Économie – Social

Dijon : pour la CGT Energie 21, le compteur n'y est plus

Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne jeudi 21 janvier 2016 à 17:46

L'Etat est en train de brader le secteur de l'énergie, selon la CGT 21
L'Etat est en train de brader le secteur de l'énergie, selon la CGT 21 © Radio France - Arnaud Racapé

EDF va supprimer 5% de ses effectifs en France. Le groupe l'a confirmé ce jeudi lors d'un comité central d'entreprise, 3.350 postes ne seront pas remplacé d'ici 2018. À Dijon, en Côte-d'Or, la CGT Énergie organisait de son côté une matinée de sensibilisation auprès des usagers.

Pour justifier ces suppressions de postes, la direction d'EDF évoque la nécessité "d'optimiser ses ressources" , de "réduire ses dépenses d'exploitation" , pour mettre en place son plan stratégique CAP 2030. Des termes très "financiers" qui vont sans doute nourrir davantage encore la colère et l'inquiétude des syndicats, comme la CGT Energie ici en Côte-d'Or.

Grande Braderie de l'énergie

A Dijon, la centrale, une fois n'est pas coutume, n'a pas souhaité organiser une manifestation, mais plutôt aller au devant des passants pour bien leur faire comprendre qu'ils sont en première ligne, eux aussi, dans les décisions stratégiques en matière d'énergie. Et elles sont nombreuses depuis le début des années 2000 : l'ouverture à la concurrence pour les fournisseurs d'énergie, dont les syndicats estiment qu'elle a fait grimper les prix de l'électricité (30%) et du gaz (80%), l'ouverture à la concurrence aussi des concessions hydrauliques que Bruxelles appelle de ses vœux, sans parler des grands changements au sein d'EDF-GDF, l'éclatement du groupe en petites entités. Tout ce que les syndicalistes de la CGT appellent "la grande braderie de l'énergie".

Mais difficile d'intéresser le passant lambda avec de tels discours. Du coup, Catherine Poisot prend un exemple très parlant : celui des compteurs intelligents. **

Ils s'appellent Linky et Gaspard, et ils équiperont bientôt nos foyers, le premier pour l'électricité, le second pour le gaz. Présentés comme révolutionnaires, ces compteurs analyseront nos données de consommation à distance. Plus besoin d'intervention humaine. Autrement dit, ils signent l'arrêt de mort des techniciens client chez ERDF, les fameux bleus qui relèvent nos compteurs**, estime Catherine Poisot de la CGT Energie 21.

Dans quelques années, ils n'auront plus de travail, ils feront du traitement de données

"L'entrée dans l'entreprise, avant, se faisait par la relève des compteurs. C'est aussi par la relève des compteurs que les usagers paient leur facture. Depuis 6 ans en Côte-d'Or, la relève a été passée progressivement à des prestataires pour anticiper l'arrivée des compteurs dits intelligents. Donc ce n'est plus une activité pour les techniciens. Dans quelques années, ils n'auront peut-être plus de travail, ils feront du traitement de données."

La réalité est plus complexe, on pourrait plutôt parler d'évolution du métier. Yoan est technicien client depuis 2009, un bleu donc, et il voit bien que les choses changent, et,c'est vrai, pas vraiment en bien. "Le compteur Linky ça va nous supprimer 50 à 70% de notre activité actuelle, donc c'est sûr ce sera des remplacements de postes qui ne seront pas effectués, avec des pertes d'emplois. Beaucoup de choses se feront à distance donc les clients vont se sentir encore plus perdus, parce que les Linky prendront tout en charge. Nous on va devoir faire plus de réseau, on sera là en cas de panne, c'est tout."

Le côté financier qui prime

Au bout de la chaîne, prévient la CGT, c'est le client qui va trinquer. Éclatement du groupe EDF-GDF, ouverture à la concurrence depuis 10 ans, chasse aux profits, tout participe à la hausse des prix et à la fin d'une certaine proximité avec les usagers selon Franco, 30 ans de métier derrière lui. "Tout ce qui sera réclamé par le client sera facturable en terme de prestations, parce qu'il faut faire des plus-values. C'est le côté financier qui prime maintenant sur la relation de clientèle."

Au-delà des suppressions de postes chez EDF, la filiale ERDF va bientôt changer de nom pour se démarquer de sa maison-mère, pour un coût évalué à 300 millions d'euros par les syndicats.