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Économie – Social

Déception, colère, tristesse... L'amertume des salariés en contrats aidés

mercredi 6 septembre 2017 à 19:02 Par Marion Fersing, France Bleu Loire Océan

Avec le gel des contrats aidés, de nombreuses associations nantaises se retrouvent en difficultés. Elles vont perdre leurs salariés, certaines risquent même de disparaître complètement. Une réunion a lieu ce jeudi soir.

Les trois salariés d'Empower Nantes risquent de perdre leur travail
Les trois salariés d'Empower Nantes risquent de perdre leur travail © Radio France - Marion Fersing

Nantes, France

En quelques jours, ce sont déjà une vingtaine d'associations nantaises touchées par le gel des contrats aidés qui ont été recensées. L'une d'entre elles, c'est Empower Nantes. Ses trois salariés sont en contrats aidés et, sans eux, elle risque de disparaître d'ici quelques mois.

Empower Nantes a lancé l'alerte sur sa page Facebook - Aucun(e)
Empower Nantes a lancé l'alerte sur sa page Facebook - Capture d'écran Facebook

"De la déception, de la colère, de la tristesse... On peut y aller par tous les adjectifs négatifs", confie Léa Orain. Voilà comment la jeune femme a réagit quand elle a appris pour le gel des contrats aidés. Quand elle a appris qu'elle risquait de perdre son travail. "Ouais, c'est dur", glisse-t-elle dans un souffle. D'autant plus qu'avec les deux autres salariés d'Empower Nantes, ils ont fait le choix d'être en contrats aidés, avec un salaire de 900 euros par mois, pour pouvoir faire fonctionner leur association. "En trois ans d'existence, on est à 4.200 heures, voir plus, de bénévolat. C'est quand même un chiffre qui est énorme !", souligne Nicolas Rabu, lui aussi en contrat aidés. Empower Nantes met en contact des gens qui ont quelques heures par mois pour faire du bénévolat et des association ou des structures qui ont besoin d'un coup de main (maisons de retraites, clubs de sport handicapé, d'aide aux migrants, de protection de l'environnement...). "Mais si on est plus là...", Nicolas finit sa phrase par un soupir.

Trouver 55.000 euros en quatre mois, à moins de jouer au loto...

Et c'est ce qui risque fort d'arriver. Pourtant, l'association a anticipé la fin des contrats aidés. Elle a commencé à chercher des fonds pour faire passer ses trois salariés en CDI. Mais d'ici un à deux ans, pas du jour au lendemain. "Trouver 55.000 euros en quatre mois, à moins de jouer au loto et d'avoir un peu de chance...", ça parait impossible pour Nicolas. "C'est la brutalité de l'annonce qui fait un peu mal".

Derrière les contrats aidés, il y a des gens, des familles. Et on s'en fout !

Alors, ils vont faire tout ce qu'ils peuvent pour sauver leur association et leur travail, mais sans trop savoir comment pour l'instant. "Dans quelques mois, s'il n'y a pas de solution, on se retrouve au chômage et on repointe à Pôle emploi", assène Léa avec dépit. "Et on a rien derrière". Seulement un goût amer. Celui d'avoir en quelques sortes été licenciés par l'Etat, pourtant censé les aider, pour Laurent : "c'est de la fiction !", s'agace le jeune homme. Un mauvais film dans lequel les personnages ne comptent pas. "Derrière ces contrats, il y a des gens qui ont des familles ! Parce qu'on dit 'les contrats aidés sont supprimés", alors les gens ont du mal à voir ce qu'il y a derrière. Mais derrière, il y a des noms, des prénoms, des gens qui vivent seuls ou en couple. Et on s'en fout".

Stéphane Chauvet, le directeur de PasQ'la Lune - Radio France
Stéphane Chauvet, le directeur de PasQ'la Lune © Radio France - Marion Fersing

Une triple peine

La colère, elle est aussi du côté de ceux qui encadrent les associations touchées par le gel des contrats aidés, comme PaQ'la Lune. "De six contrats aidés, nous sommes passé à trois cet été", explique le directeur, Christophe Chauvet. Et pour lui, c'est une triple peine. "Nous intervenons pour les activités périscolaires dans les écoles et nous faisons des spectacles de rue, pour les enfants, au pied des immeubles. Avec moins de contrats aidés, on pourra faire moins de choses. On sera donc sans doute obligés de dire à certaines communes qu'on ne peut plus assurer les activités périscolaires. Des communes qui ont déjà perdu leurs propres contrats aidés, ce qui les met déjà en difficulté. On sera aussi sans doute obligés de faire moins de spectacles au pied des tours, ou de faire davantage appel à des bénévoles ce qui est plus compliqué. Et, si on fait moins de choses, on aura moins de rentrées d'argent pour notre association et peut-être que d'ici un an, on sera obligé de licencier".

En 18 ans, nous avons aidé au moins une trentaine de personnes à trouver un emploi pérenne

Ce qui agace aussi beaucoup Christophe Chauvet, c'est cette déclaration de la ministre du travail, Muriel Pénicaud, pour qui les contrats aidés sont un dispositif "coûteux et pas efficace"." Faux", dit-il, "la preuve avec notre association. En 18 années, nous avons permis à au moins une trentaine de personnes en contrats aidés de trouver ensuite un emploi pérenne. Un contrat aidés, c'est retrouver des horaires, retrouver une autre sociabilisation qu'à la maison parce qu'on a des collègues de travail, c'est aussi, petit à petit, retrouver goût à un certain nombre de missions et se sentir valorisé. Ça peut être un vrai tremplin. Nous avons une collègue aujourd'hui qui a été deux ans en contrat aidé et à qui on a proposé un CDI derrière. Et, pour beaucoup, le contrat aidé dans une structure, c'est un passage mais ça permet de se créer un réseau. On a aussi chez nous l'exemple d'une jeune en contrat aidé qui a fait une période d'immersion dans un théâtre, six mois après la fin de son contrat, le théâtre l'a appelé pour un remplacement sur un congés maternité et, maintenant, elle est là-bas en CDI".

La crainte de ces deux associations, c'est de ne pas réussir à faire entendre la voix des "petites structures" comme les leurs face aux plus grosses associations et face aux communes. Voilà pourquoi elles espèrent que beaucoup d'associations nantaises touchées par le gel des contrats aidés participeront à la réunion organisée ce jeudi soir, à 18 heures, à La Mano, à Nantes. Pour lancer la mobilisation.