Économie – Social

Des détectives privés traquent les fraudeurs en arrêt maladie

Par Yassine Khelfa M'Sabah, France Bleu Gironde mercredi 18 mars 2015 à 6:00

Détective privé (image d'illustration)
Détective privé (image d'illustration) © Radio France

Selon la Caisse primaire d'assurance maladie, un actif sur quatre a été en arrêt l'année dernière et 36% de ces arrêts n'étaient pas médicalement justifiés. De plus en plus d'entreprises font appel à des détectives privés pour prouver que leurs salariés profitent en douce des indemnités.

Des fraudeurs de plus en plus nombreux selon la CPAM. Ils profiteraient du système d'indemnités qui coûte de plus en plus cher à l'État. En Gironde par exemple, en 2014, le montant des dépenses liées aux arrêts de travail représente 232 millions d'euros (source CPAM 33).

+3,8% d'arrêts maladie en Gironde en 2014

Les employés girondins sont visiblement de gros consommateurs d'arrêts maladie. En 2014, ces arrêts correspondent à 6.690.299 jours indemnisés par la Sécurité sociale. Depuis 2010, on note une hausse de 3,8% des arrêts maladies dans le département contre 1,4% au niveau national.Pour l'entreprise, c'est un manque à gagner énorme quand ces arrêts sont jugés abusifs. Et bien souvent, si le chef d'entreprise sait que l'arrêt est bidon, les démarches prud'hommales étant trop longue, le seul recours est d'attraper le salarié sur le vif.

Détectives privés

Pour mettre des preuves accablantes sous le nez des salariés, les entreprises passent de plus en plus par des détectives privés. 70% des employeurs assignés au Conseil de prud’hommes perdent leur procédure faute d’avoir apporté la preuve de leur bonne foi selon le cabinet de détectives privés MADLARP basé à Bordeaux.

Exemple de fraude. Une entreprise de plomberie basée en Gironde, d'environ 10 salariés, avait récemment soupçonné un de ses plombiers d'être en arrêt maladie abusif depuis plus d'un an.

Le salarié, qui se plaignait de douleurs au dos, travaillerait en douce, de son côté, alors qu'il bénéficierait des indemnités de la CPAM. Arnaud de Lajudie est un détective privé bordelais, il était en charge du dossier et en deux jours, il a pu prouver la fraude à l'employeur. 

"J'étais en filature chez lui depuis 6 heures du matin, il partait à 7 heures comme s'il allait travailler. En le suivant dans Bordeaux, je remarque qu'il s'arrête au bord de la route, il monte dans des chantiers, redescend récupérer du matériel dans son camion et il répète cette opération plusieurs fois dans la journée. Il est en tenue de travail, il a le coffre rempli de marteaux, des tronçonneuses, donc je prends des photos. J'ai les preuves qu'il n'a pas vraiment mal au dos. Alors qu'il est censé être en arrêt de travail, bloqué chez lui." — Arnaud de Lajudie

Le chef d'entreprise a pu licencier le plombier pour concurrence déloyale. Mais le problème pour Arnaud de Lajudie c'est que la CPAM ne collabore pas avec les détectives privés. Et du coup celle-ci "subirait des préjudices et des trous énormes dans son portefeuille".

Pour un autre détective privé bordelais, Alain Rousseau, "ça commence avec le médecin qui doit pas faire d'arrêt de travail de complaisance, il y a une part de responsabilité pour lui, même si le salarié peut jouer la comédie. Ensuite le salarié qui se fait arrêter frauduleusement, c'est bien souvent pour partir en vacances ou bricoler chez le voisin, ou pire travailler chez un concurrent de manière non-déclarée. Et là on arrive à la pire des configurations puisqu'il s'agit d'un de concurrence déloyale. C'est un cas de licenciement pour fautes et la CPAM ne peut pas agir à ce niveau là ."

Reportage : la traque des fraudeurs en arrêt maladie par les détectives privés