Économie – Social

Dans les PME en Isère, le prélèvement à la source divise

Par Alexandre Berthaud, France Bleu Isère mardi 2 août 2016 à 19:20

L'entreprise CIC Orio est spécialisée dans les travaux métalliques compliqués.
L'entreprise CIC Orio est spécialisée dans les travaux métalliques compliqués. © Radio France

Mercredi la réforme du prélèvement de l'impôt à la source sera officiellement discutée en conseil des ministres. Dans les entreprises, l'idée de s'occuper du prélèvement des employés divise, que ce soit pour les patrons ou pour les salariés. Exemple dans l'agglomération grenobloise.

L'entreprise CIC Orio affiche un chiffre d'affaire annuel de 13 millions d'euros. Au sein de la PME située à Champ-sur-Drac (Isère), à vingt minutes au sud de Grenoble, le prélèvement de l'impôt à la source divise, et interroge. "Comment ça va marcher ?", questionne Thierry, responsable usinage depuis dix ans dans l'entreprise.

Lui gagne 2.000 euros net par mois et connaît parfaitement sa tranche d'impôts. "Là je ne sais pas comment ça va fonctionner au niveau de ma concubine, au niveau de mon fils qui vit chez moi, au niveau des crédits d'impôts", énumère-t-il. Cette réforme, au fond, il n'est pas contre, mais il aimerait "plus d'explications".

Le prélèvement à la source : comment ça marche ? - Radio France
Le prélèvement à la source : comment ça marche ? © Radio France

Dans l'atelier où les ouvriers soudent, on voit beaucoup d'étincelles et presque autant d'avis différents. À l'étage du dessus, Sébastian, chef de projet, synthétise les inquiétudes. "On risque de ne plus vraiment trop s'occuper de l'impôt, il faut donc faire confiance au système. Mais s'il y a un problème d'argent, vu qu'on aura payé à l'avance, ça peut causer du souci aux plus modestes", analyse-t-il. Même si lui préfère voir le côté positif : "Ça évite des retards, des oublis, et donc des pénalités".

À l'atelier, les employés ne se soucient pas encore du prélèvement à la source. - Radio France
À l'atelier, les employés ne se soucient pas encore du prélèvement à la source. © Radio France

Si le patron peut voir notre taux d'impôt, et donc ce qu'on déclare ça peut poser un problème. Ici la confidentialité est respectée, mais dans les entreprises plus intrusives, où tout se sait, ça peut créer des tensions"

Sebastian, chef de projet, favorable au prélèvement à la source, mais en questionnement.

Sébastian est plus inquiet concernant la confidentialité, même s'il reste favorable à la mesure dans son cas personnel. Encore un étage plus haut, Olivier Six, le patron, répond : "Ici on respecte la confidentialité, des données fiscales nous en avons déjà pourtant". Pour le PDG de cette entreprise dont le chiffre d'affaire annuel dépasse les 13 millions d'euros, la réforme est souhaitée.

Si ça peut améliorer le système, je veux bien prendre une part de la responsabilité de percepteur (des impôts de ses salariés). Mais à un moment donné il faudrait que ça soit compensé par un impôt plus faible pour nous, moins de charges patronales.

Surtout, le patron veut informer les salariés. "Il faut qu'ils comprennent qu'on ne les paie pas moins alors qu'ils travaillent autant, même si la somme sur leur bulletin de salaire sera effectivement plus faible", affirme-t-il. Dans le bureau à côté du sien, le projet du gouvernement est beaucoup moins bien accueilli.

Olivier Six, patron plutôt favorable à la loi, mais sous conditions.

Champ-sur-Drac, dans le sud de Grenoble. - Radio France
Champ-sur-Drac, dans le sud de Grenoble. © Radio France

Raphaële Lecesne, la directrice financière de l'entreprise, s'insurge. "Je ne vais pas faire du politiquement correct", prévient-elle avant l'interview.

La directrice financière, pas enchantée par ce projet de réforme.

"On a déjà énormément de travail déchargé par l'Etat, là ça irait encore plus dans ce sens. Nos employées des ressources humaines passent déjà 20% de leur temps à traiter des questions d'imposition", déplore Raphaële. Elle comprend le sens de la réforme, mais n'accepte pas cette charge de travail supplémentaire, "sans contrepartie".

Dans l'entrepôt, un des employés en plein soudage. - Radio France
Dans l'entrepôt, un des employés en plein soudage. © Radio France

À Champ-sur-Drac, le prélèvement à la source n'est pas encore adopté. Il devra d'abord l'être par le Parlement, la loi sera présentée durant la seconde quinzaine d'août. Avant une éventuelle mise en place au 1er janvier.

Notre reportage dans l'entreprise de chaudronnerie, au sud de Grenoble.

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