ont perdu des RTT mais ne travaillent plus le vendredi.
Les salariés d'ACPP à Digulleville ont perdu des RTT mais ne travaillent plus le vendredi. © Radio France - Benoît Martin

Depuis le 1er janvier, les salariés de la chaudronnerie industrielle ACPP située dans la Hague ne travaillent plus que du lundi au jeudi. Une évolution qui vise à gagner en productivité, à lutter contre l'absentéisme et pourrait s'accompagner de recrutements, mais qui est diversement accueillie.

L'entreprise ACPP est installée à Digulleville, dans la Hague, à quelques hectomètres de l'usine Areva, l'un de ses principaux clients. La société a presque 40 ans, et emploie actuellement 250 salariés. Elle vient de traverser quelques années difficiles, impactée par les réductions d'investissements de ses clients. Et pourtant, après avoir fait le constat qu'elle devait gagner en productivité, la direction d'ACPP a opté pour le passage du personnel aux 35 heures sur 4 jours de travail, sans perte de salaire.

Réorganiser les équipes et lutter contre l'absentéisme

"Notre principale problématique, c'était l'absentéisme lié aux maladies, aux problèmes physiques de nos salariés", souligne le directeur général d'ACPP, Franck Fauquenoy qui avance un taux d'absentéisme de l'ordre de 17%. "L'autre difficulté rencontrée, était que nous avions du mal à avoir des équipes au complet pour travailler efficacement. Les salariés cumulaient leurs RTT et leurs absences désorganisaient les équipes". Fort de ces deux constats, la direction a imaginé un passage à la semaine de 4 jours de travail du lundi au jeudi. Avantage pour les salariés : une vraie coupure de 3 jours en dehors du travail pour se reposer et déconnecter. Avantage pour l'entreprise : des équipes au complet du lundi au jeudi.

Un référendum à la fin du mois pour mesurer l'adhésion des salariés

La nouvelle organisation est en place depuis deux semaines, et elle a déjà conquis certains salariés. Sandrine Dupont et assistante projet. Pour cette mère qui vit seule avec ses enfants en bas âge, c'est une aubaine. "Même avec mes RTT avant, je n'avais pas toujours le temps pour m'occuper de mes enfants et j''étais obligée de poser des jours sans solde", souligne-t-elle, avant d'ajouter "aujourd'hui, j'ai tous mes vendredis, et je suis toujours payée 35 heures. Pour moi, c'est parfaitement adapté". Tous les salariés n'ont pas le même discours. "A l'heure qu'il est, c'est mitigé dans les ateliers", souligne Reynald Poussard, responsable de production. "Certains voient l'avantage de ne travailler que 4 jours; les autres voient surtout qu'ils n'ont plus la possibilité de poser des RTT quand ils le souhaitent". La direction a conscience que cette expérimentation bouscule des habitudes. Du côté de la CFDT, on regrette un passage en force. Le représentant syndical Pascal Madé, précise que "la décision a été prise d'organiser un référendum auprès des salariés le 26 janvier prochain, pour ou contre la nouvelle organisation. Si les opposants sont majoritaires, nous refuserons de signer l'avenant à l'accord d'entreprise sur le temps de travail".

Un système qui permettra d'embaucher selon la direction

En attendant, pour Franck Fauquenoy, le directeur général d'ACPP, il y a déjà des conséquences bénéfiques. "Sur les 2 premières semaines de test, nous avons fait sérieusement baisser l'absentéisme, et les équipes sont au complet pour avancer sur les projets, d'où un gain en productivité." Si cette expérimentation est concluante, elle s'accompagnera également de la création d'emplois dans l'entreprise. Une trentaine d'embauches sont ainsi envisagées d'ici le mois de juin.