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Économie - Social

Des allocataires de Pôle emploi récupèrent de l'argent grâce à un conseiller d'une agence rennaise

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Par , France Bleu Armorique, France Bleu

Yann Gaudin, un conseiller de Pôle Emploi basé dans une agence rennaise, affirme avoir repéré des anomalies dans l'information aux allocataires. Selon lui, grâce à son aide, des allocataires de Pôle Emploi ont récupéré de l'argent qui leur était dû : jusqu'à 115 000 euros au total depuis 2014.

Yann Gaudin est conseiller dans une agence de Pôle Emploi, située dans le quartier du Blosne, à Rennes.
Yann Gaudin est conseiller dans une agence de Pôle Emploi, située dans le quartier du Blosne, à Rennes. © Radio France - Maïwenn Bordron

Yann Gaudin exerce au sein d'une agence rennaise de Pôle Emploi, dans le quartier du Blosne. Mais ce conseiller de 43 ans est en fait très connu à travers la Bretagne, notamment dans le milieu des intermittents du spectacle. Depuis 2014, il en a informé des dizaines de milliers sur leurs droits. Certains d'entre eux ont même récupéré de l'argent qui leur était dû grâce à ses conseils. Yann Gaudin affirme qu'au total, les allocataires qu'il a aidés ont récupéré 115 000 euros depuis 2014.

Première anomalie repérée en 2014

Yann Gaudin est conseiller à Pôle Emploi depuis 2006. Il y a six ans, ce Rennais de 43 ans a remarqué la première anomalie dans l'information aux allocataires, notamment des intermittents du spectacle. Cela concerne plus particulièrement l'ASS, l'allocation de solidarité spécifique. "Pôle Emploi doit envoyer automatiquement le dossier, c'est une obligation légale. Ce qui est fait pour les allocataires au régime général : ils reçoivent le dossier de demande d'ASS mais pas les intermittents", explique le conseiller. Si l'ASS est refusé, l'allocataire peut éventuellement percevoir une aide de fin de droit au chômage. Mais pour cela, il faut qu'il justifie un refus d'ASS. "Si on n'envoie pas le dossier, derrière il n'y a pas le courrier de rejet et donc il n'y a pas la possibilité de demander cette aide de 300 euros", précise Yann Gaudin. En 2014, il identifie une cinquantaine d'intermittents bretons qui pourraient bénéficier de cette aide de fin de droit mais qui n'en ont pas été informés par Pôle Emploi. Yann Gaudin informe sa hiérarchie, les dossiers d'ASS sont envoyés aux allocataires identifiés dans un premier temps, puis cessent, selon lui, de l'être par la suite.

"Il faudrait que le système informatique fasse en sorte que les dossiers soient automatiquement expédiés aux intermittents en fin de droit", explique-t-il.

Depuis que j'ai identifié la première anomalie en 2014, j'essaie de faire des démarches en interne pour que cela soit rectifié mais je n'y suis pas parvenu.                                  
Yann Gaudin, conseiller rennais à Pôle Emploi

Elizabeth Blain fait partie des allocataires qui ont été aidés par Yann Gaudin. Cette artiste-peintre, aujourd'hui en pause dans son activité pour invalidité, a récupéré 5327,48 euros en 2015 grâce aux informations fournies par le conseiller rennais. "Pôle Emploi a comptabilisé la vente de mes tableaux comme un travail salarié et avait déduit le montant de la vente de peintures de l'ASS qu'ils me versaient", se remémore Elizabeth Blain, qui réside à Yffiniac près de Saint-Brieuc.

Mise à pied de cinq jours

Depuis ce jour-là, il tente de pallier ce "défaut d'information", en contactant directement les personnes concernées à travers toute la Bretagne. Il dit se méfier désormais et vérifie tous les dossiers. "De 2006 à 2014, je faisais confiance à ma hiérarchie et aux consignes, je pensais qu'elles étaient conformes au cadre réglementaire légal. _Par contre en 2014, j'ai compris que des gens de Pôle Emploi décidaient de spolier une partie du public en pleine conscience_", dénonce-t-il.

À Rennes, la direction de Pôle Emploi affirme au contraire qu'aucun système "visant à priver les demandeurs d’emploi de leurs droits financiers" n'a été organisé. "C'est le rôle normal d’un conseiller d’indiquer à des demandeurs d’emploi les démarches nécessaires à effectuer afin de bénéficier pleinement de leurs droits. Il s’agit là de faire simplement son métier de conseiller au service des usagers de Pôle emploi", réagit la direction dans un communiqué.

Pourtant, Yann Gaudin affirme avoir été victime de harcèlement depuis qu'il a commencé à aider des allocataires sur leurs droits. Il soutient pourtant que ce qu'il fait est "autorisé par [s]a fiche de poste et le cadre réglementaire". "J'ai subi de nombreux faits de harcèlement, une vingtaine au total : des courriers, des mails, des entretiens, des sanctions, une mise à pied de cinq jours en 2019 suite à trois signalements abusifs. Certains faits étaient clairement liés à ma démarche d'information du public sur ses droits", affirme le conseiller quadragénaire. Selon Pôle Emploi, "une enquête a immédiatement été menée" et "aucun fait de harcèlement n’a été constaté".

"Le poil à gratter de la hiérarchie"

Les actions de Yann Gaudin sont appréciées par de nombreux de ses collègues. À la sortie de l'agence Pôle Emploi, où il travaille depuis une quinzaine d'années, une employée fait part de son admiration mais refuse de témoigner par peur de représailles. Angèle Alexandre est une autre collègue de Yann Gaudin. Si elle accepte de se confier sur le travail ce conseiller, c'est parce qu'elle est retraitée de Pôle Emploi depuis le 1er janvier.

Angèle Alexandre, une ancienne collègue de Yann Gaudin, qui souligne la tenacité et le professionnalisme de ce conseiller. - Radio France
Angèle Alexandre, une ancienne collègue de Yann Gaudin, qui souligne la tenacité et le professionnalisme de ce conseiller. © Radio France - Maïwenn Bordron

"Je connais Yann depuis de nombreuses années.  Pour moi, c'est quelqu'un de très professionnel, quelqu'un que j'apprécie", décrit l'ancienne collègue de Yann Gaudin. "Lors des réunions hebdomadaires, Yann ne lâchait jamais l'affaire. Je dirais même qu'il était quelque part, le poil à gratter de la hiérarchie : il posait souvent des questions qui gênaient la hiérarchie. Mais Yann crochait dedans, il ne lâchait rien jusqu'à ce qu'il ait une réponse satisfaisante", affirme Angèle Alexandre.

C'est très courageux de sa part car Yann savait qu'il se mettrait l'établissement à dos, il s'est quand même engagé dans cette démarche.              
Angèle Alexandre, une ancienne collègue de Yann Gaudin.

Le conseiller rennais se considère comme un lanceur d'alerte et se dit à ce titre protégé par la loi Sapin II, votée en décembre 2016. Il s'est également engagé avec les gilets jaunes : "J'ai le chromosome jaune, toutes les injustices me révoltent. J'aimerais venir en aide à plein de gens", souligne-t-il.

Depuis novembre 2019, Yann Gaudin a créé un blog sur le site de Mediapart. Il y voit "un dernier recours pour faire changer les choses pour que le public soit informé de ses droits et puisse récupérer son argent". Le conseiller rennais de Pôle Emploi donne ainsi des conseils en ligne aux allocataires qui peuvent le contacter si besoin. Yann Gaudin affirme recevoir régulièrement des marques de soutien de la part de certains collègues qu'il ne connaît pas. "J'ai eu ce matin un appel d'un collègue d’Île-de-France, qui m'a dit : bravo, on te suit", dit-il en souriant.

Ce conseiller souhaite désormais se concentrer sur les municipales, il s'est rapproché de l'équipe de "Choisir l'Ecologie pour Rennes", mais ne fait pas encore officiellement partie de la liste.

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